Publié le 24 mars 2011

ÉNERGIE

Un forage pétrolier offshore autorisé en France

Pendant que nos yeux sont rivés sur les centrales nucléaires, on fore au large des côtes de la Guyane pour trouver du pétrole. Les détails du projet.

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La Préfecture de Guyane a donné son feu vert, le 3 mars dernier, au groupe britannique Tullow Oil pour sonder une potentielle nappe de pétrole sous les eaux guyanaises. Les tiges de forage, elles, tournent d'ores et déjà à plein régime. Offshore, environnement fragile... : le contexte n'est pas sans rappeler celui qui, en avril 2010, a englué les côtes du Golfe du Mexique, dans les eaux territoriales américaines, suite à l'explosion de la plate forme Deepwater Horizon de la compagnie BP, créant une marée noire catastrophique.

Exploration ou exploitation ?

Pour l'instant, il ne s'agit que d'exploration. Le but ? Déterminer s'il existe sous les eaux guyanaises une nappe de pétrole suffisamment importante pour être exploitée. Motivant ce sondage, des études préliminaires ont déjà été menées, en 2008, grâce à une campagne sismique 3D, permettant « théoriquement » aux spécialistes de localiser directement les poches d'hydrocarbures dans le sous-sol océanique. Problème : l'imagerie sismique n'est pas fiable à 100%. Et pour valider ces hypothèses, pas le choix : le pétrolier doit percer le plancher océanique.

Sitôt le feu vert donné, les tiges de forage ont attaqué le plancher océanique depuis la plateforme Ensco 8503 et devraient fonctionner sans relâche entre 70 et 100 jours, jusqu'à ce que le permis exclusif de recherche contracté par Tullow Oil et ses associés sur une zone de 32 000 km² s'arrête, en juin 2011. S'ils s'avéraient concluants, un permis d'exploitation du gisement serait alors demandé par le consortium de pétroliers. « Des discussions avec les élus guyanais s'engageraient, dès juillet prochain, en cas de sondage positif susceptible d'exploitation, au sujet des retombées financières de cette opération pour le département », précise la préfecture de Guyane dans un communiqué.

Un futur spot à or noir ?

Jusqu'à présent, la Guyane brille plutôt par ses réserves d'or jaune. Et pour cause. « C'est le troisième forage dans l'histoire de la Guyane. Les 2 premiers ont été réalisés en 1975 et 1978, par respectivement 48m et 823m de hauteur d'eau », explique Christian Roudgé, coordinateur de Guyane Nature Environnement, une fédération à la tête des associations demandant l'arrêt du forage. Mais aucun pétrole n'a alors été débusqué. Grâce à ses estimations sismiques, Tullow Oil avance cependant que 40 millions à 1 milliards de barils de pétrole sommeilleraient sous le plancher océanique guyanais... tout en précisant que la probabilité d'un tel succès n'est que de 20%.
En 2008, c'est d'ailleurs ce point qui avait motivé Gaz de France-Suez à mettre fin à sa participation de 20% dans le projet. « On s'est retiré car la probabilité de succès était faible, et le risque trop grand par rapport aux investissements », avait alors expliqué la compagnie à Reuters, à la suite d'études électromagnétiques menées en 2007, jugées pas suffisamment probantes pour tenter un forage.

« Risque pour l'environnement »

La plateforme Ensco 8503 est installée à 150 kilomètres des côtes guyanaises, et à 50 km de la frontière brésilienne, sur les 32 000 km2 de permis d'exploration acheté à la France. Le forage, lui, sera réalisé à une profondeur impressionnante de 6000 m, dont 2000m de colonne d'eau et 4000m de sous-sol océanique (pour comparaison, le forage de Deepwater Horizon avait atteint une profondeur de 10 685 m, dont 1259m d'eau, juste avant l'explosion de la plateforme). « En terme de risques environnementaux, c'est principalement celui de déversement accidentel d'hydrocarbures qui nous préoccupe », s'inquiète Christian Roudgé, de GNE.
L'écosystème local est un des dix plus productifs de biomasse au monde, où pullulent de nombreuses espèces de mammifères, poissons et oiseaux, et où s'est installée une activité de pêche sur les côtes. Versez des seaux d'hydrocarbures dans cet environnement, et c'est donc toute une région qui risque de plonger, environnementalement et économiquement.

Délais d'intervention

Pour pallier aux accidents, Tullow Oil a donc pris les devants : mise en place d'un bloc d'obturation du puits, le fermant en cas de remontée incontrôlée d'eau, de gaz ou d'hydrocarbures ; contrôle drastique de la pression hydrostatique ; garantie de reboucher le puits avant l'été prochain à l'issue de la phase d'exploration ; bateaux d'appui et bases à terre ; imagerie satellite pour suivre d'éventuelles nappes... « Nous pensons que les réponses aux pollutions prévues par l'entreprise et l'État peuvent être jugées comme étant satisfaisantes pour les accidents d'importance faible et moyenne, juge le responsable de GNE. En revanche, nous ne sommes absolument pas satisfaits des mesures prévues en cas d'accident grave ».
Principal point d'accroche : les délais d'intervention en cas de marée noire. Le consortium pétrolier prévoit en effet de mobiliser des moyens aériens, basés à l'autre bout du monde, pour être en Guyane... 36 heures plus tard ! Les dispersants envisagés, censés rendre le pétrole plus dégradable mais surtout invisible, contiendraient également des produits interdits en France. Pour les environnementalistes, la messe est dite : avec ces faibles moyens de lutte, une marée noire contaminerait rapidement la chaîne alimentaire marine et le littoral, bordé notamment de mangrove. De fait, mi-janvier, l'étude d'impact conduite par le pétrolier concluait qu'en cas de catastrophe majeure, il y aurait 1 % de risque que le littoral soit affecté, de Sinnamary, en Guyane, jusqu'à Paramaribo, au Surinam.

Et la facture ?

Si le consortium menant les opérations exploratoires est dirigé par la compagnie britannique Tullow Oil, celle-ci n'est actionnaire qu'à hauteur de 27,5% dans ce projet. Ses autres partenaires sont l'anglo-néerlandais Shell (45%), le français Total (25%) et le norvégien Northpet Investments (2,5 %). L'opération d'exploration devrait pour l'instant nécessiter de 100 à 150 millions d'euros d'investissements.

Alice Bomboy - article initialement paru dans Terra Eco
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