Publié le 09 janvier 2008

ÉNERGIE

A65 : un projet anachronique ?

Le 8 janvier 2008, plusieurs ONG environnementales étaient reçues au ministère de l'Ecologie concernant l'A65, entre Langon -près de Bordeaux- et Pau. Ce projet initié dans les années 90 est vivement critiqué par les associations pour ses impacts sur la biodiversité. En outre, il ne semble pas avoir démontré sa viabilité économique. Alors que le Grenelle de l'environnement a annoncé un frein au tout autoroute, est-il vraiment possible de remettre en cause un projet existant ?

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Des première consultations, lancées en 1995, à la déclaration d'utilité publique (DUP) rendue par décret le 18 décembre 2006, ce sont plus de dix ans d'études, de décisions et de consultations qui auront été nécessaires pour que le projet de l'A65 soit confié au consortium A'lienor, détenu à 65% par le groupe de construction Eiffage et à 35% par l'exploitant autoroutier Sanef. Pourtant, les ONG environnementales plaident pour l'abandon d'un projet qu'elles jugent obsolète.

L'A65 : un test pour le grenelle de l'environnement

Les associations locales Sepanso, association membre du réseau France Nature Environnement, et ARLP, Alternative Régionale Langon-Pau résument le projet de l'A65 ainsi : "147 kms de bitume, 2000 hectares d'espaces naturels détruits, l'extinction d'une des dernières populations d'écrevisses à pattes blanches des Landes, 16,28 euros de péage pour les automobilistes." En effet, le tracé de cette liaison qui prétend favoriser le désengorgement à l'entrée de Bordeaux et de Pau et favoriser l'accès aux Pyrénées, traverse plusieurs sites répertoriés Natura 2000, réseau européen des sites naturels identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces sauvages.

Des travaux de défrichage au motif de fouilles archéologiques préalables à ce type de construction ont déjà détruits les habitats d'espèces rares et mettent en danger en partie l'écosystème de ces landes de Gascogne. D'ailleurs le 4 décembre 2007, la commission Faune du Conseil national de protection de la nature, instance consultative du MEDAD a jugé insuffisantes et incertaines les mesures compensatoires proposées par la société A'lienor compte tenu des dommages considérables qui seront occasionnées à la faune et aux habitats naturels.
Pour Jean-Stéphane Devisse du WWF, "le projet de l'A65 est symbolique car il réunit aujourd'hui la totalité des ONG présentes au grenelle de l'environnement," de la protection de la nature à la prise en compte des enjeux climatiques. Car si, comme le prévoit l'un des scenarii du projet, un doublement du trafic automobile a lieu, ce serait désastreux en termes d'émissions de gaz à effet de serre. D'autant que dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique et d'accroissement du prix du pétrole, une telle hypothèse paraît paradoxale.

Une viabilité économique discutable et discutée

Le projet de l'A65 est né dans le contexte de la loi Pasqua de 1995 sur l'organisation du territoire qui affirmait : "en 2015, aucune partie du territoire français métropolitain continental ne devra être située à plus de cinquante kilomètres soit d'une autoroute ou d'une route expresse à deux voies, soit d'une gare desservie par le réseau ferroviaire à grande vitesse." Or il existe déjà une voie expresse aux abords de Langon pour laquelle un projet de réaménagement n'a pas été retenu au profit d'une autoroute en propre. Pourtant les perspectives de rentabilité de son exploitation ne semblent pas avérées.

A ce jour, selon les associations locales, les différents comptages font état de 5900 à 9200 véhicules par jour sur les axes les plus fréquentés de la zone. En un premier temps du projet qui tablait sur une augmentation de 35% du trafic, la Direction régionale de l'équipement avait proposé de mettre en place une subvention d'équilibre de 500 millions d'euros -environ 50% du budget total- afin d'assurer l'équilibre financier du projet. Aujourd'hui cette idée a disparu, le péage est à plus de 15 euros et le projet mise sur un accroissement de 91% du trafic. Philippe Barbedienne de la Sepanso craint que "cette opération ne se fasse au détriment de l'environnement et du contribuable." En effet, le contrat de concession prévoit une clause de déchéance de la concession. Autrement dit si l'A65 ne s'avère pas rentable, l'Etat et les collectivités locales sont engagées à racheter la concession autoroutière à A'lienor.

Biodiversité : une écrevisse au secours de l'environnement ?

A l'aune des critères du développement durables, tant économiques qu'environnementaux, la nécessité du projet de l'A65 interroge. Jean-Stephane Devisse résume la situation d'une formule : "c'est un projet du XXe siècle, pas du XXIe." Commentant leur rencontre avec un conseiller technique du cabinet de Jean-Louis Borloo, il explique : "Nous avons demandé l'abrogation de ce projet mais ce n'est pas à un conseiller de répondre à cette question. D'autant que la réponse n'est pas simple dans le cadre d'un projet bordé par une DUP et une concession faite à la société A'lienor."

C'est pourquoi la Sepanso et l'ARLP ont déposé plusieurs recours devant le conseil d'Etat et les tribunaux administratifs de Bordeaux et d'Agen, aux motifs d'une étude d'impact environnemental insuffisante, d'une commission d'enquête publique partiale, d'un bilan carbone incomplet, de l'absence réelle de consultation publique. Ne relâchant pas la pression, ces associations déposaient plainte le 21 décembre dernier pour "destruction d'espèces animales non domestiques et protégées" et "destruction du milieu particulier d'espèces animales non domestiques et protégées", délits passibles de 6 mois d'emprisonnement et de 9000 euros d'amende (Article L415-3 du Code de l'Environnement). Se pourrait-il alors que ce soit l'écrevisse à pattes blanches qui stoppe ce projet ? "On attend du dépôt de cette plainte qu'il freine le processus déjà engagé. Une déclaration d'utilité publique ne signifie pas qu'on puisse s'affranchir de toutes les règles," répond Philippe Barbedienne. De son côté, Jean-Stéphane Devisse espère que la raison l'emportera : "L'A65 n'est pas la solution aux problèmes d'engorgements localisés de trafic. Nous attendons donc que le gouvernement renonce à cette DUP sinon nous serions face à une politique incohérente."

Christophe Brunella
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