Publié le 05 juillet 2019

ÉNERGIE

Un nouvel électricien, EPH, débarque en France et mise sur le charbon

Le groupe d'énergie allemand Uniper (ex-Eon) a annoncé la finalisation de la vente de l'ensemble de ses activités françaises à EPH, une holding dans l'énergie aux mains du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Cela concerne en particulier deux centrales à charbon, dont la fermeture est prévue pour 2022. Cette entreprise mise toute sa stratégie sur le rachat de ces actifs charbonnés en fin de vie. 

La centrale à charbon de Saint-Avold d'Uniper en Moselle vient d'être racheté par EPH.
Centrale à charbon de Saint-Avold en Moselle.

L’entreprise tchèque EPH est devenue le cinquième énergéticien européen en Europe en quelques années grâce à une stratégie de rachat de centrales à charbon en fin de vie. Implantée en Europe de l’est puis plus récemment en Italie, en Allemagne et au Royaume-Uni, le groupe, qui court à contresens de la transition énergétique et génère énormément d’argent sur ce modèle, débarque finalement en France.

"Uniper et EPH (Energetický a prumyslový holding a.s.) ont conclu les négociations sur la vente des activités d'Uniper en France annoncées en décembre 2018", a indiqué le groupe allemand dans un communiqué. L'offre d'EPH, dont le montant n'est pas révélé, concerne notamment deux centrales à charbon exploitées par Uniper, à Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle), appelées à être fermées.

L’annonce intervient alors que la France ne cesse de confirmer sa volonté de fermer d'ici 2022 les quatre centrales à charbon encore actives sur le territoire dans le cadre de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). "La décision du gouvernement français de fermer ces deux centrales à charbon, bien avant la fin de leur vie opérationnelle, aurait affecté l'ensemble de nos activités", a commenté Eckhardt Rümmler, chef d'exploitation d'Uniper.

Quel projet social ?

Mais cela ne semble pas poser de problème au repreneur tchèque, au contraire. Les grands groupes ouest-européens désireux d’accélérer la décarbonation de leur mix électrique cèdent pour une bouchée de pain leurs installations, en laissant souvent beaucoup d’argent en caisse. Selon le Monde, qui a fait une grande enquête sur Daniel Kretinsky, devenu actionnaire du journal fin 2018, le groupe est devenu le deuxième émetteur de gaz à effet de serre en Europe, derrière le géant allemand RWE. Le patron, de son côté, est devenu milliardaire.

Ce dernier s’explique : "je considère comme absolument hypocrite de dire qu’il faut tout arrêter tout de suite. Nous reprenons le charbon et le lignite lorsque cela est nécessaire à l’économie d’un pays et nous en sommes fiers ", explique Daniel Kretinsky aux journalistes. Il ajoute cependant : "Il faut avoir un débat rationnel. Il n’y a personne – et surtout pas nous – qui pense que le charbon doit être utilisé pour l’éternité".

C’est dans ce contexte que le groupe a racheté ces actifs français et les fera tourner pour les deux ans et demi qu’ils leur restent théoriquement à vivre. Les intentions du repreneur, en termes de reconversion industrielle ou de politique sociale, ne sont pas connues. "Il y a un gros danger (...) Soit il peut vouloir faire perdurer les sites, soit il a un autre projet industriel, de type développement de la biomasse, ce qui n'est pas une solution, soit c'est un achat stratégique pour se positionner sur le marché de l'énergie en France et aller racheter d'autres parts ailleurs", a dit à l'AFP Cécile Marchand, chargée de campagne climat et acteurs publics aux Amis de la Terre.

Ludovic Dupin avec AFP


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