Publié le 03 novembre 2008

ÉNERGIE

Allemagne : crise boursière et alternatives vertes

La tourmente financière actuelle frappe de plein fouet le secteur des énergies renouvelables, et tout particulièrement celui du solaire. Les cours des actions chutent, entraînant bon nombre de fonds thématiques environnementaux ayant fait la part belle aux « Solaraktie ». Pourtant, la crise permet de mettre en lumière d'autres dimensions de l'intégration de critères extra-financiers dans la gestion.

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Le microcrédit, un remède à la crise

Les partisans du microcrédit en Allemagne profitent de la crise pour rappeler son bien-fondé financier et économique. Leopold Seiler, initiateur du fond « Vision Microfinance Fund », vient de publier un graphique montrant une courbe ascendante. Peter Spiegel, fondateur et président de l'institut Genisis à Berlin, dont le but est de promouvoir en Allemagne le concept du « social-business »développé par Mohamad Yunus, remarque, non sans ironie, un intérêt soudain de la part des médias allemands pour les entreprises appliquant ce modèle outre-Rhin. Le prix Nobel de la paix 2006, lui, s'est exprimé dans le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung pour démontrer l'imperméabilité de la microfinance aux tumultes des marchés financiers internationaux - tout simplement parce qu'elle ne leur est pas liée.

La courbe de l'indice développé par la banque environnementale Umweltbank, le UmweltBank-AktienIndex ou UBAI, reflète fidèlement l'actuelle déroute du secteur des énergies renouvelables sur la place boursière allemande : après une hausse de 39% en 2007 à 5 845 points en 2007, son apogée, l'indice dégringole de 56% pour atteindre actuellement la barre des 2 600 points. Composé de 41 entreprises germanophones (Allemagne, Autriche, Suisse allemanique) du secteur des nouvelles énergies, il suit les mêmes évolutions que le secteur environnemental français (voir article lié).

« La crise financière actuelle conduit à une incertitude générale quant aux financements de projets et à une pénurie de liquidité chez les banques. Cette situation freine actuellement les financements de projets dans le secteur des énergies renouvelables », observe Thomas Mayer, directeur financier du constructeur de centrale thermique Solar Millennium AG. « Cependant, en ce qui nous concerne, nous pensons qu'à moyen terme, les banques auront un intérêt grandissant pour les centrales solaires thermiques. Ce sont des projets solides, tant au niveau des contrats que de la structure des coûts, et ils bénéficient dans beaucoup de pays, d'obligations d'achat garanties par l'Etat».

Soucieux de soutenir le secteur des énergies renouvelables en Allemagne, grand pourvoyeur d'emplois, le Ministre de l'environnement, Sigmar Gabriel, n'a pas manqué de souligner qu'investir dans les énergies renouvelables, c'est investir dans l'économie réelle et non spéculative. « C'est un pas dans la bonne direction » commente Norbert Schnorbach, en charge du fond GreenEffects chez Securvita à Hambourg.

Sérénité

L'autre question posée par la crise concerne le statut boursier des entreprises bien notées sur des critères de développement durable qui font partie des fonds ISR. « Le cours des titres ISR suit le cours des valeurs traditionnelles, il n'y a pas de détachement. Seulement, ce que nous observons, c'est que les valeurs ISR baissent moins lorsque la tendance est à la baisse, mais affichent de meilleures performances lorsque le mouvement est à la hausse », affirme le responsable du fonds GreenEffects. Celui-ci présente la particularité de n'être constitué que des trente titres composant l'indice Natur-Aktien-Index (NAI). Cet indice bénéficie d'une grande crédibilité en raison de la rigidité des critères employés, régulièrement passés en revue par l'agence de notation extra-financière Imug d'Hanovre. « L'indice NAI a été spécifiquement crée afin de montrer que les titres des entreprises socialement et environnementalement responsables affichent de meilleurs performances que les cours des actions d'entreprises conventionnelles », rappelle Norbert Schnorbach.

Un comité de six membres, reconnus dans le monde de l'ISR allemand, évalue quatre fois par an la composition de l'indice à l'aide des critères développés par Imug. Sur les trente valeurs, deux seulement appartiennent à l'industrie solaire allemande, dont Solar Millennium. « Les risques sont minimisés en diversifiant les secteurs et les pays. Quant au fonds, c'est la pondération des titres qui fait l'objet d'une réévaluation hebdomadaire », explique Norbert Schnorbach. Si l'indice et le fonds ont bien suivi la baisse générale, certaines entreprises qui y figurent comme l'homéopathe français Boiron dont la politique de ressources humaines est tujours mise en avant, la banque australienne Westpac ou le fonds néerlandais Triodos Groenfonds ont des cours très stables en rupture avec l'incertitude ambiante.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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