Publié le 24 juin 2016

ÉNERGIE

Windustry France : vers une filière éolienne 100% française ?

25% de la valeur des éoliennes installées aujourd'hui dans l’Hexagone sont "made in France". Le reste est principalement importé d’Europe. Windustry France, un programme mis en place par le Syndicat des énergies renouvelables, a identifié 150 entreprises françaises potentiellement capables de fabriquer certaines de ces pièces. C’est pourquoi il se propose d’auditer et d’accompagner ces entreprises, en vue de faire évoluer leurs procédés industriels et d'obtenir des marchés auprès des donneurs d’ordres de la filière éolienne. Explications.

Nordex wind turbines are pictured on May 20, 2016 in Sainte-Lizaigne, central France.
Guillaume Souvant / AFP

Cela fait 70 ans qu’ACMH est spécialisée dans la fourniture de conteneurs pour l’armée et l’aérospatial. Pourtant, l’entreprise normande, qui compte une trentaine de salariés, vient de décrocher un contrat avec Adwen, l’un des principaux acteurs de la filière éolienne en Europe, pour fabriquer des capots de générateurs.

"ACMH est l’exemple vivant que l’industrie française a bien sa place dans le secteur très concurrentiel de l’éolien, se réjouit le président de la PME, Thomas Lefebvre. Pour l’instant, nous faisons nos premières armes, mais nous sommes fiers de nous diversifier dans un secteur d’avenir comme l’éolien. Cela répond aussi à notre démarche RSE en interne d’aller vers des activités moins polluantes." 

 

Objectif : 50% d’éolien français en 2020

 

Il y a trois ans, ACMH s’est portée candidate pour participer au programme Windustry France. Porté par le Syndicat des énergies renouvelables et financé à 50% par le Programme d'investissements d'avenir (PIA), celui-ci a pour objectif de renforcer l'offre industrielle française à disposition des fabricants d'éoliennes. Si 25% seulement de la valeur des éoliennes installées dans l’Hexagone sont aujourd’hui "made in France", l’objectif est de parvenir à 50% en 2020 et de créer 50 000 emplois en s’appuyant sur le développement des filières éoliennes terrestre et offshore sur le territoire.

Pour cela, dès 2009, Windustry France a analysé le potentiel industriel éolien en France et recensé 150 entreprises, PME ou ETI, potentiellement capables de se positionner sur la chaîne de valeur de la filière. En 2012, Windustry a ensuite lancé un appel à manifestation d’intérêt pour accompagner les entreprises dans leur transformation. Le programme propose un accompagnement technique et de marché. 70 entreprises françaises ont pu en bénéficier, parmi lesquelles ACMH.

"Pour répondre au cahier des charges de l’éolien offshore, nous avons dû passer deux certifications en soudure et en peinture. Windustry France nous a aidés à définir ce besoin grâce à un audit mené dans nos locaux. Et puis, le programme nous a aussi permis d’entrer en contact avec les donneurs d’ordre et de nous mettre le pied à l’étrier. Cela a fonctionné parce que nous avons pu démontrer notre savoir-faire, mais aussi parce que les fabricants ont accepté de prendre le risque de travailler avec nous." 

La France s’est fixé comme objectif d’atteindre 6 000 mégawatts (MW) d’éolien en mer d’ici 2020. Pour y arriver, l’État a déjà proposé deux appels d’offres pour un total de six concessions et en a lancé un troisième en avril dernier. Pour l’instant, aucune éolienne n’a encore vu le jour au large des côtes françaises, mais les entreprises accompagnées par Windustry misent vraiment dessus.

 

Entre 10 et 15 entreprises décrocheront un contrat  

 

"Fin 2011, début 2012, nous avons commencé à nous intéresser aux différents projets d’éolien en mer dans la région, raconte Serge Menec, le dirigeant de Sameto Technifil, une entreprise de 42 salariés spécialisée dans la transformation de métaux, basée à Dinan. Nous avons rencontré les différents acteurs de la filière pour nous positionner très tôt." En 2013, Sameto participe elle aussi au programme Windustry.

"L’audit d’évaluation mené dans l’entreprise a dressé un état des lieux de nos forces et faiblesses, a identifié les opportunités de diversification qui se présentaient à nous et le chemin à parcourir pour y arriver, poursuit Serge Menec. C’était très important car ça nous a permis de prendre conscience des besoins et d’adapter notre feuille de route." L’entreprise est montée en compétences et vient d’obtenir une certification pour l’un de ses process de soudure lié à l’éolien. Au total, 20% de l’effectif a bénéficié de cette formation.

"Windustry constitue aussi pour nous une porte d’entrée intéressante pour faire connaître un peu plus l’entreprise auprès des donneurs d’ordres", ajoute le dirigeant, qui espère devenir un acteur incontournable de la filière dans les prochaines années. Pour l’instant, il vient lui aussi de signer un contrat avec Adwen pour des éoliennes en Mer du Nord, en attendant le déploiement français.

Sur les 70 entreprises accompagnées par Windustry, entre 10 et 15 ont ou vont obtenir un contrat dans l’éolien dans les mois à venir. "Un véritable succès" pour Paul Duclos. Le programme prendra fin en octobre prochain mais ses promoteurs réfléchissent déjà à la suite qu’ils vont lui donner.

Concepcion Alvarez
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