Publié le 07 juillet 2008

ÉNERGIE

Biocarburants : incertitudes sur la politique européenne

Alors que la Commission a fixé un objectif d'intégrer 10% de biocarburants d'ici 2020 dans les transports, plusieurs études ont mis en doute leur intérêt environnemental et social. Un nouveau rapport accablant publié par la Banque mondiale les rend également responsables de la crise alimentaire actuelle. Réunis à Saint-Cloud samedi 5 juillet, les ministres européens de l'énergie ont pris des distances avec l'objectif des 10%.

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C'était l'une des mesures phares du « Plan climat européen ». Au final, les biocarburants provoquent depuis plusieurs mois le doute parmi les Etats membres, au point que l'objectif de les incorporer à hauteur de 10% d'ici 2020 (contre 2,6% actuellement) dans les 27 pays de l'UE serait désormais assoupli. Annoncés comme une mesure obligatoire en janvier 2008, ils permettraient selon la Commission d'atteindre, parallèlement aux énergies renouvelables, l'objectif de réduction de 20% des émissions polluantes d'ici 2020. Or, le bénéfice environnemental et climatique des biocarburants est de plus en plus remis en cause, à la fois par des scientifiques et des ONG. Une étude, réalisée en janvier dernier par le Centre de recherche de la Commission -mais non validée-, s'est montrée particulièrement critique sur l'efficacité des biocarburants à réduire les émissions de GES. Le rapport explique notamment que « l'incertitude est trop grande pour pouvoir déterminer si l'objectif de 10% de biocarburants développé par l'UE conduira ou non à une économie en gaz à effet de serre », Les émissions indirectes causées par la conversion de terres arables ou boisées pour la production de biocarburants et le déplacement de la production agricole alimentaire en dehors de l'UE pourraient même venir contrebalancer les avantages apportés par les biocarburants. En résumé, les chercheurs ont estimé que le plan européen serait non seulement excessivement coûteux, mais qu'il n'aurait aucun bénéfice environnemental, ni social.


Face aux critiques, la Commission a affirmé avoir retenu des " critères visant à garantir leur durabilité ". Seuls les biocarburants d'origine naturelle, permettant d'économiser au moins 35% de CO2 par rapport aux carburants fossiles et non issus de forêts naturelles, seront pris en compte, assure-t-elle. Mais ces arguments n'avaient déjà pas convaincu, à l'époque, les ministres de l'environnement réunis à Bruxelles. Jugés insuffisants par le Danemark, ils n'ont pas rassuré non plus le Royaume-Uni, qui craint un « développement anarchique », ni même la France.
Or, un nouveau rapport de la Banque mondiale vient jeter de l'huile sur le feu. Les résultats de cette étude restée confidentielle ont été révélés le 4 juillet par le quotidien britannique The Guardian. Entre 2002 et février 2008, la production de biocarburants serait responsable d'une hausse des prix alimentaires de 75%. Sans nier d'autres facteurs de hausse, comme la spéculation, le rapport souligne que l'augmentation des prix aurait été beaucoup plus modérée sans la production de biocarburants. Publiée fin juin, une étude d'Oxfam International -« Une autre vérité qui dérange »-, affirme que le développement des agrocarburants a déjà plongé plus de 30 millions de personnes dans la pauvreté. « Les politiques relatives aux agrocarburants accélèrent le changement climatique et aggravent la pauvreté et la faim, affirme l'ONG. C'est la demande des pays industriels pour une plus grande consommation d'agrocarburants qui a causé la montée en flèche de la production et est à l'origine de l'inflation des prix de l'alimentation ».
Si Bruxelles est loin d'accréditer cette thèse, l'assouplissement du critère européen montre en tout cas que les biocarburants ne sont plus considérés comme la panacée en matière de transports durables. Le débat reste donc ouvert , mais il ne facilitera pas l'adoption de l'ensemble du Plan climat, censé être bouclée d'ici la fin 2008.

Véronique Smée
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