Total a refermé, ce vendredi 29 mai, la marche des assemblées générales des majors du pétrole et du gaz. Contrairement à ceux de BP, Shell, Exxon et Chevron, les actionnaires de la société française n’ont pas eu à se prononcer sur une résolution concernant la prise en compte du risque climatique dans la stratégie du groupe. Mais une partie du discours de Patrick Pouyanné, le directeur général de Total, ainsi que plusieurs questions, ont bien concerné le climat.

"Total doit faire face à deux défis : satisfaire, de manière propre et compétitive, une demande énergétique mondiale croissante et répondre au changement climatique", a déclaré Patrick Pouyanné, devenu directeur général de Total après la mort de Christophe Margerie en octobre 2014. Une déclaration prononcée lors de sa présentation de la stratégie et des perspectives du groupe, à l’assemblée générale du 29 mai qui avait lieu au palais des Congrès à Paris.
Contrairement aux autres majors – BP, Shell, Chevron et Exxon, Total n’avait pas à faire voter ses actionnaires sur une résolution concernant la prise en compte du risque carbone dans la rentabilité du groupe, ou à se prononcer sur une demande d’intégration du risque climatique dans sa stratégie. Mais l’importance que cette question a prise dans les autres AG – où certaines de ces résolutions ont reçu le soutien du management et l’approbation quasi unanime des actionnaires, comme chez Shell et BP, couplée au Momentum de la COP 21 – a rendu nécessaire la déclaration du DG du groupe français sur sa stratégie climatique.

Cap sur le gaz



Celle-ci tient principalement à une réorientation du mix énergétique du groupe vers le gaz. "À l’avenir, Total sera certainement davantage un groupe gazier que pétrolier", a ainsi annoncé Patrick Pouyanné. En 2014 déjà, et pour la première fois, la production de gaz du groupe a dépassé en volume celle du pétrole. Et cela devrait continuer. Car le gaz a plusieurs atouts : il s’agit d’une ressource plus abondante que le pétrole et "c’est l’énergie fossile la moins polluante, elle est 2 fois moins émettrice de gaz à effet de serre que le charbon et 1,5 fois moins que le fioul", a rappelé le directeur général.
Autre piste, celle des énergies renouvelables, à condition qu’elles soient "rentables". Total mise donc essentiellement sur le solaire, avec SunPower, l’entreprise américaine rachetée en 2011 et l’un des leaders mondiaux du secteur. Mais aussi sur les agrocarburants avec la reconversion de la raffinerie de La Mède. Total entend aussi améliorer l’efficacité énergétique (1,5% par an entre 2012 et 2017) de ses produits et de ses sites, notamment en réduisant son recours au torchage du gaz.
Le torchage, un sujet épineux pour le groupe qui a été interpellé par les Amis de la terre et un représentant de la Communauté Egi du Nigeria, où Total utilise encore cette pratique "dangereuse pour la santé et l’environnement" ont-ils souligné (voir l’interview de Jérusalem Ugorji Ajie et de son avocat Prince Williams Chima ). Le groupe assure ne plus y avoir recours pour ses nouvelles installations, notamment parce que le gaz brûlé en pure perte "pour des raisons de sécurité" selon Patrick Pouyanné, peut aujourd’hui être valorisé. C’est notamment le cas pour le champ offshore nigérian Ofon2 . "Au niveau mondial, nous avons déjà réduit de 50 % le torchage au gaz entre 2005 et 2014, et nous nous sommes engagés à l’arrêter en 2030" (dans le cadre de l’Initiative climat lancée par 6 groupes pétroliers en septembre 2014).

Une stratégie climatique peu crédible selon les ONG



Un horizon bien trop lointain pour la Communauté Egi et les associations qui la soutiennent. Avec l’Observatoire des multinationales, Les Amis de la Terre ont d’ailleurs publié un "contre-rapport annuel" de Total, qui donne une toute autre version de la stratégie "durable" du groupe. Un rapport rappelant notamment que "Total est l’un des principaux émetteurs français et mondiaux de gaz à effet de serre" et que "le groupe n’a pas engagé de véritable réduction de ses émissions, en misant au contraire sur l’exploitation de nouvelles sources fossiles extrêmement polluantes (comme les sables bitumineux canadiens) et extrêmement risquées (gaz non conventionnels, prospection en offshore profond), y compris dans des zones écologiques fragiles jusqu’ici préservées, comme l’Arctique ou les Grands lacs africains."
Si Patrick Pouyanné a affirmé que son groupe était bien conscient de "l’impact de son activité sur le changement climatique" et s’est prononcé lors du Business & Climate Summit pour la fixation d’un prix du carbone au niveau mondial (qui serait favorable au développement de son activité gazière), il reste en effet dans l’idée que "l’ennemi, c’est le charbon".
Mais si Total ne subit pas encore la pression de ses actionnaires sur la question climatique, les "lois et règlementations relatives au changement climatique et ses effets physiques sont susceptibles d’affecter significativement les activités du groupe, d’affecter les ventes de produits et [de] réduire leur rentabilité", est-il souligné dans la partie "risques industriels ou environnementaux" de son document de référence 2014

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