Publié le 13 mai 2020

ÉNERGIE

Stratégie de sortie du charbon des acteurs financiers : Reclaim Finance fait le compte

Le 2 juillet 2019, les acteurs financiers français se sont engagés à annoncer des stratégies d’exclusion du charbon. Reclaim Finance a mis en place un outil permettant de suivre toutes les politiques annoncées par les banques, assurances et sociétés de gestion françaises, mais aussi de les évaluer et les noter pour pouvoir les comparer. Selon l’ONG, seuls cinq acteurs ont une politique de sortie du charbon suffisante.

Plus d'une quinzaine d'établissements financiers prévoient de mettre à jour leur politique de sortie du charbon.
@CCO

Après les engagements, vient l'heure des comptes. C'est en tous cas l'ambition de la toute jeune ONG Reclaim Finance qui a passé au crible les politiques de désengagement du charbon des banques, assurances et des sociétés de gestion. En tout, une quarantaine d’établissements financiers français ont été analysées grâce au nouvel outil que l'ONG vient de mettre au point et qui lui permet de comparer les ambitions affichées par chaque acteur.

Il y a près d'un an, les fédérations professionnelles de la finance se sont en effet engagées devant Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, à inciter leurs membres à sortir du charbon dans une déclaration de la place financière de Paris du 2 juillet 2019. Depuis, de nombreuses stratégies d’exclusion ont vu le jour. "Notre outil permet d’évaluer les pratiques et d’envisager celles qu’il faudrait mettre en place", explique Lucie Pinson, la présidente de Reclaim Finance.

Cinq critères passés en revue

Le "Coal Policy Tool" note ainsi les stratégies de sorties du charbon de 1 à 10, avec un code couleur rouge, orange, jaune ou vert, selon cinq grands critères : l’exclusion du financement de projets (mines de charbon, centrales à charbon, etc.), l’exclusion des entreprises développant de nouveaux projets, des entreprises en fonction de leur chiffre d’affaires lié au charbon, en fonction de leur production annuelle de charbon, et enfin l’analyse de la qualité de leur politique de sortie du charbon.

Les auteurs du comparatif n’ont pas choisi de donner une note globale à chaque acteur, estimant qu’ils doivent travailler sur chacun des critères. Certaines entreprises se distinguent néanmoins des autres. "Notre outil montre que seuls cinq établissements ont adopté une politique pour sortir du charbon qui soit valable", estime Lucie Pinson. Les stratégies du Crédit Agricole, de la Banque Postale AM, d’Axa, du Crédit Mutuel et d’AG2R La Mondiale devraient permettre de tenir l’objectif d’un réchauffement climatique limité à 1,5 degré. Ces acteurs obtiennent des notes entre 7 et 10 sur les différents critères.

Le domaine le plus avancé est celui de l’exclusion du financement de projet, assimilé par l'ensemble des acteurs ou presque. "C’est de l’histoire ancienne et c’est une bonne chose car c’est la première chose à faire", estime Yann Louvel, analyste politique de l’ONG. En revanche, les politiques sont moins développées sur la question de l’exclusion des entreprises en fonction de leur production annuelle de charbon thermique ou de leur capacité de production d’électricité à partir du charbon. "Beaucoup d’acteurs pensent que le critère du seuil d’exclusion sur la base du chiffre d’affaires suffit", constate Yann Louvel.

Mise à jour permanente

La publication de l’outil a déjà fait réagir des acteurs. BNP Paribas a publié dans la foulée une nouvelle stratégie de sortie du charbon, plus ambitieuse que celle annoncé fin novembre 2019. La banque a notamment fait bouger les dates de sortie de la production d’électricité à partir du charbon pour les pays de l’OCDE. Prévue pour 2040 en novembre, la banque l’a avancé en 2030. Elle prévoit également de ne plus financer de clients développant de nouvelles capacités de production à base de charbon.

L’ONG a prévu de mettre à jour régulièrement les données de son comparateur. Selon elle, 18 acteurs lui ont déclaré être en train de préparer de nouvelles stratégies charbon, qui devraient être annoncées dans les prochaines semaines.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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