Publié le 09 mars 2021

ÉNERGIE

Malgré la crise du Covid, les majors pétrolières ont versé de généreux dividendes à leurs actionnaires en 2020

L’IEEFA, un institut de recherche économique sur l’énergie, a fait le calcul. En 2020, les cinq grandes majors pétrolières mondiales ont dépensé près de 50 milliards de dollars pour verser des dividendes à leurs actionnaires, quand leurs activités principales ne généraient qu’un peu plus de 20 milliards de dollars de flux de trésorerie. Un décalage d’autant plus important que les pétroliers ont connu une année particulièrement difficile.

Petrole de schiste ETats Unis Californie DavidMcNews GettyImage AFP
Pour attirer les investisseurs, les pétroliers doivent verser de généreux dividendes.
@David McNews AFP

La crise du Covid-19 n’a pas entamé leur générosité envers leurs actionnaires. Cinq des plus grandes compagnies pétrolières mondiales ont versé 49,9 milliards de dollars de dividendes en 2020, selon une étude de l’Institute for energy economics and financial analysis (IEEFA, institut d’analyse économique et financière de l’énergie). Leurs activités d’extraction et de distribution d’hydrocarbures n’ont pourtant généré que 20,5 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible.

ExxonMobil, Chevron, BP, Shell et Total, les cinq entreprises ciblées par l’IEEFA ont pourtant réduit les dividendes cette année, en raison de la pandémie. Le montant total des versements aux actionnaires a baissé de 30 % par rapport à 2019, de même que leurs investissements. Mais vu les résultats catastrophiques qu’ils ont enregistrés en 2020, cela n’a pas suffi. Le différentiel entre leurs flux de trésorerie et leurs dividendes s’est encore creusé pour atteindre 29,4 milliards de dollars, alors qu’il était d’un peu plus de 10 milliards de dollars en 2019.

Ces cinq entreprises sont coutumières du fait. Sur les dix dernières années, leurs versements de dividendes a atteint 561 milliards de dollars, pour des flux de trésorerie de 325 milliards de dollars. Seules les années 2017 et 2018 ont vu la trésorerie dépasser les dividendes. Selon la note de l’IEEFA, les majors financent ce décalage à la fois en ayant recours à la dette et en vendant des actifs. L’année 2020 s’est toutefois révélée peu fructueuse sur ce plan-là, avec seulement 14,2 milliards de dollars de cession d’actifs, le niveau le plus bas depuis 2009 "bien que les entreprises aient signalé être ouvertes à la vente de portions significatives de leurs actifs", selon l’IEEFA.

Une dure réalité

L’année 2020 a en fait plutôt été marquée par un important mouvement de dépréciation de la valeur de leurs actifs pétroliers et gaziers, en raison de la baisse de la demande du fait de la pandémie de Covid-19 et de celle du prix du baril de pétrole. Les majors ont par conséquent vu leurs résultats annuels s’effondrer.

L’étude de l’IEEFA montre cependant qu’il ne s’agit pas que d’un événement ponctuel. Les majors pétrolières sont obligées, tous les ans, de verser de juteux dividendes à leurs actionnaires pour qu’ils ne se détournent pas d’elles, quitte à s’endetter pour cela. "Ces résultats mettent en lumière une dure réalité : les investisseurs ne peuvent plus compter sur les supermajors du pétrole et du gaz pour générer des rendements financiers abondants et durables", soulignent ainsi les auteurs de l’étude.

Les pétroliers sont de plus en plus mis sous pression par les investisseurs responsables afin des pousser à adopter un modèle plus durable. C’est le cas d’ExxonMobil qui a dû nommer de nouveaux administrateurs dans son conseil sous la pression d’un de ses actionnaires, le fonds activiste Engine n°1. Les énergies fossiles sont par ailleurs de plus en plus surveillées par les investisseurs responsables dans leur stratégie, plusieurs d’entre eux ayant décidé d’arrêter d’investir dans les hydrocarbures non conventionnels.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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