Publié le 14 novembre 2016

COP22 Afrique

ÉNERGIE

Solaire en Afrique : les majors ne veulent pas rater le train

Engie, Bolloré, Schneider Electric, Total... Signe des temps, de grands groupes s'intéressent de plus en plus aux projets solaires en Afrique. Peuvent-ils pour autant changer leur culture d'entreprise et dynamiser la transition énergétique ? Revue de groupe.

Schneider Electric met en place pour la première fois sa centrale solaire Microsol, née d’un effort de recherche et développement entamé à partir de 2013, au Togo, petit pays d’Afrique de l’Ouest.
Schneider Electric

Schneider Electric ne pouvait espérer meilleur terrain d’expérimentation. C’est au Togo, petit pays d’Afrique de l’Ouest, que la firme française mettra en place pour la première fois sa centrale solaire Microsol, née d’un effort de recherche et développement entamé à partir de 2013.

Depuis son indépendance, le Togo dépend des approvisionnements instables en énergie gazière et hydroélectrique en provenance du Nigeria, du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Trois pays voisins qui souffrent eux-mêmes de déficits de production et de délestages réguliers. Pour se dégager une marge de manœuvre, les autorités de Lomé ont construit au fil des années des centrales électriques thermiques fonctionnant au diesel. Des infrastructures qui leur reviennent très cher en plus d’être très polluantes.

 

Le laboratoire togolais

 

Comme beaucoup de pays africains, le Togo bénéficie d’un environnement climatique favorable au développement de l’énergie solaire. Pensée pour les pays en voie de développement, la centrale Microsol présente de beaux atours : elle est bon marché (un peu plus de 700 000 euros tout compris pour une production annuelle de 50 MWh d’électricité, correspondant à un bassin de population de 10 000 personnes) ; elle est robuste (avec une durée de vie minimale estimée à 10 ans) ; elle s’alimente grâce à l’électricité produite à la fois via des panneaux photovoltaïques et des panneaux thermiques ; ces panneaux thermiques fonctionnent grâce à processus de chauffage d’une eau qui est au passage rendue potable, donc consommable par les populations.

Autre bonne nouvelle : le client local de Schneider Electric est la Société africaine des biocarburants et des énergies renouvelables (SABER), dont le capital est codétenu par quinze États d’Afrique de l’Ouest et six institutions financières. La centrale installée au Togo sera la première d’un dispositif prévu pour être composé de huit unités déployées dans toute la région. 

 

Basculement stratégique

 

Schneider Electric peut ainsi se réjouir, avec ce contrat, de la validation par le marché africain d’une inflexion stratégique qui a commencé il y a un peu moins d’une décennie. Il s’agissait de répondre aux besoins de la "base de la pyramide" ("bottom of the pyramid"), ces 1,6 milliard de personnes – dont 220 millions en Afrique subsaharienne – qui ne bénéficient pas d’un accès à l’électricité, mais dont les dépenses mensuelles en énergie représentent 15 dollars en moyenne.

Le groupe a ainsi choisi de prendre des participations dans des entreprises innovantes, notamment à travers l’Energy Access Ventures Fund, doté de 54,5 millions d’euros et lancé en partenariat avec des institutions diverses dont le Commonwealth Development Corporation ou Proparco.

Des ingénieurs ont travaillé sur des dispositifs taillés sur mesure pour la nouvelle cible, à l’image d’In-Diya, la lampe à LED basse consommation destinée à des populations peu ou pas alimentées en électricité… et de la centrale Microsol.

Les nouvelles ambitions africaines de Schneider Electric sont assez représentatives de l’évolution du regard porté sur les défis énergétiques de ce continent par les grandes multinationales françaises. Longtemps en retrait sur les "petits marchés", plus préoccupés à vendre des centrales nucléaires dans les pays riches et chez les "émergents", considérant l’Afrique subsaharienne tout au plus comme une terre d’approvisionnement en matières premières, les grands acteurs hexagonaux de l’énergie changent progressivement de perspective. Un infléchissement qui va souvent de pair avec un désir d’innovation et de responsabilité sociale et environnementale.

 

Schneider Electric, Engie, Veolia, Total, Bolloré...

 

En juillet 2015, Engie, anciennement GDF Suez, marquée par une forte culture gazière, rachète Solaire Direct, entreprise spécialisée créée en 2006, avec l’objectif de devenir le leader français de l’énergie solaire. Aujourd’hui, le groupe est l'un des acteurs centraux (avec... Schneider Electric) de la construction, au Sénégal, de Senergy 2, la plus grande centrale solaire d’Afrique de l’Ouest.

Désormais, affirme-t-on chez Engie, l’Afrique est un "enjeu majeur". Une "business unit" spécifique a été créée, tout comme un fonds d’investissement solidaire appelé "Rassembleurs d’énergie", présent au Maroc, au Burkina Faso, au Kenya et en Tanzanie.

Gestionnaire de concessions de services publics dans les secteurs de l’eau au Niger et de l’électricité au Gabon, le groupe Veolia est plus en retrait, mais assez actif sur la question de l’énergie solaire via sa Fondation, notamment présente au Cameroun, en Guinée et au Mali. Un moyen efficace de cerner les besoins actuels et futurs de la population.

Entreprise faisant partie du cercle fermé des "majors" de l’industrie pétrolière mondiale, Total a choisi de prendre le train de la transition énergétique, ne serait-ce qu’en partie. Comme Engie, l’enseigne française des hydrocarbures est devenue un acteur-clé de l’énergie solaire par une prise de participation majoritaire dans le capital d’une entreprise possédant un savoir-faire certain dans ces technologies montantes : SunPower. Le premier grand chantier du groupe dans le solaire sur le continent est la centrale de Prieska, en Afrique du Sud, qui devrait entrer en activité à la fin de cette année (75 MW de puissance installée).

Très présent en Afrique, le groupe Bolloré y a mis en place sa solution d’énergie solaire de manière surprenante. Il s’est servi d’une technologie pensée au départ pour ses solutions d’autopartage en France pour imaginer des dispositifs composés de panneaux solaires produisant de l’électricité et de batteries au lithium métal polymère (LMP). Il s'agit de résoudre la délicate question du stockage de l’énergie capturée. Pour mettre les jeunes de son côté dans les différents pays où il travaille, Vincent Bolloré y a déjà installé plusieurs "bluezones" : des espaces électrifiés grâce au solaire et où l’on peut retrouver des salles de spectacle ou d’e-learning, des incubateurs de start-ups ou des centres de santé.

En avril 2016, alors qu’il sortait d’une audience avec le président camerounais Paul Biya, l’industriel breton allait au bout de son idée : "Je pense aux villages où il est très coûteux d’apporter de l’électricité parce qu’il faut des poteaux. Nous pourrions faire des systèmes décentralisés qui tiennent dans un conteneur que vous implantez dans un village et qui apporte de l’électricité", expliquait-il.

Elie Tchapi
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