Publié le 16 octobre 2008

ÉNERGIE

Les entreprises de l'environnement face à la crise

Les entreprises du secteur de l'environnement ont été durement touchées par la crise. Elles sont nombreuses à avoir perdu 50, 60 et même jusqu'à 70 % de leur valeur. Pourtant leurs carnets de commande sont pleins, leurs activités sont en développement et leur existence est légitimée par les réglementations environnementales. Alors qu'est-ce qui affole les marchés financiers ?

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© Séché

Quel lien unissent les marchés financiers à l'économie réelle ? Cette question prend une acuité particulière sur le secteur de l'environnement, spectaculairement atteint par la crise. Les marchés ont, semble-t-il, considéré que les banques ne financeraient plus les professionnels de l'environnement. Or leur modèle de développement est lié à la capacité de leurs commanditaires à obtenir des crédits qui peuvent représenter jusqu'à 80 % du coût des projets. Les entreprises vertes, souvent récentes, évoluent en permanence et conquièrent de nouveaux marchés ce qui suppose des développements. Elles font appel à la bourse pour les financer. Ces dernières années, cette équation avait toutes les faveurs des financiers et le cours de ces spécialistes de l'environnement comme les performances à deux chiffres des fonds thématiques auxquels ils sont intégrés, attiraient un nombre croissant d'investisseurs vers les valeurs vertes. Les entreprises cotées qui construisent des éoliennes, des panneaux photovoltaïques, développent des technologies propres, traitent les déchets pour les transformer en source d'énergie ou autres, avaient le vent en poupe. On parlait même de bulle verte puisque le cours de leurs actions semblait globalement trop élevé.
« Cette « bulle » a été complètement effacée par les dévissages spectaculaires de ces dernières semaines » explique Nicolas Rochon, responsable du pôle environnement de la Financière de Champlain, société de gestion spécialiste de l'investissement environnemental. « Les entreprises spécialisées étaient devenues très, voire trop chères mais aujourd'hui elles ont atteint des cours beaucoup trop bas et sans aucun rapport avec leur réalité économique. »
Les contre performances s'accumulent et les spécialistes font front pour tenter de convaincre marchés et investisseurs, ébranlés par des baisses de cours qui vont jusqu'à 50 à 70 %, de la validité du modèle vert.
« Nous avons du changé complètement de communication » explique Manuel Andersen, directeur des relations investisseurs de Séché Environnement. Ce spécialiste du traitement et du stockage de tous types de déchets a perdu près de 70 % de sa valeur depuis le 1er janvier 2008. « Je fais deux présentations par semaine, partout en Europe, pour montrer aux actionnaires que nos fondamentaux sont bons. Avant nous parlions métiers, techniques, clients, marchés potentiels. Aujourd'hui nous devons détailler notre taux d'endettement, rappeler que 95 % de notre activité en France et que nous sommes à l'abri de nombreux risques que connaissent des multinationales comme Veolia auxquelles le marché nous assimile. Nous le vivons très mal puisque tout d'un coup plus personne n'écoute ce que nous avons à dire sur notre activité même

Une économie réelle

Faire de la pédagogie, rassurer, expliquer, tous s'y emploient. Dans le secteur de l'environnement, les deux facteurs clefs sont les régulations et le financement des projets, via le crédit. Dans le premier cas, les spécialistes se réjouissent d'avoir, pour la première fois depuis quatre ans, une forte visibilité sur les stratégies environnementales d'Etats importants comme l'Allemagne ou l'Espagne. Même les Etats-Unis s'y sont mis. L'adoption du plan Paulson a été soumise à une condition des Démocrates passée un peu inaperçue. Ils ont obtenu un crédit d'impôts de 17 milliards de dollars pour financer, pendant 8 ans, les énergies solaire et éolienne. Ensuite, il faut démontrer que les activités des entreprises vertes ne sont pas liées aux variations de la consommation, donc moins vulnérables en cas de crise et que les besoins auxquels elles répondent trouveront toujours des moyens de financement. C'est ainsi que Vergnet, spécialiste de l'éolien dans des zones difficiles, qui a perdu près de 60 % de sa valeur en neuf mois, a publié un communiqué rassurant, le 9 octobre. L'entreprise va construire, en Ethiopie, la plus importante centrale à vent d'Afrique subsaharienne qui comportera 120 éoliennes. Le coût du projet est estimé à 210 millions d'euros et il est financé par deux prêts accordés à la compagnie d'électricité éthiopienne. Le premier de 165 millions d'euros est accordé par une banque française BNP Paribas et garanti par la COFACE, le second de 45 millions d'euros par l'Agence Française de Développement. Message clair : on prête encore, par temps de crise, pour financer des projets d'énergie renouvelable !
Ces bonnes nouvelles sont-elles audibles pour les marchés financiers ? Côté entreprises, on l'espère, côté financiers spécialisés, on veut y croire. Lundi 13 octobre, le cours des entreprises environnementales a connu une embellie supérieure à celle des marchés qui avaient rebondi en flèche. Alors...

A.C. Husson-Traoré
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