Publié le 01 décembre 2011

ÉNERGIE

La bulle carbone des places financières

Une initiative anglaise, le « Carbon Tracker », lance l'alerte sur une source d'émissions de CO2 encore peu ciblée : celles que générerait la consommation des réserves prouvées de pétrole, gaz, et autres minerais détenues par l'ensemble des entreprises extractives cotées dans le monde. Elle estime qu'il y a un risque de « bulle carbone » dangereux pour la planète et les investisseurs.

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En apparence les marchés financiers ne semblent pas être partie prenante des négociations sur le climat organisées à Durban. Et pourtant, ils devraient être au cœur des débats explique l'initiative anglaise « Carbon Tracker » dans son étude publiée à l'automne 2011 « Les places financières mondiales construisent-elles une « bulle » carbone ?». Son raisonnement est le suivant : on estime à 565 Gt le volume d'émissions maximum dans les quarante ans à venir pour limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés. Or, les émissions potentielles des réserves que déclarent les 100 premières compagnies pétrolières et gazières cotées et les 100 premières compagnies de charbon sont de 745 Gt sur la même durée. Il serait donc crucial de revoir les modèles financiers de valorisation de ces ressources qui sont aujourd'hui la clef des succès boursiers de ces entreprises pour empêcher qu'elles ne soient consommées dans leur totalité !

Le FTSE 100 trusté par les industries minières

James Leaton, le responsable de cette étude, est venu la présenter à Paris début novembre devant un parterre de professionnels de l'investissement responsable lors d'une matinée organisée par Compta durable, le premier cabinet d'expert comptable dédiée à la convergence du développement durable et des normes comptables et financières. Il a expliqué comment la bourse de Londres est à elle seule une incitation à produire du CO2 : « Un tiers des entreprises qui figurent dans le principal indice boursier, le FTSE 100, sont des entreprises qui exploitent les ressources naturelles, plus de 70 % des nouvelles introductions en bourse sont des entreprises minières du monde entier, donc petit à petit la bourse londonienne se concentre sur un seul et même secteur d'activité. Tous ceux qui font des placements liés aux indices investissent mécaniquement dans ces entreprises. C'est le cas de plus de 70 % des fonds de pension britanniques ! » Il ajoute : « Pour limiter nos émissions, il faudrait investir massivement dans l'immobilier, l'agriculture et l'assurance. Les marchés financiers, et plus particulièrement la bourse de Londres, privilégient le secteur extractif et produisent donc des effets contraires aux engagements de réduction que prennent les gouvernements ! »

Un risque sous-évalué

Ce risque de l'omniprésence des valeurs minières dans le portefeuille des investisseurs semble aujourd'hui peu ou mal évalué. Il a même été balayé d'un revers de la main par le Financial Times, par ailleurs producteur de l'indice FTSE 100. Or, cette bulle carbone pourrait engendrer de vrais problèmes comme l'interdiction de certaines activités des entreprises extractives ou une hausse du coût du CO2 telle qu'il finirait par rendre les réserves beaucoup moins attractives. Pour la faire éclater avant d'arriver à de telles extrémités, « Carbon Tracker Initiative » propose d'associer les informations sur les réserves que ces entreprises publient dans leur reporting financier à une évaluation des émissions de CO2 qu'elles pourraient générer. Pour cela ils reconnaissent qu'un changement en profondeur des mentalités est nécessaire. Car ce qui semble aujourd'hui avoir un prix considérable, soit les réserves des compagnies pétrolières, est en fait une source de risque systémique qu'il faudrait limiter. Ils espèrent au moins que leurs arguments seront entendus par les investisseurs de long terme signataires des Principes pour l'Investissement Responsable des Nations Unies. Ces derniers sont aujourd'hui 800 dans le monde et détiennent plus de 30 000 milliards de dollars d'actifs.

Anne-Catherine Husson Traoré
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