Publié le 19 janvier 2015

ÉNERGIE

Plan européen d’investissement: priorité aux transports et à l’énergie, mais le financement reste incertain

La nouvelle Commission européenne dirigée par Jean-Claude Juncker s’est donné comme priorité n°1 de relancer la croissance et l’emploi. Comment ? Avec un plan d’investissement de 315 milliards d’euros sur trois ans. L’énergie et les transports figurent parmi les secteurs clés. Mais ce programme de relance reste un pari financier : l’Union européenne (UE) et la Banque européenne d’investissement (BEI) ne mettent sur la table que 21 milliards d’euros de garantie.  

Jean-Claude Juncker, le président de la commission europeenne, s’est donné comme priorité n°1 de relancer la croissance et l’emploi notamment via le développement des énergies renouvelables
© Panagiotis Tzamaros / AFP

Le plan européen d’investissement prend forme. Le candidat Juncker l’avait promis, le président Juncker en a fait le projet phare de son mandat. "C’est un grand pas en avant pour remettre les Européens dans le circuit de l’emploi et donner un coup de fouet à l’économie de l’Union", répète dans ses discours le président de la Commission, qui veut que tout soit prêt pour cet été afin que les premiers financements de projet puissent être lancés.

Au cœur du dispositif, le "fonds européen pour les investissements stratégiques" (FEIS ; en anglais EFSI). La Commission a présenté mardi 13 janvier la proposition législative qui crée le fonds et détaille son fonctionnement. Elle doit maintenant être discutée et adoptée par le Parlement européen et le Conseil des ministres de l’UE (représentant des Etats membres).

 

Mobiliser 315 milliards à partir de 21 milliards de garantie

 

Le fonds sera établi au sein de la BEI, le bras financier de l’Union, et travaillera en étroit partenariat avec la Commission. Il servira avant tout à mobiliser l’argent privé. Car, même en grattannt les fonds de tiroirs, l’UE et la banque européenne d'investissement (BEI) n’ont trouvé que 21 milliards d’euros à apporter en garantie. 5 milliards viendront de la BEI et 16 de ressources publiques européennes. Le calcul est le suivant: avec son triple A et ses 21 milliards d’euros de garantie, la BEI pourrait prêter autour de 60 milliards d’euros et déclencher ainsi cinq fois plus d’investissements privés.

S’appuyant sur l’exemple de la BEI, qui avait réussi à lever 180 milliards d’euros après l’augmentation de son capital de 10 milliards d’euros en 2012, la Commission parie sur un effet de levier de 15. Elle assure que c’est une "moyenne prudente" .

Pour le président de la BEI, les freins à l’investissement sont plus liés à la perception du risque qu’à un manque de liquidités. Cela n’empêche pas certaines capitales de trouver la mise de fonds initiale trop faible. En France, le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, avait réclamé un levier de 5. Mais les caisses publiques sont vides.

 

Interconnexions énergétiques, renouvelables et efficacité énergétique

 

Les investissements doivent servir à financer cinq grandes priorités qui font la part belle à l’énergie, aux transports et à l’environnement. Le texte législatif reste très général, mais il cite le développement d’infrastructures dans le domaine des transports et de l’énergie en mettant l’accent sur les interconnexions énergétiques et les transports dans les centres industriels. Figurent aussi le développement des renouvelables et l’efficacité énergétique et, enfin, les projets d’infrastructures dans le domaine de l’environnement, des ressources naturelles et du développement urbain.

C’est le comité de pilotage du fonds qui décidera de manière plus détaillée des orientations en matière d’investissement et du profil de risque. Ce comité sera composé de représentants des contributeurs en fonction du poids de chacun, soit la BEI et la Commission pour l’instant, mais le fonds est ouvert aux Etats.

 

Un comité d’experts indépendants pour sélectionner les projets

 

Les projets financés seront choisis parmi une liste soumise par les Etats membres. A l’exception des Pays-Bas et de l’Allemagne, tous les pays ont déjà envoyé une liste indicative. Au total, cela représente 2000 projets pour une valeur d’environ 1300 milliards d’euros.

La liste envoyée par Paris contient 32 projets dont 9 concernent le domaine de l’énergie : un plan d’investissement pour la performance énergétique des bâtiments publics, le déploiement des compteurs communicants gaz, le projet de gazoduc Val de Saône, la ligne à très haute tension (THT) du golfe de Gascogne, etc. Ils représentent quelque 48 milliards d’euros d’investissements sur la période 2015-2017.

