Publié le 30 mars 2015

ÉNERGIE

Aux États-Unis, la bataille autour des énergies solaires fait rage

En cinq ans, le nombre d'emplois lié au solaire a bondi de 86% aux États-Unis. Ce secteur pèse désormais deux fois plus lourd que celui du charbon. Même Apple et Google ont choisi d'y investir massivement. Ce qui ne convient pas du tout aux énergéticiens historiques, qui n'hésitent plus à faire du lobbying anti-solaire.

Mandel Ngan / AFP
Barack Obama prononçant un discours sur les énergies renouvelable à Boulder City, en 2012, devant la plus grande ferme solaire des Etats-Unis.

Au jeu du "Qui misera le plus sur le solaire", Apple a tiré le premier. La firme à la pomme a investi 850 millions de dollars dans une ferme solaire géante en février dernier.

Mais l’avance a été de courte durée. Quelques jours plus tard, Google dégainait à son tour en versant 300 millions de dollars dans un fonds géré par SolarCity, le leader américain de l'installation de panneaux solaires. Des investissements qui illustrent la santé étincelante de l'énergie solaire aux États-Unis.

 

Un secteur soutenu par la Maison Blanche

 

Ce boom du solaire profite directement à l'économie américaine, dont le taux de chômage a déjà de quoi faire pâlir les Européens. Selon la dernière étude de The Solar Foundation, une association qui défend les intérêts du secteur, un emploi sur 78 créés l’année dernière aux États-Unis était lié au solaire. Et au cours des cinq dernières années, le nombre d'emplois dans le secteur a bondi de 86%. En 2015, il devrait encore créer 36 000 postes. Signe que les temps changent : aux États-Unis, le solaire représente désormais presque deux fois plus d'emplois que le charbon.

L'administration Obama soutient sans détour le secteur. Un seul chiffre pour s'en convaincre : au cours des cinq dernières années, coupe budgétaire oblige, les subventions fédérales au secteur de l'énergie dans son ensemble ont chuté de 23%. Mais quasiment dans le même temps, le budget pour le seul solaire a quintuplé. Il dépasse désormais les cinq milliards de dollars, selon un rapport commandé par le Congrès.http://www.eia.gov/analysis/requests/subsidy/.

Pour les particuliers et les commerçants, le dispositif "Investment Tax Credit" ou ITC, permet d'obtenir une déduction fiscale de 30% pour une installation solaire. En place depuis 2006, il a "sans aucun doute alimenté notre succès phénoménal", reconnaît Rhone Resch, président du SEIA, l'association des professionnels du solaire.

Mais une première difficulté émerge déjà pour le secteur : l'ITC doit disparaître sous sa forme actuelle à la fin 2016. Sans certitude pour l'instant sur ce qui pourrait le remplacer. "C'est notre plus gros défi. Il va falloir qu'à Washington, démocrates et républicains [désormais majoritaires au Sénat, NDLR] s'accordent sur une politique énergétique qui tourne la page du siècle des énergies fossiles, pour se tourner vers les énergies renouvelables", prévient Andrea Luecke, de The Solar Foundation.

 

Les énergéticiens contre-attaquent

 

Le second motif d'inquiétude pour les tenants du solaire tient à l'offensive menée par les fournisseurs d'énergie traditionnels. Pour Scott Peterson, dont l'organisation Checks and Balances Project  surveille l'influence des lobbyistes pro-énergies fossiles sur les politiques environnementales, il ne fait aucun doute qu'ils ont "mis en place un plan d'attaque national contre le secteur solaire".

Leur cible prioritaire, ce sont les commissions qui régulent la distribution d'électricité dans chaque État. Ces organes publics sont censés défendre les intérêts des consommateurs, mais ils sont bien souvent phagocytés par les fournisseurs d'énergie privés. Illustration de leur influence : dans une vingtaine d'États au total, un habitant dont la maison est équipée de panneaux photovoltaïques doit désormais payer une cotisation supplémentaire s'il veut revendre son surplus d'électricité.

"En Arizona, les partisans du solaire ont cru avoir gagné la partie parce que cette cotisation n'était que de 5 dollars par mois mais il y a déjà une proposition sur la table pour monter à 50 ou 100 dollars", s'inquiète Scott Peterson. Et pour préparer cette nouvelle bataille, de mystérieux démarcheurs ont fait du porte-à-porte pour tenter de trouver des témoignages de riverains... déçus par le solaire. Les associations écologistes les ont vite identifiés comme des membres de Taxpayers Protection Alliance. Officiellement, le but de ce groupe est "d'informer le public sur les conséquences économiques des décisions gouvernementales". "Ils sont directement liés aux frères Koch", assène de son côté Scott Peterson.

 

Les frères Koch en tête de pont

 

Avec leur empire construit au départ sur le raffinage du pétrole, Charles et David Koch détiennent aujourd'hui la sixième fortune des États-Unis. Deux frères qui préfèrent rester dans l'ombre, mais qui comptent parmi les principaux argentiers des républicains les plus conservateurs, capables de dépenser des millions pour faire barrage notamment aux législations environnementales.

