Publié le 22 août 2013

ÉNERGIE

Yasuni-ITT : l'Equateur abandonne son projet de non-exploitation de pétrole

Le président Equatorien a annoncé jeudi 15 août avoir mis fin au projet de non-exploitation du pétrole d'une partie du parc naturel Yasuni. Avec cette initiative unique en son genre, l'Equateur faisait figure de pionnier en préservant une biodiversité très riche en contrepartie d'un soutien financier international. Mais la mobilisation n'a pas suivi.

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© yasuni-itt

Des financements au compte-gouttes

Selon le rapport financier annuel 2012 du fonds fiduciaire Yasuni-IIT, émis par le PNUD, 17 contributeurs ont versé plus de 50 000 euros chacun parmi lesquels le Chili, la Colombie, la Géorgie, l'Espagne, l'Italie et la Turquie, mais aussi le gouvernement régional de Wallonie (Belgique) ainsi que deux fondations et des entreprises privées. En France, ce sont la région Rhône Alpes et le département de Meurthe-et-Moselle qui ont contribué au fonds en versant respectivement 150 000 et 40 000 euros en 2011. Le 15 août 2013, le président équatorien a annoncé avoir signé un décret concernant la liquidation du fonds. Selon l'AFP, le Programme des nations unies pour le développement, qui administre le compte sur lequel ces sommes ont été déposées, garantit le retour de l'argent aux donateurs.

En 2007, le président de l'Equateur Rafael Correa lançait le projet Yasuni-ITT. L'initiative était inédite : l'Etat s'engageait à ne pas exploiter les ressources en pétrole d'une partie du parc naturel de Yasuni, classé au patrimoine mondial de l'Unesco, en échange d'une compensation financière versée par la communauté internationale à hauteur de 3.6 milliards de dollars sur quinze ans, soit la moitié du manque à gagner supposé du fait de la non-extraction des 850 millions de barils de pétrole. Le financement se présentait comme une valorisation des 410 millions de tonnes d'émission de CO2 ainsi évitées. Ce projet devait ainsi préserver le parc d'un million d'hectares, qui abrite l'une des biodiversités les plus riches au monde et protéger les 3 communautés autochtones dont deux vivent en isolement volontaire.

Un fonds pour protéger la biodiversité et les populations locales

L'enjeu était particulièrement fort pour l'Equateur, dont l'économie dépend largement du pétrole. La production quotidienne de 500 000 barils représente 22 % du PIB et plus des 2/3 des exportations nationales. En renonçant à l'exploitation des ressources pétrolières de Yasuni -qui correspondent à 20 % des réserves du pays-, l'Equateur se privait d'une manne financière non négligeable alors que le pays est endetté et qu'il lui manque 4 milliards de dollars pour poursuivre ses réformes sociales.

En 2010, le fonds Yasuni-ITT géré par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) est mis en place. Plusieurs Etats contribuent à son approvisionnement dont le Chili, la Géorgie, l'Espagne et la France. Fin 2011, le cap des 100 millions de dollars en promesses est atteint mais seuls 3 millions de dollars ont effectivement été versés. Le projet ouvre alors une campagne de dons aux entreprises et à la société civile. L'ensemble des apports perçus devait permettre d'assurer la protection de 40 parcs nationaux et de terres habitées par les indigènes sur 40 % de la surface du pays, de replanter 1 million d'hectares de forêts et de mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté. Ils devaient aussi profiter à la diversification des sources d'énergie du pays en soutenant le développement de son potentiel hydroélectrique, solaire et géothermique.

Le projet abandonné faute de financement

Mais l'initiative peine à se concrétiser. Finalement, Rafael Correa, a demandé au Congrès jeudi 15 août 2013 l'autorisation d'exploiter le pétrole dans le parc après avoir constaté l'échec du projet. L'autorisation devrait lui être accordée sans problème étant donné que le parti du président dispose de la majorité des sièges. Selon Rafael Correa, qui rejette la responsabilité sur la communauté internationale, le fonds n'a recueilli que « 13,3 millions de dollars, soit 0.37 % de ce que nous espérions ». Le président équatorien a par ailleurs indiqué que l'extraction du pétrole ne pourrait pas se faire sur une zone supérieure à 1 ‰ du parc national. Avec cette annonce, c'est un modèle alternatif de gestion du patrimoine qui s'envole et avec lui l'espoir de le voir se reproduire dans d'autres pays. Les porteurs de l'initiative estimaient en effet que le Brésil, la Colombie, les Philippines ou la république du Congo, en autres, pourraient satisfaire aux critères nécessaires à son fonctionnement. (voir : Projet Yasuni : un modèle reproductible ?)

Pour Romain Pirard, chercheur à l'Institut du développement durable et du développement (IDDRI), « Ce n'est pas une surprise ». Le spécialiste des zones tropicales et de la déforestation estime que « le projet n'a jamais tenu la route car il n'avait pas vraiment de fondement ». Selon lui, le choix du gouvernement de présenter ce projet sous l'angle des émissions de gaz à effet de serre évitées n'avait pas de sens : « En effet dans le cas où toutes les ressources pétrolières de la planète seraient exploitées, celles de Yasuni acquerraient une valeur telle qu'elle ne pourraient plus résister à la pression des pétroliers. Et si toutes les réserves ne venaient pas à être exploitées, grâce au développement des énergies renouvelables, ce qui n'aura pas été exploité à Yasuni, l'aura été ailleurs. » Voici pour lui la raison de l'absence de financement de la part de la communauté internationale, ayant compris le « manque d'intérêt ». Toutefois, il explique que ce choix de stratégie était compréhensible « car il est encore plus difficile de trouver des financements pour préserver la biodiversité et les populations locales ».

Une campagne pour organiser un referendum populaire

Amanda Yépez, porte-parole du collectif Amazonie pour la vie, dénonce pour sa part le manque d'ambition initiale du président, dans un entretien accordé à AEF-Développement Durable : « Le fait que la proposition du président comportait dès l'origine un plan B, à savoir que si les sommes tardaient trop à être collectées, l'exploration pétrolière serait lancée, nous semble constituer une faiblesse de taille. » Elle critique le peu « de créativité et de vision » pour récolter des fonds et regrette son ouverture tardive aux citoyens. En outre, elle soulève l'existence d'un conflit d'intérêt au sein de l'administration du projet : « Yvonne Baki n'était pas la mieux placée à nos yeux pour assurer le secrétariat d'État pour l'initiative Yasuni-ITT, du fait de ses liens avec l'industrie pétrolière, ayant été membre du conseil d'administration de Petroecuador -la compagnie pétrolière nationale- entre 2003 et 2005. » Cette information peut être consultée sur son CV disponible sur le site officiel du projet.

La porte-parole doute par ailleurs que les recettes engendrées par cette nouvelle exploitation profiteront aux équatoriens. « Nous observons qu'avec les revenus déjà générés par les gisements pétroliers exploités en Équateur jusqu'à présent, trop peu d'écoles et d'hôpitaux ont été construits sur le territoire. » Les peuples autochtones ayant déjà subi la catastrophe provoquée par les activités de Texaco demeurent fortement opposés au projet (voir article : Equateur : l'or noir coûte cher à Chevron Texaco). En effet, 83 % des citoyens souhaitent laisser le pétrole du parc de Yasuni sous terre, selon un sondage commandé par l'État en 2008 à l'institut de sondage « Perfiles y opinion ». Un collectif d'ONG lance ainsi une campagne pour que soit organisé un referendum populaire sur la question de l'exploitation pétrolière dans le parc de Yasuni.

Oriane Dioux
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