Publié le 24 octobre 2018

ÉNERGIE

Total autorisé à explorer le pétrole guyanais… une nouvelle fois

Total et ses partenaires ont reçu l’autorisation de mener une campagne d’exploration pétrolière au large de la Guyane. La collectivité territoriale se réjouit des ressources à venir, tandis que des ONG dénoncent ce projet. Le juge de paix sera la géologie sachant que la première campagne de 2012 et 2013 avait été un échec.

Operation en mer de Total Total
Opération de Total en mer.
@Total

La question du pétrole guyanais est dans le débat public depuis presque 10 ans. Il resurgit aujourd’hui avec l’arrêté préfectoral qui permet au pétrolier français Total de mener un programme d’exploration au large de ce département d’outre-mer. La collectivité territoriale de Guyane (CTG) se réjouit de cette décision.

La responsable des relations extérieures au sein de Total Exploration & Production Guyane Française a confirmé la signature de cet arrêté au site d'information local Guyaweb et ajouté que ledit arrêté du préfet ferait l'objet d'une publication ces prochains jours.

Selon sa demande, la société Total Exploration & Production Guyane française SAS vise dans un premier temps le forage d'un puits d'exploration dans la partie centrale du permis Guyane Maritime à partir de fin 2018, début 2019 et sur une période de quatre mois. La zone centrale n'a jamais, elle, été forée.

Enquête opposée

Cinq forages ont déjà eu lieu dans la partie sud-est des eaux guyanaises et tous se sont révélés infructueux. Les conditions d’exploitation ont été jugées non rentables par les industriels. Pourtant des études géologiques imaginaient jusqu’à un milliard de barils dans la zone, chiffre conforté par les riches ressources voisines au Suriname et au Brésil.

Du côté de Greenpeace, on s’insurge. "Moins d’un mois après la publication du rapport du Giec, la France autorise Total à forer en Guyane. Derrière les beaux discours, notre pays continue à privilégier les intérêts des industries les plus polluantes au détriment de l’intérêt général", juge Edina Ifticene, chargée de campagne Océans.

Sur place, le projet a donné lieu à une enquête publique réunissant 7 183 avis. 7 173 avis s'étaient montrés défavorables à ces forages en mer pour 8 avis non définis et 2 favorables.

La commission d'enquête a émis un avis favorable avec néanmoins trois recommandations : "remettre en activité la Commission de Suivi et de Concertation (CSC) sur le pétrole en Guyane", "établir un cahier des charges spécifique sur les procédures de rejet des boues dans l'océan et le traitement des boues toxiques" et "mettre en œuvre un contrôle effectif par l'autorité publique de ces rejets".

Trois conditions et 10 millions d’euros

La CTG, favorable aux travaux, rappelle que la signature de cet arrêté permet de concrétiser un accord de partenariat avec "le groupe pétrolier qui fixe la mobilisation de 10 millions d'euros par ce dernier au profit de l'économie locale", accord qui était subordonné "à l'autorisation du projet de forage".

Le 20 décembre dernier, le Parlement a voté la loi Hydrocarbures de Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique. Elle prévoit d'amorcer la sortie progressive de la production de pétrole et de gaz, en n'attribuant plus de nouveaux permis d'exploration dès maintenant et en ne prolongeant pas les concessions existantes au-delà de 2040. La demande de Total est toutefois antérieure à cette loi.

La France n'a jamais été grand producteur : 815 000 tonnes de pétrole par an, essentiellement dans les bassins parisien et aquitain, soit 1 % de la consommation nationale. Pour le gaz, le pays produit environ 2 % de ses besoins.

Hasard du calendrier, cette annonce intervient juste après une interpellation de Total sur son devoir de vigilance sur le climat. Les maires de plusieurs villes françaises et des ONG ont demandé mardi 23 octobre au groupe français d'agir pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°. Faute de quoi ils pourraient l'attaquer en justice.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

Loi Hydrocarbures : en France, on n'a plus de pétrole… et c’est une bonne idée

Le Parlement a définitivement adopté mardi, par un ultime vote à main levée de l'Assemblée nationale, le projet de loi sur la fin de la recherche et l'exploitation des hydrocarbures en France d'ici 2040.

Climat : Total, premier pétrolier à être interpellé sur son devoir de vigilance

Les maires de plusieurs villes françaises et des ONG ont demandé mardi 23 octobre au groupe pétrolier Total d'agir pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°. Faute de quoi ils pourraient l'attaquer en justice.

Pétrole : les américains Chevron et Exxon rejoignent une initiative pour le climat

Les géants pétroliers Chevron et ExxonMobil ont rejoint une initiative d'entreprises du secteur pour lutter contre le changement climatique. Il s’agit des premiers pétroliers américains à rejoindre cette initiative de 2014, dont Total est membre fondateur. 

[Décryptage] Quand les pétroliers mettent eux-mêmes le climat à l'ordre du jour de leurs Assemblées Générales

La stratégie des pétroliers de la planète est loin d’être alignée sur un réchauffement climatique limité à 2°C comme l’exige l’Accord de Paris. Pourtant, les mentalités et la transparence des majors en matière de stratégie climatique évoluent. Pour exemple, Shell s’est engagé à diminuer...

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

Centrale a Charbon de Cordemais EDF EDFCordemais

Le gouvernement remet en cause la sortie du charbon en 2022 pour la plus grande centrale française

L’une des grandes promesses d’Emmanuel Macron en matière de transition énergétique est la fin du charbon en France en 2022. Le chef de l’État a assuré que toutes ces centrales fermeront "pendant le quinquennat". Pourtant, cet engagement pourrait bien être légèrement altéré en autorisant l’unité de...

Centrale a charbon gardanne bouches du rhone uniper wikipedia Foudebassans

Sortie du charbon en 2022 : un casse-tête social et technique

En pleines fêtes de Noël, les salariés des centrales à charbon de Gardanne dans les Bouches-du-Rhône et de Saint-Avold en Moselle, apprenaient que leurs usines allaient bientôt tomber entre les mains du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Alors que leur fermeture a été actée pour 2022, ce rachat...

Centrale a charbon pixabay 2

L'Union européenne exclura les centrales à charbon du mécanisme de capacité à partir de 2025

Les négociateurs des États membres de l'Union européenne et du Parlement européen se sont accordés sur la refonte du marché de l'électricité, qui préserve les tarifs réglementés et prévoit une fin des subventions pour le charbon en 2025, selon des communiqués des deux institutions.

Centrale a Charbon Saint Avold en France Uniper

Le milliardaire Daniel Kretinsky va racheter deux centrales à charbon en France, dont la fermeture est prévue pour 2022

Le groupe d'énergie allemand Uniper a annoncé qu'il s'apprête à négocier la vente de l'ensemble de ses activités françaises à EPH, une holding dans l'énergie aux mains du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Ce dernier a fait fortune en rachetant des centrales à charbon à travers l’Europe.