Publié le 09 février 2021

ÉNERGIE

"TotalEnergies" : un nouveau nom, pour promouvoir un nouveau mix énergétique

Le PDG de Total ne voit plus son entreprise comme un pétrolier mais comme un énergéticien. La société va investir massivement d’ici 2030 dans les renouvelables, bien plus que n’importe quelles autres majors et que bon nombre d’électriciens. Aussi, à l’occasion de l’annonce des résultats 2020 en perte de 7 milliards de dollars, Patrick Pouyanné dévoile un nouveau nom pour Total reflétant cette stratégie. Plusieurs ONG dénoncent du greenwashing.

Patrick Pouyanné, PDG de Total, va proposer à ses actionnaires un changement de nom de l'entreprise.
@Novethic

À l’instar des autres pétroliers, l’année 2020 a mis Total dans le rouge. Mais l’annonce d’un déficit de 7,2 milliards de dollars, contre un bénéfice de 11 milliards en 2019, est surtout l’occasion pour Patrick Pouyanné d’acter la volonté de diversification énergétique de l’entreprise. Cela est symbolisé par l’annonce d’un changement de nom. En mai prochain, lors de l’Assemblée générale, la direction proposera aux actionnaires de rebaptiser Total en "TotalEnergies".

"Le groupe affirme sa volonté de se transformer en une compagnie multi-énergies pour répondre au double défi de la transition énergétique : plus d'énergie, moins d'émissions", explique Patrick Pouyanné lors d’une conférence auprès de journalistes. "Nous voulons ancrer la réalité de la transformation du groupe dans notre identité", ajoute-t-il. Concrètement, Total envisage de dépenser 60 milliards de dollars d’ici 2030 pour développer 100 gigawatts d’énergies renouvelables. Le pétrolier en conservera 50 GW et revendra l’autre moitié à des exploitants.

100 GW en dix ans

Total possède aujourd’hui 7GW de capacité renouvelable, il espère atteindre 10 GW cette année et 35 GW en 2030. Gage de cet engagement, Total a été pris d’une frénésie d’achats ces dernières semaines. Le groupe vient d’acheter le producteur de gaz renouvelable français Fonroche. Il a également acquis 20 % de l’indien Adani Green Energy, pour la bagatelle de 2,5 milliards de dollars. Et enfin il a pris possession de 2,2 gigawatts de projets solaires et 600 mégawatts de projets de stockage par batterie au Texas. Leur mise en service est prévue pour 2023.

Bien sûr tout le monde n’est pas convaincu de la sincérité de la démarche. Greenpeace dénonce de simples effets d’annonces : "Total repeint sa communication en vert ? Pas de souci, on repeint derrière pour révéler au grand jour ce qu'elle veut masquer : du greenwashing et de la casse sociale", dénonce l’ONG à l’occasion d’une manifestation le jour même devant le siège de Total à La Défense-Paris. De son côté, Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance, s’interroge sur Twitter : "Total produit 479 fois plus d'énergies fossiles que de renouvelables, n'est-il pas un peu anticipé de changer de nom et d'affubler "énergie" d'un "s" ?"

Sables bitumineux du Canada

Pour ce qui est du bilan financier 2020, Le résultat économique de Total apparaît assez solide par rapport au reste du secteur. La perte de 7 milliards reste modérée face à celles de Exxon, BP ou Shell, de plus de 20 milliards chacune. Total doit surtout ses pertes à une dépréciation d’actif de 8 milliards de dollars, en particulier pour ce qui est des sables bitumineux devenus non rentables.

"L'année 2020 a connu deux crises majeures: celle de la pandémie de la Covid 19 qui a fortement affecté la demande mondiale, et celle du pétrole qui a conduit les prix du Brent à un niveau inférieur à 20 dollars par baril au cours du deuxième trimestre", a rappelé le PDG Patrick Pouyanné, cité dans le communiqué. La production de pétrole et de gaz de Total a diminué de 5 % en 2020 à 2,87 millions de barils par jour.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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