Publié le 10 juin 2018

ÉNERGIE

[LE CHIFFRE] Les pays du G7 ont encore accordé 100 milliards de dollars d'aides aux énergies fossiles

En amont du sommet du G7, qui s’est achevé hier au Canada, plusieurs ONG ont publié un rapport pour évaluer les efforts des sept États membres en matière de réduction des subventions aux énergies fossiles. Malgré l’Accord de Paris signé il y a bientôt deux ans, ces sept pays ont continué à verser 100 milliards de dollars par an pour soutenir pétrole, gaz et charbon.

Tous les pays du G7 ont accordé des soutiens au gaz et au pétrole depuis l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris en 2016.
@Pixabay

C’est exactement le montant que les pays développés ont promis de verser aux pays en développement pour les aider à affronter le changement climatique, mais dont ces derniers peinent à voir la couleur. En 2015 et 2016, les pays du G7 ont consacré 100 milliards de dollars par an aux énergies fossiles, principalement à travers des aides fiscales (80 milliards de dollars), mais aussi du financement direct de projets (20 milliards de dollars). Si les gouvernements européens font plutôt mieux que la moyenne, tous les membres du G7 ont continué à financer l’exploration et l’extraction gazière et pétrolière malgré l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, en 2016.

Depuis 2009, les pays du G7 se sont à plusieurs reprises engagés à supprimer ces subventions d’ici 2025. "Mais ils ont très peu progressé, constate Ivetta Gerasimchuk, co-auteur d’un rapport publié en amont du sommet du G7 au Canada (1). Dans le même temps, des pays moins riches avec des engagements similaires pris dans le cadre du G20, tels que l'Inde et l'Indonésie, ont réduit leurs subventions de plusieurs milliards de dollars. Les pays les plus riches doivent faire preuve de leadership pour mettre fin au soutien aux énergies fossiles."

Une journée sans charbon

Les États-Unis écopent de la plus mauvaise note – avec 25 milliards de dollars de subventions –  alors que Washington continue de promouvoir largement l’exploration et à l’extraction de pétrole, gaz et charbon. Donald Trump vient d’ailleurs d’annoncer un plan d’aides au charbon et au nucléaire, au nom de la sécurité nationale. Le Japon est également pointé du doigt pour son soutien à l’installation de nouvelles centrales à charbon dans les pays en développement.

La France écope de la première place du podium après avoir annoncé la fin de l’exploitation des hydrocarbures dans l’Hexagone et la fin des véhicules thermiques en 2040. Paris continue toutefois de soutenir les fossiles à hauteur de 8 milliards de dollars par an à travers une fiscalité qui reste pour l’instant avantageuse pour le diesel. Par ailleurs, après deux années blanches, le pays a soutenu un projet d’exploration gazière au Mozambique via la Coface.

Le Canada, l’Italie et le Royaume-Uni se sont également engagés à sortir du charbon. Et en avril 2017, pour la première fois en 135 ans, le Royaume-Uni a vécu une journée entière sans aucune centrale à charbon en fonctionnement, notent les auteurs. Les voitures thermiques seront également bientôt bannis outre-Manche. Par ailleurs, l'Allemagne, le Japon et un certain nombre d'États américains ont fixé des objectifs ambitieux de vente de voitures électriques.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Le rapport a été publié conjointement par les ONG Overseas development institute (ODI), Oil Change International (OCI), National Resources Defense council (NRDC) et International Institute for Sustainable Development (IISD) le 4 juin 2018.


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

Pour aller plus loin

La France distinguée (ironiquement) pour ses soutiens aux énergies fossiles

Les noms des gagnants aux Fossil Fuel Awards viennent d'être révélés. Le Portugal, la Pologne et l'Espagne ont été "récompensés" pour leurs soutiens massifs aux énergies fossiles. La France qui échappe au podium s'est tout de même vue décerner un badge du déshonneur notamment pour...

La Banque mondiale stoppe le financement de la production de gaz et de pétrole

[Mis à jour à 18:55 le 12 décembre] A l’occasion du One Planet Summit, la Banque mondiale a annoncé une série de mesures pour accompagner la lutte contre le changement climatique. La plus emblématique est celle de l’arrêt du financement de la production de gaz et de pétrole.

Ces pays qui ont réduit leurs subventions aux énergies fossiles

Une trentaine de pays à travers le monde ont pris des mesures de réduction des subventions aux énergies fossiles. Des subventions qui atteignent, selon les différentes estimations, jusqu’à 5 300 milliards de dollars par an si l’on prend en compte les impacts négatifs des énergies fossiles...

La France verse 2 millions d'euros de subventions au charbon chaque année

En tant que membre du G20, la France a pris l'engagement de supprimer les subventions aux énergies fossiles. Pourtant, elle continue encore à verser 2 millions d'euros chaque année pour soutenir le charbon.

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

IStock @lyash01 Forage pétrolier Arctique

Pétrole et gaz en Arctique : à chacun sa définition des frontières pour autoriser les forages

Il n'existe pas de définition officielle des contours de l'Arctique. Si bien que la majorité des banques et des acteurs de la finance ont adopté un périmètre restreint de la région, là où les associations environnementales et du Conseil de l'Arctique donnent une aire bien plus vaste. L'enjeu est de...

IStock vichie81 Wawasaki (Japon) baril de pétrole

Réchauffement climatique : l'humanité doit se passer de 60% du pétrole et du gaz et de 90 % du charbon

Pour atteindre l'objectif climatique porté par l'Accord de Paris, l'humanité doit décroître sa production de pétrole et de gaz de 3 % par an d'ici 2050. Cela signifie qu'il est nécessaire de laisser sous terre plus de la moitié de ces réserves de pétrole et 90 % des réserves de charbon, indique une...

Gaz prix Magnascan

Face à l’explosion des prix de l’énergie, l’Europe veut prévenir les risques de colère sociale

Les prix du gaz explosent en Europe et dans leur foulée les prix de l’électricité. Plusieurs raisons en sont à l’origine : manque de disponibilité, problèmes de production et taxe carbone. Certains pays européens mettent en place des mesures d’urgence pour limiter l’impact sur les ménages alors que...

Shell Texas LNG Mark Felix AFP

Attendu sur les enjeux climatiques, Shell tire un trait sur le gaz de schiste américain

Sous pression des investisseurs pour réduire sa production d’hydrocarbures et diminuer ses émissions, le géant pétrolier anglo-néerlandais a décidé de céder toutes ses activités dans le gaz de schiste au Texas. Un compromis qui illustre les dilemmes d’une entreprise tiraillée entre son cœur de...