Publié le 13 février 2015

ÉNERGIE

Un compte épargne CO2 pour lutter contre le réchauffement climatique

Le Compte Epargne CO2 est un concept créé en 2013 par une start-up brestoise. Il permet de donner une valeur marchande aux kilos de CO2 économisés. Et le principe fonctionne : deux ans après son lancement, 3400 ménages et une vingtaine d’entreprises adhèrent à ce produit d’épargne original et écologique. Et profitent de cette monnaie d’échange pourvoyeuse de bonnes pratiques.  

450
Illustration compte épargne CO2

"450", drôle de nom pour une entreprise. Mais ce chiffre veut dire beaucoup: "Il s’agit de la limite des 450 ppm (parties par million) de CO2 fixée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC. C’est le seuil à ne pas dépasser si l’on veut limiter le réchauffement de la planète à 2°C", explique Jean-Luc Baradat, le directeur de la start-up brestoise à l’origine du compte épargne CO2.

Le compte épargne CO2? C’est une "une sorte de monnaie d’échange locale de kilos de dioxyde de carbone", explique-t-il. Quand un ménage ou une entreprise fait des économies d’énergie sur son chauffage ou le transport par exemple, il/elle peut les épargner sous forme de kilos de CO2 évités, sous réserve de justificatifs. Il est ensuite possible de revendre ces kilos de CO2 ou de les échanger contre des bons d’achat auprès de commerces partenaires (la SNCF, des vendeurs de vélos électriques, de chaudières à bois, etc.). Un changement de chaudière, des travaux d’isolation ou l’abandon de la voiture diesel pour une voiture électrique, ce sont autant de kilos de CO2 gagnés.  

 

Des économies en chaîne

 

À ce jour, une vingtaine d’entreprises se sont lancées. Pour réduire ses émissions de  CO2, la société Agrial a par exemple décidé de se pencher sur le transport du lait. Un poste important pour la coopérative agricole. "A travers ces économies de CO2, nous réalisons des économies tout court, puisque nous favorisons les bonnes pratiques", s’enthousiasme Eric Lesage, directeur de l’innovation R&D. "Ecoconduite, rationalisation des tournées de collecte de lait, taille des camions revue à la hausse… Nous faisons moins d’allers-retours avec nos camions, nous économisons du carburant et nous gagnons des kilos de CO2. Les économies sont faites sur notre territoire et valorisées sur ce même territoire."   

Une fois les émissions évitées, les entreprises profitent de trois possibilités pour les valoriser. Elles peuvent payer directement leurs fournisseurs en CO2. Deuxième solution, transformer, via l’entreprise "450", les kilos de CO2 en euros sonnants et trébuchants. Enfin, elles peuvent les redistribuer aux salariés, en récompensant ceux qui font du covoiturage, circulent à vélo ou prennent les transports en commun.  

 

Un signal prix fort pour changer les pratiques  

 

Le prix du CO2 fixé par 450 est bien plus important que celui établi par le marché carbone européen, presque 10fois plus. C’est celui fixé par les experts économiques du GIEC: soit 52,64 euros la tonne en 2014, avec une augmentation de 4% chaque année en juin, pour arriver à 100 € la tonne en 2030. "Il s’agit d’ancrer un signal prix fort, vecteur pédagogique efficace pour comprendre l’urgence et les coûts économiques liés au changement climatique. Ainsi la compensation carbone avec le compte épargne CO2 signe-t-il un engagement concret et fort en faveur du climat " précise le site.  

"Depuis 2013, nous avons économisé de nombreuses tonnes de CO2, très nombreuses !", assure Eric Lesage, sans  toutefois préciser combien. Mais la question financière n’est pas centrale pour cette entreprise pionnière: "Nous ne voulons pas utiliser notre participation au Compte Epargne CO2 comme un atout commercial. Il s’agit avant tout d’améliorer nos pratiques. Cela correspond aux valeurs d’un mouvement coopératif comme le nôtre", détaille le responsable de l’innovation d’Agrial.   

Aujourd’hui, la société 450 comptabilise un total de 120 000 tonnes de CO2 économisées. Mais elle souhaite attirer encore plus d’entreprises pour élargir les offres et les interactions. Pour son patron, Jean-Louis Baradat, "l’essentiel est que cette nouvelle monnaie circule au sein d’un 'cercle économique bas carbone', créant ainsi du pouvoir d’achat et stimulant l’activité économique".

Geneviève de Lacour
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