Publié le 26 mai 2008

ÉNERGIE

Transparence : les compagnies pétrolières doivent encore faire des efforts

L'opacité des activités économiques liées au gaz et au pétrole reste tenace. C'est la conclusion du rapport 2008 de l'ONG anti-corruption Transparency International sur la transparence des revenus de 42 compagnies pétrolières et gazières opérant dans 21 pays. L'étude prouve que la transparence est possible, mais que les entreprises ne font pas toujours les efforts nécessaires.

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Aussi opaques que le pétrole qu'elles extraient ? Les compagnies pétrolières et gazières ne dévoilent pas facilement les détails de leurs revenus. Transparency International, ONG qui lutte contre la corruption des entreprises dans le monde, s'est à nouveau penchée sur le comportement des entreprises du secteur pétrolier, avec le soutien du Secours Catholique et le réseau Publiez ce que vous payez. Trois ans après la précédente étude, l'association souligne les progrès de certains groupes, dont Total, mais précise que de très gros efforts restent à faire pour de nombreuses entreprises au comportement bien peu limpides.

Les informations sur les revenus des compagnies pétrolières et gazières sont avant tout difficiles à obtenir. Transparency International a étudié les pratiques de 42 entreprises dans trois domaines : les paiements effectués dans le pays hôte, les opérations (importance de l'activité, volumes de production), et l'existence de programmes de lutte contre la corruption. Pour éviter les critiques de 2005 sur la confidentialité de la méthodologie, l'ONG a contacté les compagnies en amont de l'étude, « pour confirmer la bonne adéquation des questions » justifie Pierre Colmant, responsable de la campagne «Publiez ce que vous payez» au Secours Catholique.

Beaucoup de progrès restent à faire

Les données réunies n'ont rien d'officiel ; il s'agit d'évaluer uniquement si les entreprises rendent publiques ou non les informations les concernant. La diversité des rapports internes des compagnies complique sévèrement la tâche des ONG, d'où la proposition de Transparency International d'instaurer des standards pour faciliter le suivi et les comparaisons. Les compagnies elles-mêmes sont peu locaces sur leurs pratiques. En théorie, chaque groupe reçoit ses «notes» avant la publication du rapport, afin de les contrôler. « En pratique, très peu ont accepté de vérifier les données, en particulier les très grandes entreprises qui sont mal classées » affirme Pierre Colmant. Pour éclaircir la situation, les auteurs du rapport préconisent la création d'un modèle de reporting commun à toutes les entreprises.

En premier lieu, c'est l'hétérogénéité des résultats qui surprend. Certes, les notes moyennes sont décevantes : 19/100 pour les paiements aux pays hôtes, 42/100 pour les opérations et 58/100 pour la lutte contre la corruption. Mais certaines entreprises ont amélioré leurs pratiques. Les compagnies adhérentes de l'ITIE (Initiative de transparence des industries extractives) sont généralement plus limpides que les autres, en particulier si leur pays d'origine y a adhéré aussi. Le poids du pays d'origine dans la politique des entreprises se ressent d'ailleurs dans l'ensemble de l'étude. « Lorsque le siège de la société impose des mesures contraignantes, l'entreprise est plus performante et plus transparente » explique Pierre Colmant. C'est ainsi que le Canada et la Norvège voient leurs entreprises prendre la tête du classement (voir encadré).

Le «paradoxe de la malédiction des ressources»

En plus du pays d'origine, le pays hôte joue un rôle dans la politique de transparence appliquée par les compagnies pétrolières. « L'Angola a des revenus pétroliers excellents mais un des IDH (indices de développement humain) les plus bas du monde. C'est ce qu'on appelle le «paradoxe de la malédiction des ressources» » explique Pierre Colmant. Pourtant, la plupart des sociétés pétrolières et gazières qui y opèrent ont des pratiques moins opaques dans d'autres pays. C'est le cas d'ExxonMobil, dont la note est très basse au Nigeria et en Angola mais au dessus de la moyenne en Indonésie, au Kazakhstan et en Guinée équatoriale. Les auteurs du rapport soutiennent pourtant que le facteur «pays» n'est pas cause de non transparence. StatoilHydro, grand numéro un de cette étude, prouve en effet qu'il est possible d'être constant dans sa politique si on le veut bien.

Total s'améliore, mais peut faire mieux

« On est quand même sur le chemin du progrès » rassure Pierre Colmant. Toute les entreprises analysées en 2005 progressent en 2008, même si le classement reste plus ou moins le même. Le groupe Total est un bon exemple de l'amélioration des pratiques des compagnies pétrolières. L'entreprise française est passée de la catégorie «faible» en 2005 à «moyen» en 2008, même si les activités extractives en Birmanie ont été exclues de l'étude. Elle est également une des rares à avoir accepté de vérifier entièrement les données la concernant. Si la note de Total reste très en dessous de la moyenne pour son activité aux Etats-Unis, le groupe communique correctement sur ses activités au Nigeria, en Angola et en Indonésie. « Total a besoin d'être poussé par des lois imposées par la France » insiste Michel Roy, directeur du plaidoyer international au Secours Catholique.

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Classement 2008 de Transparency International

Compagnies opérant en dehors de leur pays d'origine :

Performances élevées : BG Group (Grande-Bretagne), BHP Billiton (Australie), Nexen, Petro-Canada, Talisman Energy (Canada), Petrobras (Brésil), Shell (Pays-Bas), StatoilHydro (Norvège).

Performances moyennes : BP (Grande-Bretagne), Chevron, Conoco-Phillips, Hess, Marathon Oil, (Etats-Unis), Eni (Italie), Repsol YPF (Espagne), Total (France), Woodside (Australie).

Performances faibles : China National Offshore Oil Corporation (CNOOC), China National Petroleum Corporation (CNPC) (Chine), Devon Energy, Exxon-Mobil (Etats-Unis), INPEX (Japon), Kuwait Petroleum Corporation (KPC) (Koweït), Lukoil (Russie), Oil and Natural Gas Corporation Ltd. (ONGC) (Inde), Petronas (Malaisie).

Compagnies opérant dans leur pays d'origine :

Performances élevées : CNOOC, ONGC, PetroChina, Sinopec (Chine), Petròleos Méxicanos (Mexique), Petrobras (Brésil), StatoilHydro (Norvège).

Performances moyennes : Gazprom, Rosneft (Russie), KazMunaiGaz (Kazakhstan), National Iranian Oil Company (Iran), Nigerian National Petroleum Company (Nigéria), Petronas (Malaisie), Qatar Petroleum (Qatar), Sonatrach (Algérie).

Performances faibles : CNPC (Chine), GEPetrol (Guinée équatoriale), KPC (Koweit), Pertamina (Indonésie), Petròleos de Venezuela (Venezuela), Saudi Aramco (Arabie Saoudite), Société National des Pétroles du Congo (Congo Brazzaville), Sonangol (Angola).

Rouba Naaman
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