Publié le 15 janvier 2019

ÉNERGIE

Le gouvernement remet en cause la sortie du charbon en 2022 pour la plus grande centrale française

L’une des grandes promesses d’Emmanuel Macron en matière de transition énergétique est la fin du charbon en France en 2022. Le chef de l’État a assuré que toutes ces centrales fermeront "pendant le quinquennat". Pourtant, cet engagement pourrait bien être légèrement altéré en autorisant l’unité de Cordemais à utiliser des volumes réduits de charbon après cette date. 

La centrale de Cordemais est la plus grande de France avec une puissance de 390 salariés et une puissance de 1 200MW.
@EDFCordemais

La centrale à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) d’une puissance de 1 200 MW aura la possibilité de fonctionner au-delà de 2022 pour garantir l'approvisionnement en électricité de la Bretagne. Pour cela, il faut toutefois que son projet de conversion à la biomasse réussisse, a annoncé le ministre de la Transition écologique, dans un courrier aux syndicats dévoilé vendredi 11 janvier.

À Cordemais, EDF teste un dispositif de co-combustion baptisé Écocombust à base de biomasse. En août, un essai à 80 % de biomasse et 20 % de charbon a été validé. L'objectif est de parvenir à ce ratio en production à "l'hiver 2022/2023", avant d'atteindre le "100 % biomasse à horizon 2025/2027", selon Gwenael Plagne, délégué syndical CGT d'EDF.

Qualifiant ce projet d'"intéressant", le ministre estime que l'utilisation de biomasse "pour un nombre d'heures limité aux besoins du réseau, pourrait le cas échéant s'accompagner d'une fraction de charbon, dans des proportions ne dépassant pas toutefois 20 % des volumes totaux".

Sécurité d’approvisionnement

Il souligne notamment "l'importance" de la centrale de Cordemais dans l'approvisionnement de la péninsule bretonne, qui dispose de peu de moyens de productions propres. Le ministre insiste aussi sur "les incertitudes" entourant les dates de mise en service du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche) et d'une centrale à gaz à Landivisiau (Finistère), censés couvrir les besoins électriques de l'ouest de la France après 2020.

"La préservation de la sécurité d'approvisionnement est (...) un prérequis à la fermeture", insiste le ministre, dans la lettre cosignée par la secrétaire d'État Emmanuelle Wargon. Ils ajoutent avoir demandé une "analyse technique" au Réseau de transport d'électricité (RTE) sur l'équilibre offre-demande dans l'ouest de la France, qui devrait y répondre dans les "prochaines semaines".

Du côté des 400 salariés et 200 prestataires de la centrale, on se réjouit. "La première étape de la lutte pour gagner un avenir à la centrale à charbon a été franchie. Le verrou de 2022 pour la centrale de Cordemais n'est plus un couperet", s'est félicité Gwenael Plagne, dans un message à l'AFP. Toutefois, des grèves sont menées dans le secteur charbonnier pour décider d’un moratoire sur la date de 2022.

1 000 salariés en France

Il reste aujourd’hui quatre centrales au charbon dans l’Hexagone, employant environ 1 000 salariés. Deux sont exploitées par EDF et se trouvent à Cordemais, en Loire-Atlantique, et au Havre, en Seine-Maritime. Les deux autres sont gérées par l’Allemand Uniper (ex-E.on) et sont situées à Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, et à Saint-Avold, en Moselle. Ces deux dernières unités viennent d’être rachetées par l’entreprise Tchèque EPH du milliardaire Daniel Kretinski.

Ces quatre centrales représentent aujourd’hui environ 1 à 2 % du mix électrique français, loin derrière le nucléaire (75 %), l’hydraulique (15 %) ou le gaz (6 %). En revanche, elles demeurent des outils importants pour l’équilibre du réseau lors des appels de puissance en cas de vague de froid ou d’indisponibilité d’autres outils de production d’électricité.

Ludovic Dupin avec AFP


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