Publié le 27 août 2008

ÉNERGIE

Existe-t-il une énergie idéale ?

Energies renouvelables, nucléaire, fossiles : le champ des possibles est aujourd'hui largement ouvert. Mais existe-t-il réellement un type d'énergie qui réponde à la fois aux impératifs environnementaux, aux logiques économiques, et aux souhaits des parties prenantes ?

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L'engouement démesuré pour les agrocarburants touche à sa fin. Si de nombreux pays en font encore l'apologie, Brésil en tête (voir article lié), un rapport confidentiel de la Banque Mondiale, rendu public début juillet 2008 par le quotidien britannique The Guardian, leur attribue en grande partie la responsabilité de la hausse des prix des denrées alimentaires, entre 2002 et 2008. Déforestation, monopolisation des terres arables, coût environnemental de production : l'envers du décor du « pétrole vert » noircit sérieusement le tableau. Au point que l'Union européenne reconsidère depuis peu la question. Le Centre de recherche de la Commission, sollicité pour évaluer l'intérêt d'incorporer 10 % d'agrocarburants dans les directives du paquet climat-énergie, a rendu en janvier 2008 un verdict peu optimiste. « L'incertitude est trop grande pour pouvoir déterminer si l'objectif de 10 % de biocarburants développé par l'UE, conduira ou non à une réduction des gaz à effets de serre (GES)» (voir article lié). Voilà qui oblige les ministres européens à regarder d'un autre œil les 20% d'énergie renouvelable à atteindre d'ici 2020.

Le nucléaire, entre dépendance énergétique et économique

Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le nucléaire devrait assurer 13% des besoins mondiaux en électricité en 2030. Un chiffre certes en baisse (il assurait 16% des besoins dans les années 80), mais qui dénote une dépendance pérenne à ce type d'énergie. D'autant que, si la question du stockage des déchets déclenche généralement des réactions épidermiques, celle de l'impact économique du nucléaire est moins souvent abordée. Pourtant, le prix de l'uranium a été multiplié par 15 entre 2001 et 2007, et les coûts élevés de construction, maintenance et démantèlement des centrales font craindre aux antinucléaires une répercussion sur les générations futures (voir article lié). L'énergie nucléaire, non renouvelable, ne peut donc satisfaire les ambitions européennes. Elle divise d'ailleurs les pays de l'Union, dont les politiques en la matière divergent parfois radicalement. Nicolas Sarkozy la considère comme « plus que jamais une industrie d'avenir et une énergie indispensable », alors que l'Allemagne entame (certes difficilement) sa sortie du nucléaire.

La protection de l'environnement comme outil de communication

Refuser le nucléaire conduit parfois à des attitudes contradictoires. Pour faire face à une forte augmentation de la demande énergétique, les Pays Bas ont fait le choix du charbon : quatre centrales devraient voir le jour d'ici les quarante prochaines années, dont une pour alimenter le port de Rotterdam (voir article lié). Grands promoteurs du recyclage des déchets et de la réduction des émissions de GES, les néerlandais n'en choquent pas moins les ONG environnementales. Pour Greenpeace, « cette technologie d'un autre âge est une véritable aberration en cette période de lutte contre les changements climatiques. » Pourtant, le cas néerlandais n'est pas isolé. Le géant énergétique allemand E.on prévoit en effet la construction d'une centrale à Anvers, et de deux autres en Allemagne (voir article lié). Entre d'un côté un discours rassurant et prometteur sur la réduction des émissions de GES, souvent étayé par l'appartenance à des fonds ISR, et de l'autre, une politique énergétique loin d'assurer les objectifs européens, le fossé a de quoi faire grincer des dents. « Bayer [multinationale chimique allemande qui accueillera l'une des centrales d'E.on] jette de la poudre aux yeux pour cacher que, depuis des lustres, il fait partie des entreprises les plus émettrices », fustige Juergen Rochlitz, membre de la Commission pour la sécurité des implantations industrielles allemandes. Si tant est qu'il existe une énergie idéale pour préserver la planète, il faudra aussi dépasser le jeu des chiffres et de la communication.

Anne FARTHOUAT
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