Publié le 08 septembre 2011

ÉNERGIE

Un « effet Fukushima » sur les fournisseurs d'électricité d'origine renouvelable

Suite à l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima, de nombreux Français ont choisi d'opter pour un fournisseur d'électricité issue des énergies renouvelables. L'effet est particulièrement visible chez la coopérative Enercoop mais se retrouve aussi, dans une moindre mesure chez « Planète oui », l'un de ses principaux concurrents. Une tendance à long terme ?

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Pas de prise « verte »

La seule partie du marché de l'électricité à avoir été libéralisée en 2004 pour les professionnels et en 2007 pour les particuliers est la fourniture d'électricité. L'acheminement et la gestion du réseau reste donc le quasi monopole d'EDF. De fait, quand l'on souscrit à un abonnement auprès d'un opérateur proposant une offre 100% renouvelable, ce n'est pas forcément de l'électricité issue de ces énergies qui arrivent dans nos prises. Les fournisseurs s'engagent seulement à injecter dans le réseau de l'électricité issue des Enr. Et il faut savoir que plus on injecte de l'électricité d'origine renouvelable dans le réseau, moins il y a de place pour l'énergie fossile ou nucléaire.

Alors que jusqu'à présent plus des deux tiers de la population défendaient l'atome, depuis l'accident de Fukushima, plus de 7 Français sur 10 se disent désormais favorables à ce que le pays sorte du nucléaire*. Et petit à petit, les dangers du changement climatique, la polémique sur les gaz de schiste, la hausse du prix de l'électricité, ont créé un début de débat sociétal sur les choix énergétiques du pays. Un retournement de situation qui, pour certains, se traduit concrètement dans le choix de leur fournisseur d'énergie. Depuis mars 2011, Enercoop qui propose une offre 100% énergie renouvelable, voit ses demandes d'adhésion exploser : alors qu'elle recevait en moyenne 200 demandes de souscription par mois, la coopérative a signé 573 contrats en mars, 605 en avril, 548 en mai... et encore 486 en août, un mois traditionnellement creux. Un phénomène également sensible au niveau régional, comme en Rhône-Alpes, où la coopérative a ouvert l'an dernier une antenne qui compte aujourd'hui 2 000 clients. « La demande ne semble pas faiblir, remarque avec plaisir Patrick Behm, le président d'Enercoop. Car l'accident de Fukushima a surtout été un élément déclencheur pour que des personnes déjà convaincues par nos valeurs franchissent le pas. Ceci est extrêmement perceptible dans les appels que l'on reçoit : les gens nous disent qu'au vu de ce qui s'est passé, "il faut qu'ils s'engagent" » Résultat : après cinq ans d'existence effective, Enercoop devrait franchir en septembre 2011 le cap des 10 000 abonnés qu'elle s'était fixé pour fin 2012 et terminer l'année avec 12 000 clients.

L'effet Fukushima s'est aussi fait ressentir chez « Planète Oui », un opérateur apparu en 2007 et qui propose lui aussi une offre « 100% renouvelable ». Beaucoup plus discrète sur son nombre de clients -« quelques milliers » selon son PDG Nicolas Milko qui dit ne pas vouloir « entrer dans la course aux portefeuilles »-, l'entreprise a également bénéficié d'une « vague de souscriptions de la part d'un public militant qui hésitait à s'engager ». Toutefois « celle-ci s'est un peu éteinte depuis », avoue-t-il. « Cela dit, on observe une sorte de deuxième effet : ce débat leur a aussi fait prendre conscience de l'opacité de leur facture énergétique. Une nouvelle vague de clients vient donc chez nous car ils sont lassés de ne pas comprendre leur facture d'électricité qui correspond de moins en moins à leur consommation », explique le patron de « Planète Oui ». De quoi atteindre l'objectif de 40 000 clients que l'entreprise s'est fixé pour 2013 ?

En attendant, si ces fournisseurs se présentent tous deux comme exclusivement tournés vers les énergies renouvelables, chacun a sa propre vision du marché et de la façon de les promouvoir.

Enercoop, la plus indépendante

D'un côté, Enercoop. Cette SCIC** de 15 personnes, dont le projet a été lancé en 2004 par 22 acteurs issus de l'économie sociale et solidaire, des énergies renouvelables et du monde associatif (Greenpeace, La Nef, Biocoop, le CLER etc.), est aujourd'hui le seul fournisseur à s'approvisionner exclusivement et directement auprès de petits producteurs d'énergies renouvelables. Le plus près possible des consommateurs, grâce à ses nouvelles structures régionales (Champagne Ardennes, Rhône Alpes, Nord Pas de Calais et Languedoc Roussillon). A 90% encore, il s'agit de petit hydraulique, les 10 % restants étant puisé dans le grand et petit éolien, le solaire photovoltaïque et la biomasse. Mais difficile de pousser plus avant ces dernières technologies car Enercoop ne peut bénéficier des avantages financiers d'EDF. En clair, aujourd'hui Enercoop peut facilement acheter du petit hydraulique qui se monnaye entre 40 et 50 € le mégawatt heure quand le prix du marché de l'électricité est à 60 €. Mais elle a beaucoup plus de difficulté à débourser les 80 à 90 € nécessaires pour l'éolien voire les 300 € du solaire. En effet, si EDF récupère la différence entre le prix payé et le prix du marché par le biais de la CSPE, (la Contribution au service public d'électricité payé par tous les consommateurs d'électricité, y compris ceux contractants auprès de fournisseurs alternatifs), les autres opérateurs n'en bénéficient pas.

