Publié le 17 juin 2015

ÉNERGIE

Nexcis, le pôle photovoltaïque d’EDF, tente de survivre

Fabriquer des panneaux solaires en France reste une gageure. La preuve ? Nexcis, la filiale d’EDF spécialisée dans le secteur, va fermer fin septembre. Ses 77 salariés ont néanmoins obtenu un sursis de deux mois. Un délai qui doit leur permettre de finaliser un projet de revitalisation mené avec Crosslux, une start-up azuréenne. L’objectif : associer la technologie des couches minces, développée par Nexcis, à la force de marché acquise par Crosslux, pour développer le vitrage photovoltaïque. Reste désormais à convaincre les investisseurs. 

Dans un atelier de Nexcis, fabrication d'un panneau photovoltaïque "fine couche" pouvant être posé sur une fenêtre ou sur le toit d'un immeuble.
Nexcis

Un sursis. Mardi 9 juin, les 77 salariés de Nexcis, la filiale d’EDF spécialisée dans la recherche et le développement en photovoltaïque, ont eu la confirmation que leur entreprise ne fermerait plus au 31 juillet, comme annoncé début mars par la direction. Ils ont gagné deux mois supplémentaires. Un délai crucial pour préparer la suite.

"Ce report de la fermeture est une première victoire", se réjouit Stéphan Dainotti, délégué CGT du personnel. "Nous allons continuer à nous battre pour sauver nos emplois et garantir l’avenir de l’entreprise." Un pique-nique de "lutte" était organisé ce mercredi sur le site de Nexis, au Rousset, près d’Aix-en-Provence.

 

60 millions d’euros d’investissement

 

Créée en 2009, Nexcis est issue de l’IRDEP (Institut de recherche et développement pour l’énergie photovoltaïque), un laboratoire initié par EDF R&D, le CNRS et Chimie Paris Tech. Présentée comme un fleuron du solaire en France, l’entreprise a développé un procédé de fabrication de panneaux photovoltaïques à bas coût s’appuyant sur la technologie des couches minces CIGS (cuivre, indium, galium, séléniure) alors que celle communément utilisée repose sur le silicium cristallin.

Une vingtaine de brevets ont été déposés. Les premiers modules à leur échelle définitive ont été conçus. Et le passage à l’industrialisation était prévu pour cette année. Lors de l’annonce de la liquidation de l’entreprise par EDF, principal actionnaire (65%), le choc fut donc immense : "Pourquoi détruire le seul centre français de recherche appliquée qui est engagé dans la voie de l’industrialisation photovoltaïque ?", avait alors déploré l’intersyndicale qui dénonce un "gâchis". "Nous avons bénéficié d’investissements d’argent public à hauteur de 25 millions d’euros, et de fonds propres à EDF d’un montant de 35 millions d’euros."

 

Chute des prix du silicium

 

Le directeur général parti en congé maladie, c’est Michel Rubino, venu de la grande distribution, qui le remplace depuis le 15 avril. Il explique la décision prise par EDF : "Au départ, le procédé développé par Nexcis présentait un fort avantage compétitif par rapport au prix du silicium, mais le marché a basculé et l’avantage financier est devenu moins intéressant. Il existe une forte concurrence chinoise, y compris récemment dans le domaine des couches minces."

Michel Rubino explique également que l’entreprise publique s’est toujours positionnée sur la phase de recherche et développement mais que pour la phase industrielle, elle chercherait un partenaire : "Partenaire qu’elle n’a pas trouvé après des mois de recherche", précise le nouveau directeur général.

 

Se positionner sur le marché du vitrage photovoltaïque

 

Le 15 juillet prochain, un projet de revitalisation (reprise partielle de l’activité précédente dans une nouvelle entité) doit être présenté à la direction : "Si d’ici là ils ont trouvé des financeurs, nous validerons le ou les projet(s) qui présenteront les perspectives les plus crédibles de pérennisation de l’emploi. Notre rôle est d’être des facilitateurs."

Le défi désormais est donc de trouver des fonds. Entre 20 et 25 millions d’euros sur trois ans, estime Pierre-Yves Thoulon, co-fondateur de la start-up Crosslux. Mais il est optimiste : "Le produit développé par Nexcis, en couches minces, n’était pas intéressant pour le marché de la centrale solaire sur lequel voulait se positionner EDF, mais il l’est en revanche pour le marché du bâtiment, puisque nous voulons nous spécialiser dans le vitrage photovoltaïque."

Les deux structures sont fortement complémentaires. D'un côté, Nexcis a développé un produit prêt à être industrialisé. De l’autre, Crosslux a mis en place un procédé industriel permettant de laisser passer la lumière et d'assurer un certain niveau de transparence. La jeune start-up s’est également constituée depuis quatre ans un marché en France, mais aussi à l’international.

"Je dis toujours en caricaturant un peu que Nexcis a le produit et que nous avons la clientèle", résume Pierre-Yves Thoulon. "Si cette opération de revitalisation arrive à son terme, dès 2016 nous serons en mesure de poser des panneaux sur les bâtiments, et de nous insérer dans le marché avant tout le monde. C’est une fenêtre d’opportunité incroyable."

 

Jusqu’à 150 salariés en 2017

 

L’objectif est de partir des deux entités pour en créer une nouvelle. "Tous les salariés qui voudront nous suivre sont les bienvenus", assure Stéphan Dainotti de la CGT. "Nous avons calculé qu’il nous faudrait au minimum une quarantaine de personnes au démarrage et que nous aurons besoin de 120 à 150 salariés dès 2017."

Dans ce projet de revitalisation, EDF va céder les bâtiments, les équipements et les licences à des conditions préférentielles. Par ailleurs, tous les salariés bénéficieront du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) mis en place.