Il va falloir trier, analyser, vérifier pour sélectionner les bons projets. Le président de la Commission veut éviter une répartition politique. "Il n’y aura pas de préallocations géographiques, ni de quota " a prévenu Jean-Claude Juncker. Les projets seront sélectionnés à partir de trois critères: leur viabilité économique, leur inscription dans les priorités européennes, leur démarrage dans les trois ans. Ce sera la tâche du comité d’investissement du fonds, un comité que le président Juncker veut composer de 6 experts indépendants.

Pour inciter les Etats à placer leurs deniers dans le pot commun, Jean-Claude Juncker leur a proposé de déduire ces sommes du calcul de leur déficit budgétaire. Mais les Etats hésitent à jouer le jeu sans savoir ce qui leur reviendra. 

Julie Majerczak
© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Commission européenne : l’environnement dissous dans la croissance verte et bleue

En charge de l’Environnement… et des Affaires maritimes et de la Pêche : le mandat du nouveau commissaire traduit un virage de la politique environnementale européenne, où priorité est donnée à la croissance. La personnalité controversée du commissaire Karmenu Vella accentue encore les...

Commission européenne : le nouveau commissaire pour l’Énergie et le Climat suscite la polémique

Dévoilée hier, c’est l’une des principales nouveautés de la nouvelle commission Juncker : les directions Énergie et Climat vont être dirigées par une seule et même personne. Le portefeuille sera tenu par un Espagnol, Miguel Arias Cañete. Une nomination qui passe mal auprès des écologistes,...

Le conseiller scientifique du président de la Commission européenne, une cible idéale pour les lobbys industriels

A Bruxelles, le poste de conseiller scientifique en chef à la Commission européenne suscite la polémique. La grogne est portée par une trentaine d’ONG qui dénoncent le pouvoir confié à un seul expert. Qui, de plus, n’a de comptes à rendre qu’au président de la Commission.

Affaire LuxLeaks : la fiscalité, un sujet de responsabilité d’entreprise

LuxLeaks, c’est le surnom d’un vaste scandale financier, révélé le 6 novembre 2014. 340 multinationales s’y trouvent épinglées pour avoir passé des accords fiscaux secrets avec le Luxembourg grâce au service de PWC, la firme d’audit et de conseil. Ces 28 000 pages de documents, épluchées...

L’optimisation fiscale, un épouvantail pour investisseurs responsables

Les investisseurs responsables commencent à s’interroger sur l’optimisation fiscale effrénée des multinationales. Cette stratégie visant à limiter au maximum le paiement d’impôts dans certains pays a longtemps été considérée comme un facteur d’attraction pour les actionnaires. Mais elle...

ÉNERGIE

Energies renouvelables

Le développement des énergies renouvelables est chaotique un peu partout dans le monde mais les habitudes de production énergétique changent et la promotion des technologies vertes se développent. Photovoltaïque (énergie solaire), éolien, agrocarburants ou encore biodéchets, les possibilités sont nombreuses.

IStock 948327168

Énergie solaire : de nouvelles mesures pour le photovoltaïque, mais les projets citoyens menacés

Le gouvernement a simplifié l'installation de panneaux photovoltaïques sur bâtiments pour les projets allant jusqu'à 500 kilowatts (environ 5 000 m2 de surface). Une mesure très attendue par la filière, qui doit également permettre de limiter l'artificialisation des sols. Mais dans le même temps, il...

IStock 927960860

Éolien : le casse-tête du recyclage des pales

Alors que les premiers parcs français arrivent en fin de vie, des centaines d'éoliennes vont devoir être prises en charge ces prochaines années. Or aujourd'hui, les pales ne sont quasiment jamais recyclées en raison de leur composition. Mais une innovation pourrait changer la donne. Siemens-Gamesa a...

Windmills gdb56acbce 1280

Comment le gouvernement entend rendre les éoliennes acceptables

En matière d'énergie renouvelable, la France est en retard par rapport à ses objectifs. En cause : les nombreux recours qui allongent la mise en place des projets éoliens. Début octobre, le gouvernement a annoncé dix mesures pour encourager leur acceptabilité. Il compte notamment s'appuyer sur la...

IStock @ALFSnaiper Mercedes-Benz  Stadium (Atlanta)

L'alliance européenne des batteries électriques se fera avec Mercedes... mais sans Renault

Mercedes-Benz a annoncé fin septembre rejoindre la coalition menée par la société Automotive Cells Company (ACC) pour faire émerger un "Airbus des batteries" électriques afin de garantir une indépendance de l'Europe et concurrencer les fabricants asiatiques. Renault a choisi de ne pas rejoindre...