Une « distorsion de concurrence » au profit d'EDF selon Enercoop, qui a déposé un dossier à Bruxelles en ce sens en 2007. « Mais si plus personne ne conteste le bienfondé de notre demande, en France, nous allons quand même globalement vers l'ouverture du marché à reculons et chaque année, le projet est reporté », regrette Patrick Behm. De fait, les clients d'Enercoop doivent théoriquement débourser 25 à 30 % de plus que les clients d'EDF. Un écart qui se réduit cependant, car la coopérative incite ses clients à la maîtrise de la consommation. Avec succès : ils consomment en moyenne 10 à 15 % de moins que la moyenne des Français, ce qui permet de réduire la hausse de la note mensuelle entre 8 et 10 € en moyenne. Un surcoût qui reste un frein pour les plus modestes mais n'arrête pas les plus motivés : « les gens qui souscrivent chez nous sont dans une démarche qui va souvent au-delà de l'adhésion à une offre verte : les trois quart de nos clients sont d'ailleurs sociétaires », précise Patrick Bhem. Et si un jour, le marché français se dérégule totalement, alors le Pdg d'Enercoop en est sûr, son offre sera très compétitive. Et de citer l'exemple du succès d'Ecopower : sa jumelle belge qui est aujourd'hui l'opérateur le moins cher du pays, a séduit plus de 20 000 clients et doit en faire patienter de nombreux autres. En attendant, Enercoop s'enorgueillit déjà d'être à l'équilibre pour la deuxième année consécutive. Une bonne performance chez les opérateurs alternatifs.

Planète oui, la plus accessible

Si « Planète Oui » de son côté n'est pas encore à l'équilibre, lapetite entreprise de 10 personnes propose dès maintenant une offre 100% renouvelable « accessible à tous », au prix du tarif régulé. Comment ? D'abord le mix énergétique est composé à 95% de grand hydraulique. Le reste provient de l'éolien (de son partenaire Windeo), du solaire et de la biomasse. Pour permette à « Planète oui » de porter cette part à 20%, les clients les plus convaincus peuvent souscrire une option « coup de "pousse" » à 3€/mois. Mais surtout, là où Enercoop achète en direct et exclusivement à des petits producteurs en dehors des tarifs régulés, « Planète Oui » n'exclut pas de s'approvisionner via la production d'énergie renouvelable d'Edf par exemple. Celle-ci est ensuite garantie par des certificats verts (voir document lié).

Quand aux projets de développement des énergies « alternatives » (éolien, solaire ou biomasse) leur concrétisation reste difficile : « nous envisagions de développer une ferme solaire de 10 000 m2 qui devait alimenter 300 foyers par an, mais il a été gelé après le moratoire sur les projets photovoltaïques professionnels décrété par le gouvernement en décembre 2010 », souligne Nicolas Milko. Aujourd'hui, le fournisseur préfère travailler au développement de la demande, en s'appuyant notamment -ce qui peut sembler paradoxal- sur la promotion d'une moindre consommation. Ainsi, les clients qui chaque mois déclarent leur consommation à « Planète Oui » se voient déduire 10% de leur abonnement. Et 10% supplémentaires s'ils réduisent celle-ci. De quoi séduire de nouveaux clients et développer la production, raisonne le Pdg : « s'il y avait eu autant de consommateurs d'énergie renouvelable que de consommateurs de bio, le gouvernement n'aurait certainement pas pris les mêmes décisions. »

Pour l'heure, si les nouveaux opérateurs séduisent de plus en plus de particuliers et de professionnels, au 30 juin 2011 leur part de marché restait encore modeste : 5,4 % pour les particuliers et 18% pour les professionnels, selon l'observatoire des marchés de l'électricité et du gaz. Et rappelons que tout le monde ne peut pas encore se raccorder à des fournisseurs alternatifs. Les habitants de Grenoble, Strasbourg et Metz en savent quelque chose : ils font partie des 5% de la France métropolitaine qui ne peut délaisser le réseau de l'entreprise locale de distribution choisi par leur commune.

* sondage Ifop pour Le Journal du Dimanche, juin 2011
** Société Coopérative d'Intérêt Collectif

Béatrice Héraud
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