Publié le 08 septembre 2020

ÉNERGIE

L'empoisonnement de Alexeï Navalny pourrait être fatal au gazoduc russe Nord Stream 2

Déjà fragilisé par des sanctions américaines, le projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Europe se retrouve face à un avenir incertain après l'empoisonnement d'Alexeï Navalny. Son principal promoteur, l'Allemagne, n'exclut plus de lui retirer son soutien en raison du refus de Moscou de s'expliquer sur l'empoisonnement de l'opposant russe par un agent neurotoxique de type Novitchok.

Natural gas pixabay anita starzycka
Déjà fragilisé par des problèmes écologiques et les sanctions américaines, le gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Europe se retrouve face à un avenir incertain après l'empoisonnement d'Alexeï Navalny
@anita_starzycka

Après les polémiques environnementales puis les sanctions américaines, c’est peut-être finalement l’affaire Navalny, du nom de cet opposant russe empoisonné, qui va couler le gigantesque projet de gazoduc Nord Stream 2. Cette extension du pipeline sous-marin reliant la Russie à l’Allemagne devait doubler les livraisons directes de gaz naturel russe vers l'Europe occidentale et sécuriser les approvisionnements de l’Europe occidentale via la mer Baltique. Construit à plus de 80 %, il devait entrer en service début 2020.

Lundi 7 septembre, la chancelière allemande a indiqué ne pas exclure de geler le projet si Moscou, accusée d’avoir empoisonné l’opposant Alexeï Navalny réfugié à Berlin, ne parvenait pas à fournir des réponses. Une décision qui ne fait pas l’unanimité. Car depuis son abandon du nucléaire, l’Allemagne s’est tourné vers le gaz qui a représenté 25 % de sa consommation totale d'énergie en 2019. Or le gaz russe est bon marché. Les Allemands craignent donc le lourd coût économique d'un abandon du projet d’autant que le gel ou l’arrêt du projet entraînerait des demandes d'indemnisation des entreprises impliquées dans le projet.

Plus d'une centaine d’entreprises européennes, dont la moitié allemandes sont en effet associées - de près ou de loin - au géant russe Gazprom. On y trouve le français Engie, les allemands Uniper et Wintershall, l'autrichien OMV et l'anglo-néerlandais Shell, pour un budget total évalué à 9,5 milliards d'euros. La chancellière devra donc avoir le soutien de ses homologues européens.

Un projet décrié depuis le début

Mais en réalité, le projet bat de l’aile depuis longtemps, dès son annonce en 2015. Celle-ci s'est faite dans un contexte géopolitique "très sensible", après l'annexion de la Crimée par Moscou un an plus tôt et parce que le gazoduc doit contribuer "à contourner ou du moins à réduire le transit par l'Ukraine", souligne dans une analyse publiée en mai Kirsten Westphal qui dirige le projet "Géopolitique de la transformation du système énergétique" au sein de la fondation Stiftung Wissenschaft und Politik à Berlin.

La Pologne, les Pays baltes et l’Ukraine voient donc le projet d'un très mauvais oeil. Ils craignent la dépendance des Européens au gaz russe, que Moscou pourrait utiliser pour exercer des pressions politiques. Ils y voient une manière de sacrifier les intérêts de l'Ukraine, qui tire des revenus importants du transit du gaz russe. Pour le quotidien allemand FAZ lundi, "le projet de gazoduc nuit économiquement et géopolitiquement à l'Ukraine, celle-là même que l'UE proclame soutenir dans son conflit avec la Russie". Le soutien allemand au gazoduc a constitué "une erreur dès le départ", juge-t-il.

Autre tempête diplomatique, celle venant des États-Unis. Au sommet de l'Otan de juillet 2018, le président américain Donald Trump accuse l'Allemagne d'être "prisonnière" de la Russie à cause du projet Nord Stream 2 et exige son abandon. De fait, bien que ses 1 230 kilomètres soient quasiment terminés, le projet est à l'arrêt depuis plusieurs mois en raison des menaces de sanctions américaines contre les entreprises y participant. La position américaine est loin d'être économiquement désintéressée. Les Etats-Unis, grand producteur de gaz naturel, se sont en effet récemment lancés dans une offensive commerciale à la recherche de nouveaux débouchés, lorgnant du côté de l'Europe

Enfin, le projet a dû faire face à l'opposition des écologistes qui ne veulent plus de nouvelles infrastructures liées au gaz, ainsi qu'aux nouvelles règles de l'UE sur le transport du gaz, qui demandent notamment le "découplage" des activités de production et de distribution.

La rédaction avec AFP


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