C’est inédit. Alors que toutes les majors de la planète sont menacées de perte de valeurs en raison du risque climatique et que nombre de leurs actionnaires leur demandent de rendre des comptes, la troisième major pétrolière au monde annonce la neutralité carbone pour 2050. Et, pour y parvenir, elle assure que sa production pétrolière et gazière va devoir baisser.

Avec le départ de Bob Dudley qui a dirigé BP pendant 10 ans et géré la crise de la marée noire dans le Golfe du Mexique, le pétrolier géant nous promettait du changement. Il aura suffi de sept jours au nouveau patron Bernard Looney pour le prouver. Nommé en poste le 5 février, il a annoncé le 12 février que BP allait s’engager à devenir neutre en carbone en 2050. Une première dans le secteur pour un tel mastodonte.
Selon le PDG, cet objectif implique de "réinventer BP". "Nous avons besoin d’une transition rapide vers la neutralité carbone. Ce sera certainement un défi mais également une fabuleuse occasion", explique-t-il. Il ne s’agit pas que d’effacer les émissions du pétrolier lié à l’extraction de fossiles et à ses propres activités industrielles, mais également de faire disparaître les émissions de gaz à effet de serre dégagées par l’utilisation finale de ses produits.


C’est-à-dire que BP prendra en compte les carburants brûlés dans les transports, le gaz utilisé pour le chauffage, les émissions liées à l’électricité ou la chimie. Au total c’est 365 millions de tonnes de CO2 qui sont concernées. Dans le jargon, c’est ce que l’on appelle les émissions du "Scope 3", c’est le plus large périmètre possible. Seul le petit pétrolier espagnol Repsol a pris le même engagement. Les autres majors ont choisi des ambitions plus modestes. Par exemple, Total, qui est parmi les plus allants, vise une baisse de 40 % de l’intensité carbone de ses produits en 2040.
La question des moyens
Reste à savoir comment sera atteint l’objectif de BP. Là encore Bernard Looney bouscule les lignes en assurant que la production de pétrole et de gaz de BP "va baisser au fil du temps". Pour le reste, "nous donnerons les détails au fur et à mesure", assure le dirigeant interrogé par l’AFP. Pas assez engageant pour Greenpeace. "BP annonce le zéro net mais pas comment le vrai changement va arriver", critique l’ONG. Teresa Anderson, pour ActionAid, a estimé auprès de l’AFP que les annonces de BP montrent "combien il est facile d’utiliser de vagues objectifs de neutralité carbone tout en continuant comme d’habitude".
D’autres, en revanche, marquent leur satisfaction. La coalition d’actionnaires responsables Climate Action 100+, les investisseurs institutionnels de l’IIGCC, le fonds de pension de l’Église d’Angleterre ont tous salué cette annonce et ont appelé à accompagner BP. Même l’ONG Follow This, qui prévoit de déposer des résolutions sur le respect de l’Accord de Paris lors des Assemblées générales 2020 des pétroliers, se réjouit. Cité par Bloomberg, le dirigeant de l’ONG assure que "Looney a pris une décision exceptionnelle (…). Nous, les actionnaires, devons maintenant le soutenir". Le dirigeant de BP a assuré qu’il en dirait plus sur sa stratégie en septembre prochain.
Ludovic Dupin @LudovicDupin

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