Publié le 03 janvier 2011

ÉNERGIE

La Chine veut valoriser son charbon

Transformer le charbon en diesel. Tel est l'objectif du plus grand producteur chinois de charbon qui entend multiplier par quatre sa production de carburant grâce à un procédé innovant, mais polluant. Reportage à Ordos (Mongolie), où est implantée l'usine géante du groupe Shenhua.

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Nous sommes à Ordos, capitale de la province autonome de Mongolie intérieure. C'est dans cette ville à 650 kilomètres de Pékin, que le groupe Shenhua a inauguré sa toute nouvelle raffinerie. Une installation géante et innovante qui transforme chaque jour des monceaux de charbon en 3000 tonnes de diesel. Le procédé est connu sous le nom de « liquéfaction du charbon ». Il ne représente pour l'heure qu'une part infime de la consommation galopante du pays en carburant, mais, d'ici 2010, Shenhua espère produire 11 000 tonnes de ce nouveau diesel.

La Chine est en effet le plus gros producteur et le plus gros consommateur de charbon au monde. Plus de 80% de l'énergie du pays provient toujours de la houille. Ce charbon chinois est une véritable mine d'or selon Shenhua, le fleuron de l'industrie charbonnière du pays.

Indépendance énergétique

« Les réserves pétrolières sont limitées, nous explique Jiming Saying, le directeur général de la branche liquéfaction du charbon au sein de l'usine Shenhua à Ordos. C'est la raison pour laquelle quand les réserves commenceront à décliner, nous serons de plus en plus dépendant du charbon. Notre procédé est donc stratégique, non seulement pour la Chine, mais également pour le monde entier. Nous cherchons à développer de nouvelles sources d'énergie ». La Chine est pauvre en pétrole, mais riche en charbon. Avec des réserves estimées à plus de 126 milliards de tonnes, la Chine espère ainsi se dégager progressivement du pétrole dont elle est le deuxième plus gros importateur au monde. La moitié du pétrole consommé en Chine est importée et l'indépendance énergétique est une obsession dans le pays. La raffinerie de Shenhua est donc un projet pilote soutenu par le gouvernement. Elle était l'un des projets phares présentés par la Chine à la dernière conférence sur le charbon qui s'est tenue à Pékin.

Un procédé extrêmement polluant

La raffinerie est gigantesque et ultramoderne. Elle a été construite sur une gigantesque mine de charbon et des douzaines d'autres entourent le site. Deux ans d'essais ont été nécessaires avant de produire les premières gouttes de charbon liquéfié. « Nous avons encore des essais à effectuer, explique l'ingénieur en charge du projet. Mais nous allons rapidement ouvrir deux nouvelles lignes de production ». La transformation du charbon est un procédé ancien. Il a été expérimenté pour la première fois par des scientifiques allemands pendant la seconde guerre mondiale. Coûteux et compliqué, il a été abandonné pendant des décennies. Il faut en effet chauffer le charbon à très haute température puis y injecter de l'hydrogène. On obtient ainsi du diesel, mais aussi du naphta (un dérivé pétrochimique) et du kérosène.
Impossible d'avoir une estimation précise des investissements à Ordos mais, selon nos estimations, le groupe aurait investi déjà plus de 3 milliards d'euros dans les installations. Selon la direction du groupe, le procédé reste compétitif tant que le brut reste au dessus des 30 dollars le baril. Par ailleurs, Shenhua affirme produire ici un diesel de qualité supérieure, respectueux des normes européennes et à faible teneur en soufre et en azote.

Mais tout n'est pas si rose dans le monde du raffinage. La liquéfaction du charbon est en effet un procédé extrêmement polluant. La raffinerie d'Ordos émet deux fois plus de CO2 qu'une raffinerie traditionnelle. Le procédé est également particulièrement gourmand en eau, alors que ces provinces du Nord de la Chine, à la frontière du désert de Gobi, connaissent déjà de graves pénuries. L'alimentation en eau est pour l'instant assurée par des canalisations qui pompent l'eau à 100 kilomètres de là ! « On estime que pour produire une tonne de charbon liquéfié il faut six à huit tonnes d'eau, explique le Professeur Shi Shidong de l'Institut de Recherche sur le charbon. Ces provinces du Nord et de l'Ouest de la Chine sont pauvres en eau et je pense que le développement de cette technologie reposera sur la disponibilité de cette ressource ».

CO2 stocké à 3000 mètres sous terre

Pour répondre à ces défis environnementaux, Shenhua affirme avoir investi dans des installations de retraitement du CO2. Mais un tel procédé renchérit de 50 à 70% les coûts de production. La direction affirme que ces aspects ont été pris en compte et que le dioxyde de carbone sera stocké à 3000 mètres sous terre dans des installations construites à 11 kilomètres de la raffinerie. Des installations toujours en travaux alors que la raffinerie, elle, a déjà commencé à produire son diesel nouvelle génération.

Malgré ses engagements internationaux en matière de réduction des gaz à effet de serre, la Chine a en effet décidé d'accélérer sa production de charbon liquéfié. En septembre dernier, elle a importé un record de 24 millions de tonnes de brut. Le premier marché automobile de la planète pourrait décider d'assouvir sa soif de carburant à n'importe quel prix.

De notre envoyé spécial à Ordos Séphane Pambrun
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