Publié le 09 avril 2015

ÉNERGIE

Les banques françaises refusent d’investir dans un projet minier australien dénoncé par les ONG

Bloquer un projet destructeur pour l’environnement en asséchant ses possibilités de financement. Cette stratégie, de plus en plus systématiquement mise en œuvre par les ONG environnementales, a payé pour le projet pharaonique du bassin de Galilée en Australie. Les trois principales banques françaises, le Crédit Agricole, la Société Générale et BNP Paribas, se sont engagées à n’y participer en aucune façon. Les Amis de la Terre ont publié leurs lettres début avril en les appelant,  plus largement, à cesser de financer toute activité liée au charbon.

En Australie, le mouvement citoyen appelant au désinvestissement des énergies fossiles prend de l'ampleur.
Peter Parks / AFP

"C’est la première fois que les banques s’engagent à ne pas financer les projets de toute une région en raison de leurs impacts environnementaux et climatiques" se félicite Lucie Pinson, en charge de la campagne de plaidoyer sur le projet australien pour les Amis de la terre.

Une cinquantaine d’ONG avaient lancé l’alerte il y a plusieurs mois sur les risques environnementaux liés à cet énorme projet qui comporte l’exploitation de neuf mines de charbon associée à la construction d’infrastructures (un chemin de fer et l’extension du port d’Abbot Point).

 

Des ONG ont alerté les banques, avec succès

 

Ces ONG expliquent que "L’ensemble des projets forme la deuxième plus grande zone de développement possible des énergies fossiles au monde, après la Chine". Ces projets, s'ils aboutissaient, émettraient chaque année presque autant de CO2 que l’Allemagne, sixième pays émetteur au monde. Pour en convaincre les grandes banques françaises des risques, elles ont adressé un courrier détaillé aux dirigeants des banques concernées.

Les trois banques ciblées, le Crédit Agricole, la Société Générale et BNP Paribas, ont pris l’engagement de ne pas s’associer, de quelque façon que ce soit, à ce projet minier.

"Après étude attentive du dossier, les risques nous ont semblé effectivement trop importants" explique Laurence Pessez, directrice de la RSE du groupe BNP Paribas. "Le charbon étant destiné à l’exportation vers l’Inde et la Chine, le projet pourrait en plus provoquer des dégâts sur la Grande barrière de corail", ajoute-t-elle.

 

Les banques engagées, un outil de pression politique

 

L’engagement de ces établissements financiers est utilisé par les organisations non gouvernementales pour exercer une pression politique sur le gouvernement australien et empêcher le projet d’aboutir. À ce jour, seules des banques australiennes ont accepté de le soutenir. En revanche, huit grandes banques internationales comme Barclays, Deutsche Bank ou Goldman Sachs l’ont exclu de leurs programmes. L’ampleur de cette campagne est proportionnelle au projet et s’inscrit dans une stratégie plus globale de lutte contre le financement du charbon.

"Ce n’était pas une décision facile à prendre" précise Laurence Pessez. "Nous sommes présents en Australie et certains de nos clients sont parties prenantes de ce projet qui est lié au modèle économique de l’Australie largement basé sur l’extraction. Nous les avons informés de notre décision. Ne pas contribuer à un projet de cette nature ne nous conduit pas à remettre en cause toute l’économie d’un pays. C’est pourtant ce que souhaiteraient les ONG environnementales", explique-t-elle par ailleurs.

"Il faut passer à la vitesse supérieure. D’autres projets charbonniers pourraient voir le jour. Or, 88 % des réserves totales de charbon au monde doivent rester dans le sol si nous voulons pouvoir rester en dessous-du seuil de 2 °C", explique pour sa part Lucie Pinson. C’est pourquoi les Amis de la Terre appellent les clients des banques françaises à demander à leur banques de ne plus financer les changements climatiques avec leur argent en participant à la campagne européenne "En 2015, dites bye bye aux fossiles" via le site "Je change de banque".

Anne-Catherine Husson-Traore
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