Publié le 19 février 2021

ÉNERGIE

Raffinage : la transformation verte de Grandpuits ne plaît ni aux salariés, ni aux écologistes

Raffineurs, syndicats et ONG se sont mobilisés contre le projet de Total de reconvertir la raffinerie de Grandpuits, en Ile-de-France, en plateforme "zéro pétrole". Du greenwashing pour les écologistes. Le manque de compétitivité et les impératifs de réduction de gaz à effet de serre dressent cependant un tableau sombre pour les raffineries françaises, qui choisissent de se mettre au vert.

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Le 9 février, les raffineurs ont manifesté devant le siège de Total, à Paris.
Florent Vannier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

La grève, qui a pris fin le 12 février, a duré plus d'un mois de demi. Les salariés de la raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, s'opposaient à la décision de Total de reconvertir la dernière raffinerie d'Ile-de-France, et ses 400 emplois, en plateforme "zéro pétrole". Production de biocarburant, de bioplastique, recyclage de plastique, production d'énergie solaire à l'horizon 2024, Total entend entièrement transformer le site industriel. La situation reste tendue. Dans un communiqué, la CGT, syndicat majoritaire, a affirmé que "la majorité des grévistes reste opposée à la future organisation" et estime que "la lutte pour l'emploi doit continuer".

Fait très inhabituel, des ONG et associations environnementalistes comme Greenpeace ou Les amis de la Terre ont soutenu les grévistes contre cette reconversion. Eux, accusent Total de "greenwashing". Elles pointent du doigt une "transition qui n’a d’écologique que le nom". Dans le viseur des ONG : les biocarburants, qui contribuent à la déforestation et produisent parfois plus de CO2 que les carburants classiques, et le bioplastique, fabriqué à partir de plantes sucrières dont la production à grande échelle entraînerait "une pression sur les surfaces agricoles" selon eux. 

Une filière en crise

Le choix de reconversion, qui nécessite un lourd investissement de 500 millions d'euros, a été décidé suite à une fuite observée en 2019 dans un pipeline entraînant la fermeture du site pendant cinq mois. Mais cette décision s'inscrit plus généralement dans un contexte du déclin de la filière française depuis plusieurs décennies. Ne pouvant concurrencer les productions du Moyen-Orient, d'Asie et des États-Unis, la France a fermé les vannes de seize raffineries depuis les années 70 et n'en compte aujourd'hui plus que huit en activité. Le raffinage du pétrole à Grandpuits cessera au premier trimestre 2021.

À cela s’ajoute la nécessaire réduction du recours aux énergies fossiles, pour répondre aux objectifs nationaux de baisse des émissions gaz à effet de serre. L'avenir des raffineries est donc sur la sellette. "Compte tenu des orientations en termes de transition énergétique retenues par la France à horizon 2040, Total fait le choix d’arrêter le raffinage de pétrole et d’engager une transformation industrielle du site grâce à un programme d’investissement majeur", a indiqué la compagnie pétrolière dans un communiqué. Le Groupe a affirmé vouloir viser la neutralité carbone en Europe d'ici 2050.

 Une reconversion "verte" questionnée

Pour préserver l'activité et les emplois, la stratégie privilégiée est donc celle de reconvertir, et surtout verdir, les sites concernés. L'une des pistes mises en avant : les agrocarburants. En juin 2020, le groupe FuelsEurope, qui regroupe les raffineurs européens, détaillait dans sa trajectoire le "rôle stratégique" des carburants liquides bas carbones pour atteindre la neutralité. 

Une stratégie déjà adoptée par Total. La compagnie produit depuis 2019 du biodiesel sur son site nouvellement reconverti de la Mède. Non sans controverse, puisque le pétrolier a été épinglé pour avoir recouru à de l'huile de palme. Une méfiance qui perdure avec la reconversion de nouveaux sites, comme celui de Grandpuits. La filière s'enracine cependant progressivement en France : selon le gouvernement, le pays est le quatrième producteur mondial de biocarburants.

Pauline Fricot, @PaulineFricot


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