Publié le 14 mars 2014

ÉNERGIE

Saint-Nazaire, nouveau vivier de l'éolien offshore

Sur l'estuaire de la Loire, la filière de l'éolien offshore prend corps, menée par Alstom, STX France et EDF Energies Nouvelles. Dans la foulée des appels d'offre de l'Etat, les industriels y trouvent un environnement favorable, dont un réseau de PME très actif.

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Chantiers STX à Saint Nazaire
© Thibault Lescuyer

Sur la future usine d'assemblage de Montoir-de-Bretagne, les premiers murs s'élèvent vers le ciel. Au loin, on aperçoit les grues du port industriel. C'est là, à cinq kilomètres de Saint-Nazaire, que sont actuellement déchargés les porte-containers, les navires charbonniers et les rouliers du port de Nantes. A partir de 2016, c'est aussi de là que partiront les nacelles et les générateurs de l'Haliade 150 Alstom. Quatre-vingt spécimens, rien que pour le champ offshore de Saint-Nazaire, seront assemblés sur place, et à peu près autant pour les deux autres champs remportés avec EDF en 2012.

« Contrairement à ses voisins européens (Allemagne, Espagne, Danemark), la France n'a pas encore réussi à structurer sa filière industrielle. (...) La France a tous les atouts pour devenir un acteur éolien offshore important », écrivait le cabinet de conseil et d'audit PwC en 2010. Trois ans plus tard, la filière est en train de naître, avec deux centres névralgiques, Le Havre et Saint-Nazaire. Dans le berçeau des chantiers de l'Atlantique, « la mayonnaise a pris », résume le maire de Saint-Nazaire Joël Batteux, pour décrire l'entraînement collectif suscité par les parcs offshore français. La filière s'étend non seulement sur Montoir-de-Bretagne et sur Saint-Nazaire, mais aussi à Nantes, où un centre d'ingénierie Alstom a été ouvert en 2013, et dans toute la région via les PME du réseau Néopolia.

STX France mise sur l'éolien offshore

Depuis le centre-ville de Saint-Nazaire, la silhouette du nouveau portique rouge de STX France est reconnaissable entre mille. Il symbolise le renouveau relatif du chantier franco-coréen et son virage vers les énergies marines. Haut de 80 mètres, ce portique, le plus haut d'Europe, est aussi bien destiné aux éoliennes offshore qu'aux navires sophistiqués sur lesquels le chantier franco-coréen se positionne.

« Il y a des synergies avec nos métiers de base, dans la soudure et l'ingénierie et beaucoup de gains de coûts à obtenir », estime le directeur de l'unité d'affaires Energies Marines Renouvelables (EMR) de STX France, Frédéric Grizaud. Pour le champ de Saint-Nazaire, STX France construira les pièces de transition entre les monopieux et les nacelles, mais l'entreprise vise aussi le marché des fondations et les sous-stations électriques, ces pièces géantes qui raccordent les éoliennes à la terre. STX est prêt à investir jusqu'à 100 millions d'euros sur trois ans, pour atteindre son nouvel objectif : faire 20 à 25% de son CA dans les EMR en 2020.

Neopolia mobilise ses PME

« Depuis deux ans, nous faisons un travail de défrichage avec STX France », explique Gwenaël Maubert, délégué général de Neopolia. Ce groupement régional qui compte près de 170 PME entend co-construire la filière EMR avec les donneurs d'ordre. Une manière de prendre au pied de la lettre Alstom, pour qui « le développement d'un réseau de fournisseurs locaux est essentiel » Jusqu'à présent, les résultats tangibles viennent surtout de STX, puisque 4 entreprises ont déjà signé des contrats avec le constructeur, pour environ 1,5 million d'euros.

Pour faire face à cette demande à venir et éviter la pénurie de techniciens, qui menace déjà les chantiers allemands, il est indispensable d'organiser en amont des formations. Dès 2012 l'IUT de Saint-Nazaire inaugurait donc une licence professionnelle de 'Chef d'Opération Maintenance en éolien Offshore' tandis que la région lançait en 2013 « Compétences 2000 », un plan de gestion prévisionnelle des compétences sur les filières en tension ou émergentes, dont les EMR. Aux nouveaux métiers, comme grutier offshore ou technicien de maintenance spécialisé, s'ajoutent des spécialités présentes dans d'autres secteurs. « Le technicien 'en contrôle non destructif', qui vérifie les soudures, est un métier que l'on retrouve dans l'offshore pétrolier ou le nucléaire », illustre Frédéric Grizaud de STX France.

Autre domaine indispensable pour pérenniser la filière : l'export. Avec le champ pilote de Block Island, dans l'Etat du Rhode Island (Etats-Unis) dont il a remporté le contrat sur 5 éoliennes en février, Alstom a mis un premier pied à l'étrier. De son côté, STX France doit livrer prochainement une sous-station électrique à Dong Energy pour le champ anglais de Westermost. Mais les deux entreprises sont encore en position de « challenger » face à des acteurs plus aguerris. Autant dire que les deux appels d'offre français pour le champ des deux îles (Noirmoutier et Yeu) et celui du Tréport (dans la Manche), qui seront attribués courant 2014 par l'Etat, suscitent l'intérêt des entreprises de la filière nazairienne...

Thibault Lescuyer, à Saint Nazaire
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