Publié le 05 décembre 2008

ÉNERGIE

Des hydroliennes dans la Manche

C'est un des engagements du Grenelle. Derrière la Grande-Bretagne, la filière de l'hydrolien émerge en France. Une première expérimentation, réussie, vient de s'achever dans la Manche. EDF prépare une ferme de plusieurs hydroliennes, près de Bréhat.

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Conflit entre hydroélectricité et restauration des rivières ?

Le Grenelle fixe une augmentation de 10% d'ici 2020 à l'hydroélectricité, à condition que soit vérifiée au préalable la compatibilité avec l'état écologique des cours d'eau et les engagements européens sur la restauration des rivières. Si les ONG soutiennent cet objectif, « il ne faudrait pas que cela se fasse au détriment de la qualité des milieux naturels. En l'occurrence, l'énergie hydraulique peut avoir des effets désastreux aux niveaux écologique et social », préviennent-elles. Une concertation a eu lieu avec Jean-Louis Borloo sur ce sujet, au cours de laquelle les ONG ont préconisé des mesures de protection de l'environnement et émis des propositions pour « apaiser les conflits entre l'hydro-électricité et les autres usagers de l'eau ». « Bien peu ont été reprises... pour l'instant », ont-elles constaté.

Selon une étude prospective de l'Ifremer, à l'horizon 2020, 7,7 % des progrès français de production d'énergie renouvelable pourraient être issus des énergies marines. Celles-ci regroupent plusieurs procédés comme l'éolien off-shore, l'énergie des vagues, ou de la houle. Et celle puisée sous l'eau, au sein des courants marins. On distingue alors deux sources d'énergie. Tout d'abord les courants permanents créés par les grands mouvements d'eau, tel le Gulf Stream. Et les courants ponctuels, causés par les marées, synonymes de puissants mouvements de flux et de reflux, toutes les 6 h. « Là où la profondeur d'eau est faible, l'eau doit s'engouffrer au-dessus des hauts fonds, ce qui l'accélère à des vitesses que les hydroliennes peuvent exploiter, » explique Jacques Ruer, directeur technique de Sabella, consortium français qui réunit la Saipem (ex-Bouygues Offshore) et plusieurs entreprises bretonnes, dont les pionniers de Hydrohelix.

« La France est un endroit privilégié. Autour du Cotentin et de la Bretagne, nous disposons de marées exceptionnelles à l'échelle de la planète, » précise Jacques Ruer. La centrale de la Rance, construite en 1966, produit à elle seule 240 MegaWatt (MW), soit 90% de la puissance mondiale. Le monde entier vient la visiter. Pourtant, l'industrie hydrolienne a d'abord débuté outre-manche. Autour de l'Ecosse, du Pays de Galles et de l'Irlande, avec des turbines siglées OpenHydro, ou Seagen. Soucieuse de diversifier son « mix » énergétique à base de source renouvelable, l'Union européenne s'y intéresse de très près. Et la France suit, obligée de reconnaître son potentiel dans ce domaine !

Bilan positif

La première hydrolienne sous-marine française a été immergée le 1er avril 2008, dans l'estuaire de l'Odet (29), à Benodet. Plongé à 23 m de profondeur, durant 133 jours, l'essai a été concluant. « Ce premier prototype de Sabella a fonctionné comme prévu. Dans les deux sens du courant, sans souci particulier, ni impact écologique, » détaille Jacques Ruer. Une seconde submersion est prévue en décembre 2008, afin de tester le matériel durant l'hiver.

La seconde conférence internationale sur les énergies marines, ICOE 2008, organisée à Brest du 15 au 17 octobre 2008 par EDF et l'Ifremer a dessiné les tendances. « Désormais, les grands industriels s'intéressent aux hydroliennes, résume Jacques Ruer. Des projets démarrent, comme le nôtre, notamment grâce au soutien de collectivités locales, à l'echelle des communes et de la Région. Localement, la volonté politique est très forte. » D'autant que depuis 2006, un décret a fixé en France le tarif de rachat de l'énergie marine, à 0,15 Euro/kW. Des conditions suffisantes pour donner une visibilité économique aux investisseurs potentiels.

Volontés locales

A terme, le coût d'une hydrolienne devrait atteindre les 3000 euros du kW installé. Soit un investissement de l'ordre de 600 000 euros pour une turbine sous-marine de 200 kW. Un coût comparable à celui d'une éolienne offshore, justifie Jacques Ruer. « Tout dépend aussi de la force du courant sur le site ». Plus sa puissance augmente, plus le coût du kW installé est faible... La prospection des sites les mieux adaptés devient alors un enjeu essentiel.

Selon une étude réalisée par EDF, les gisements de courants marins exploitables sont estimés entre 10 et 12,5 GigaWatt (GW) en Europe. Dont un gros tiers, 3 GW environ, est disponible en France, le long des côtes de la Manche et la pointe de la Bretagne. C'est d'ailleurs dans l'une de ces zones privilégiées, entre Paimpol et l'île de Bréhat, qu'EDF R&D prévoit d'installer en 2012 une centrale hydrolienne de 4 à 10 rotors, pour une capacité totale de 4 à 6 MW. Ancrées par 35 m de fond, dans l'anse de Lesnay, les hydroliennes devraient pourvoir aux besoins de 5 000 foyers. Soit l'équivalent des 3 communes à proximité. Coût annoncé de l'opération : 20 millions d'euros.

Maxence Layet
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