Publié le 28 juillet 2008

ÉNERGIE

Energie : le « mix » réunionnais, un exemple à suivre

Le programme Gerri (Green Energy Revolution Reunion Island) devrait prochainement faire de la Réunion, une île exemplaire en matière de Développement Durable. Voulu par les autorités locales, président de Région en tête, et l'Europe, ce programme concerne le tourisme, l'urbanisme, mais aussi et surtout, les transports, la production d'énergie et le stockage.

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Usine de cigarette produit énergie solaire

Avec 12 000 m2 de panneaux installés en toiture, un fabricant de cigarettes réunionnais est devenu la plus grande centrale photovoltaïque de France qui alimente 850 foyers et évite l'émission de 1 400 tonnes de CO2. C'est ce que propose la Sitar, filiale d'Impérial Tobacco qui produit chaque année 800 millions de cigarettes destinées au marché local. Sa capacité est de 1,4 GWh que les toits de la Sitar fourniront pendant 20 ans au réseau Edf. "Les actionnaires en parlent dans le rapport de Développement Durable et les 80 salariés se sentent valorisés " .
L'usine est un exemple que va suivre sa voisine, la Cilam, franchisée de Yoplait. Elle recevra prochainement 20 000 M2 de panneaux, de quoi alimenter 1040 foyers et détroner la Sitar !

A l'instar d'autres îles, la dépendance énergétique de la Réunion, région de l' « outre-mer européen » pose problème: 85% de l'énergie y est importée. Cette énergie est loin d'être complètement « verte » puisque 34% sont proviennent de sources renouvelables, le reste de l'électricité est d'origine fossile. Si l'on y ajoute les transports, la part des énergies renouvelables chute encore et ne représente que 2% de la facture globale.

Pourtant la Réunion fait des efforts depuis plus de 15 ans. A Jean-Louis Borloo, ministre en charge du développement durable, qui visitait l'île au mois de juillet 2008 et s'étonnait que « le solaire, ça marche fort à la Réunion et pourquoi pas chez nous ? », Thierry Demaret, fabricant des chauffe-eau solaires Giordano a répondu : « Mais Monsieur le Ministre, n'importe qui à la Réunion peut louer son chauffe-eau solaire pour 27 euros par mois ! » Cette mesure est portée depuis ... 1991 par l'organisation européenne Feder (Europe) et la Région.

On voit partout des chauffe-eau solaires, en bordure de mer comme à 2 000 mètres d'altitude et ils sont intégrés à l'architecture réunionnaise. En nombre d'équipements, la Réunion occupe la deuxième place européenne, après Chypre ! Reste que pour 10 000 équipements solaires vendus chaque année, 20 000 sont encore électriques. « Pour 2025, on vise les 300 000 installations solaires» avance plein d'optimisme, Christophe Rat, directeur de l'ARER(Agence Région des Energies Renouvelables).

Multiples sources d'énergie

Les usines productrices d'énergie reflètent la diversité des sources. A l'Ouest de l'Ile, l'usine thermique qui utilise les résidus de canne, la bagasse et le charbon de St Louis. A l'Est, sa réciproque, Bois Rouge, en bas des « mi-pentes » plantées en cannes ... « Avant 1991, EDF ne voulait pas garantir le prix du kilowatt/heure. Les cannes vidées de leur sucre étaient déposées devant l'océan et on attendait qu'un cyclone les emporte » raconte le directeur de cette centrale, filiale du groupe Tereos. Aujourd'hui, 40% de l'énergie produite par la canne brûlée est rendue à la sucrerie sous forme d'énergie et d'électricité. Le reste (60%) repart dans le réseau EDF. De quoi desservir, de juin à décembre, 80 000 habitants, pour un solde positif de 296 000 tonnes de CO2.

L'hydraulique aussi assume sa part. Les installations remontent aux années 80. A l'époque, les barrages encaissés de Rivière Langevin et Bradéliane suffisaient à assurer la sécurité énergétique des Réunionnais. Depuis il y a eu une explosion démographique : 820 000 habitants aujourd'hui, 1 million en 2030. En 2001, l'éolien a commencé à se développer sur l'île. A 11 centimes l'achat du kwh par EDF contre 25 centimes pour le thermique issu du fuel, il fallait y croire ! Aujourd'hui, les 37 éoliennes de Sainte Suzanne alimentent une communauté de 25 000 habitants.

L'éolien sur les hauteurs, la bagasse sur les pentes, l'hydroélectrique dans les ravines et dans les zones industrielles, en toitures de supermarchés et d'entrepôts, 211 installations photovoltaïques de 10 à... 20 000 m2, à ce jour les plus grandes de France (voir encadré). En puissance par habitant, la Réunion arrive en troisième position européenne derrière le Luxembourg et l'Allemagne. Devant l'Autriche, les Pays-Bas et l'Hexagone ! « Notre but n'est pas tant d'avoir une grosse puissance. C'est d'avoir un mix énergétique satisfaisant » commente Serge Borchellini d'Aérowatt .

En lançant des forages pour sonder le potentiel énergétique des fonds marins avec les volcans, la houle, les vagues et les marées, les Réunionnais construisent leur « mix » au rythme des transferts de technologie et des politiques publiques . Pendant les six mois où la canne à sucre est absente, 20 000 des 50 000 tonnes de déchets verts pourraient se substituer aux 10 000 tonnes de charbon qui alimentent les centrales thermiques. Même chose avec les « broyats de palette » : 30 à 40% pourraient être valorisés 700 000 palettes entrent en effet chaque année à la Réunion ! Mais il faudra pour mettre en place ce système assurer au législateur leur traçabilité....

La Réunion pourrait être un avant-poste de ce que pourrait faire d'autres îles sous pavillon européen mais aussi le continent ! Alors seulement, comme le rêve Chris Thomas, professeur de Biologie de la Conservation à l'Université de York, toutes ces collectivités locales européennes éparpillées « outre-mer », de l'Antarctique à l'Arctique, seront « reconnues comme des modèles de conservation et de durabilité, plutôt que comme des victimes de notre appétit insatiable pour les hydrocarbures. »

Kakie Roubaud
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