Leur dernier combat en date se déroule en Floride. Dans "l'État du soleil", les particuliers n'ont pas le droit de revendre le surplus d'électricité produit par leurs panneaux, ce qui freine le développement du secteur.

Des écologistes demandent l'organisation d'un référendum en 2016 pour modifier la loi. Face à eux, le lobby Americans for Prosperity, l'une des associations soutenues précisément par les frères Koch. Les défenseurs des énergies fossiles "n'ont aucune chance de gagner à long terme cette bataille contre le solaire" promet Scott Peterson, "mais à court terme, ils vont tout essayer tout enrayer sa progression".

Fannie Rascle, correspondante à Washington
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

James Inhofe : ce climato-sceptique va façonner la politique environnementale des Etats-Unis

James Inhofe est depuis le début de l’année le nouveau président du puissant Comité sur l’environnement au Sénat américain. Un poste-clé pour cet élu Républicain de l’Oklahoma qui, depuis des années, multiplie les sorties tonitruantes : le changement climatique ? Le "plus grand des...

Corruption : aux États-Unis, les entreprises en cure de désintoxication

Quand la justice américaine détecte des cas de corruption, elle choisit souvent de conclure un accord avec l'entreprise concernée. Celle-ci doit alors payer une amende, mais elle doit également respecter à la lettre un code éthique afin de se "désintoxiquer" de la corruption. C’est ce qui...

Pétrole : Obama dit non au projet d'oléoduc Keystone XL. Mais...

Le président américain a décidé mardi 24 février de mettre son veto à la loi autorisant ce pipeline géant, censé transporter le pétrole des sables bitumineux depuis le Canada jusqu'au golfe du Mexique. C'est un revers pour les Républicains au Congrès américain qui avaient voté ce texte....

Etats-Unis : la responsabilité alimentaire, nouveau défi des chaînes de "fast-food"

McDonald’s ne parvient pas à enrayer la chute de ses ventes et vient de nommer un nouveau PDG pour tenter de réinventer la marque, qui symbolise à elle seule toutes les dérives des "fast-foods". Aux Etats-Unis, où les campagnes contre l’obésité commencent à porter leurs fruits, certaines...

Climat : un accord sur les énergies renouvelables entre les États-Unis et l’Inde

Le président américain Barack Obama, en visite officielle en Inde, et le Premier ministre indien Narendra Modi, viennent d’annoncer un accord bilatéral afin de lutter contre le réchauffement climatique. Moins contraignant que celui signé par les Etats-Unis avec la Chine, l’accord ne...

Énergies renouvelables : pourquoi la baisse des prix du baril de pétrole ne nuit pas aux investissements

La chute vertigineuse des cours du brut n’a entamé en rien les décisions d’investissement dans les énergies renouvelables (EnR). Ces dernières ont même progressé de 16% en 2014. Et sont attendues en forte hausse cette année dans l’éolien et le solaire. Comment expliquer ce paradoxe ?

ÉNERGIE

Energies renouvelables

Le développement des énergies renouvelables est chaotique un peu partout dans le monde mais les habitudes de production énergétique changent et la promotion des technologies vertes se développent. Photovoltaïque (énergie solaire), éolien, agrocarburants ou encore biodéchets, les possibilités sont nombreuses.

Panneaux solaires covid 19

Énergies renouvelables : pour la première fois en 20 ans, la croissance des installations va ralentir

L'Agence internationale de l'énergie confirme un ralentissement de la croissance de la production d'énergies renouvelables de 13 % cette année en raison de la crise du Covid-19. Celle-ci a entraîné une paralysie de l'économie, mais aussi des blocages financiers avec une baisse des investissements....

Laurent Vincenti Total

[Certifié sans Coronavirus] Total lance le plus grand site de stockage électrique par batterie de France

Total a annoncé mi-mars la construction à Dunkerque d'un site de stockage d'électricité par batterie, le plus grand du pays selon le géant pétrolier qui veut affirmer ses ambitions dans les renouvelables. Un investissement de 15 millions d’euros sur le territoire.

Gemo trignac autoconsommation ombriere panneaux solaires gemo

Les entreprises françaises de plus en plus nombreuses à se brancher sur les énergies renouvelables

Deux tendances se dégagent nettement sur le marché des énergies renouvelables : l’autoconsommation individuelle et les PPA (Power Purchase Agreement), des contrats d’approvisionnement de gré à gré entre le client et le fournisseur d’énergie. Les deux dispositifs sont de plus en plus plébiscités par...

Champ de choux CC0

En Alsace, le jus de choucroute est transformé en énergie verte et les déchets ménagers servent à fabriquer des M&M’s

La région Grand Est multiplie les initiatives pour la production d'énergies renouvelables afin d'être à énergie positive à l'horizon 2050. Novethic s'est rendu dans deux sites alsaciens, gérés par Suez, où les déchets sont transformés en énergie. Au sud de Strasbourg, le jus de choucroute est...