Les collectivités locales ont d’ores et déjà annoncé qu’elles soutiendraient le projet. Le Conseil régional de PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) avait voté une motion de soutien à l’unanimité le 24 avril dernier. Treize chercheurs avaient également publié une tribune appelant à "sortir Nexcis de la vallée de la mort".

Concepcion Alvarez
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Recherche et développement de l'énergie : l’AIE recommande de tripler les investissements publics

Dans un rapport consacré à l’innovation technologique dans le domaine de l’énergie, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) salue les efforts déjà réalisés en matière d’économies d’énergie. Mais elle insiste sur le rôle clé des gouvernements pour accélérer ce mouvement, et ainsi limiter...

Aux États-Unis, la bataille autour des énergies solaires fait rage

En cinq ans, le nombre d'emplois lié au solaire a bondi de 86% aux États-Unis. Ce secteur pèse désormais deux fois plus lourd que celui du charbon. Même Apple et Google ont choisi d'y investir massivement. Ce qui ne convient pas du tout aux énergéticiens historiques, qui n'hésitent plus à...

A Colmar, un premier exemple de coopération énergétique entre la France et l’Allemagne voit le jour

C’est une première: deux coopératives énergétiques, l’une française, l’autre allemande, développent ensemble un projet photovoltaïque sur un ancien site industriel de Colmar. Et pour garantir un financement 100% citoyen, les initiateurs français et allemands s’appuient sur

l’association...

Énergies renouvelables : pourquoi la baisse des prix du baril de pétrole ne nuit pas aux investissements

La chute vertigineuse des cours du brut n’a entamé en rien les décisions d’investissement dans les énergies renouvelables (EnR). Ces dernières ont même progressé de 16% en 2014. Et sont attendues en forte hausse cette année dans l’éolien et le solaire. Comment expliquer ce paradoxe ?

En Espagne, la justice a tranché : le plan d’austérité sur les énergies renouvelables est maintenu

Déjà mis à mal par le changement de rémunération de leurs installations en 2013, les producteurs d’énergie verte vont devoir continuer de s’adapter à la baisse des subventions publiques. Un coup particulièrement dur pour les plus fragiles d’entre eux, menacés de disparition.

 

 

Dans l’ancienne Allemagne de l’Est, les espoirs déçus des énergies renouvelables

C’est grâce au secteur des énergies renouvelables que les Länder de l’ex-RDA ont pu reconstituer une part importante de leur tissu industriel. Aujourd’hui, ce renouveau bat de l’aile. Une étude publiée en septembre dernier montre l’impact désastreux des mesures adoptées par Berlin sur...

Masdar City : la ville verte du désert en panne sèche

Le projet était ambitieux : inventer la ville zéro carbone de demain. Le pari est tenu en 2008, quand Masdar City surgit des sables d’Abou Dhabi. L’exploit technologique lui attire un intérêt planétaire et montre que l’après-pétrole peut se préparer concrètement. Cinq ans ont passé, et les...

En Russie, des panneaux solaires dans le cercle polaire

La Russie, première puissance énergétique du globe, n’était pas attendue sur le terrain du photovoltaïque. Et pourtant: la Yakoutie a approuvé un projet de loi sur les énergies renouvelables et prévoit d’équiper plus de 150 sites en centrales solaires. Un défi matériel dans la zone habitée...

Erhard Renz, figure de proue des citoyens énergétiques en Allemagne

En Allemagne, le citoyen énergétique a vu le jour en 2001. L’apparition de cet "Energiebürger" correspond à l’engagement du gouvernement en faveur d’une transition écologique massive. Organisé en coopératives, ces citoyens engagés veulent atteindre un objectif : que l’électricité allemande...

ÉNERGIE

Energies renouvelables

Le développement des énergies renouvelables est chaotique un peu partout dans le monde mais les habitudes de production énergétique changent et la promotion des technologies vertes se développent. Photovoltaïque (énergie solaire), éolien, agrocarburants ou encore biodéchets, les possibilités sont nombreuses.

Eoliennes en mer terres rares pixabay

Les énergies renouvelables sont peu dépendantes des terres rares

Un nouveau rapport de l’Ademe fait le point sur l'utilisation des terres rares dans les énergies renouvelables et leurs solutions de stockage. Selon l’agence, il n’y a pas de risque d’approvisionnement. En revanche, l'utilisation de métaux rares comme le cobalt ou le lithium est plus problématique.

Panneaux solaires toitures pixabay

[Infographie] 100 % d’énergie renouvelable au niveau mondial en 2050, c’est possible et rentable !

Passer à 100 % d’énergies renouvelables, c'est possible en électrifiant tous les secteurs de l’énergie. Et ce serait même plus rentable que le système actuel. Voilà la conclusion à laquelle sont parvenus 14 scientifiques après quatre années et demie de recherches. Le dernier rapport sur les...

Centrale solaire Piolenc Arkuo Energy

[Bonne nouvelle] La France inaugure la plus grande centrale solaire flottante d’Europe sur un lac du Vaucluse

Le solaire flottant fait son apparition en France avec l'inauguration, il y a quelques jours, de la plus grande centrale photovoltaïque flottante d'Europe. Elle est installée sur un lac artificiel abandonné de la commune de Piolenc, dans le Vaucluse. Avec ses 47 000 panneaux, elle devrait alimenter...

Biomasse pixabay

[Bonne nouvelle] Strasbourg va produire de l’hydrogène propre à partir de biomasse dès 2021

Alors que les taxis à hydrogène se font de plus en plus visibles dans les rues de Paris, une unité de production d'hydrogène vert va voir le jour à Strasbourg d'ici 2021. Le procédé, unique au monde, consiste à fabriquer ce gaz à partir de biomasse, sans émettre de CO2. 650 kilogrammes pourraient...