Publié le 29 août 2012

ÉNERGIE

Sur quelles technologies "propres" investir ?

A quelques jours de la conférence environnementale, la question énergétique occupe la place médiatique avec les polémiques sur l'avenir du nucléaire et des gaz de schiste. C'est dans ce contexte que le centre d'analyse stratégique vient de rendre public un rapport destiné à investir au mieux dans « les technologies compétitives au service du developpement durable ».

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Sur quelles technologies doit-on investir pour développer des énergies peu émettrices de gaz à effet de serre et compétitives ? C'est la vaste et cruciale question, notamment dans un contexte de crise, que s'est posé le Centre d'analyse stratégique qui vient de rendre un rapport de près de 400 pages intitulé « Des technologies compétitives au service du développement durable ». Celui-ci devrait servir de document de travail à la conférence environnementale des 14 et 15 septembre.

Trois domaines ont été examinés : l'électricité, le transport et le résidentiel tertiaire. Pour chacun, plusieurs technologies sont analysées. Mais « plutôt que d'identifier les technologies miracles de demain » - un exercice prédictif quasi impossible de l'aveu même du Centre d'analyse stratégique- « la mission a cherché à examiner le stade actuel de maturité d'un certain nombre d'entre elles (une trentaine au total, ndlr) ainsi que les conditions de leur développement ». De fait, alors que « les financements publics se font de plus en plus rares, il n'est plus envisageable aujourd'hui de soutenir, par des aides pérennes, le déploiement massif d'une technologie non compétitive », précise Vincent Chriqui, le directeur général du Centre d'analyse stratégique. Le CAS encourage donc « le déploiement des énergies renouvelables compétitives » et demande à « privilégier, pour celles dont le coût de production de l'électricité serait supérieur à un seuil à déterminer, les opérations de démonstration et de recherche ».

Une production d'électricité décarbonée

Or, dans le domaine de l'électricité « propre », il faut souligner « le problème de l'insertion des ENR intermittentes -ou plutôt aléatoires- dans les systèmes électriques », insiste d'emblée le président du rapport, Jean Bergougnoux, ex-directeur général d'EDF (1987-1994) et ex-président de la SNCF (1994-1995), aujourd'hui devenu consultant.... « Si de nombreuses technologies de production d'électricité à partir des énergies renouvelables ont aujourd'hui fait la preuve de leur faisabilité technique, des progrès restent à accomplir pour réunir les conditions techniques et économiques permettant leur déploiement massif », expliquent les auteurs du rapport. Parmi celles-ci, le photovoltaïque -qui a l'inconvénient de produire davantage en été quand les pics de consommation sont en hiver- et qui « constitue, de loin, l'énergie la plus chère ramenée au kWh produit ou en termes d'aides publique au kWh produit », note le rapport. Résultat : au vu du prix des installations photovoltaïques pour les toitures, il est beaucoup plus intéressant d'étendre le concept de bâtiment à énergie positive à un ensemble plus large, l'îlot ou le quartier, qui rendrait possible la production d'électricité à partir de centrales photovoltaïques au sol mais aussi d'incorporer d'autres énergies locales comme la biomasse ou la géothermie, préconise le rapport.

Quand au nucléaire, également examiné dans le rapport, « le fait de savoir si (elle) est une énergie d'avenir est une question parfaitement tranchée, au moins en Inde, en Chine et dans d'autres pays émergents », a soutenu Jean Bergougnoux lors de la présentation du rapport, faisant écho aux propos du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg. Avant d'ajouter, qu' « à titre personnel », sa « conviction intime » est « que tôt ou tard on exploitera le gaz de schiste »...Le rapport estime également que le CSC (captage et stockage du CO2), une technologie là encore contestée, « apparaît comme incontournable dans les scénarios actuels de réduction des gaz à effet de serre à l'échelle mondiale », même si son déploiement semble retardé à l'horizon 2030.

Des transports et bâtiments plus durables

Pour les transports, alors que le plan de sauvetage de l'automobile du gouvernement se focalise sur l'électrique, le conseil d'analyse stratégique insiste sur la nécessité d'améliorer avant tout les moteurs thermiques. Le rapport parie sur la technologie du « downsizing » des moteurs (réduction de la cylindrée du moteur sans dégradation des performances) qui devrait permettre des gains de consommation de 20 à 40%. Pour aller au-delà, c'est sur l'hygride qu'il faudra compter. « Piste d'avenir », le véhicule électrique doit en effet faire d'importants progrès sur la performance et le coût des batteries pour atteindre les 10% de ventes espérés en 2020, estime le rapport.

Quant aux bâtiments, le rapport marque un fort intérêt pour le « réseau domicilaire », qui « apparaît comme une technologie de régulation clé ». Celui-ci a pour vocation d'interconnecter l'ensemble des équipements communicants du foyer pour fournir différents services pratiques et innovants liés au management de l'énergie, aux télécommunications (Internet, téléphonie, télévision), à la santé, à la sécurité, aux systèmes de confort, etc...et faire de nos bâtiments, des « maisons intelligentes ». Pour autant, ces services sont aujourd'hui commercialisés « séparément » et leurs technologies sont « incompatibles entre elles », regrette le rapport. L'une de ses principales propositions est d'ailleurs « d'investir dans les technologies transverses de régulation et gestion des systèmes ; les nanotechnologies ; les techniques de mesure ; les TIC ; les matériaux. »

Béatrice Héraud
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