Publié le 30 décembre 2019

ÉNERGIE

Gaz de schiste : craignant des séismes, l'Angleterre fait marche arrière sur la fracturation hydraulique

Contrairement aux États-Unis, où l'industrie du schiste a connu un boom spectaculaire, en Angleterre, les projets ont vite tourné court. Après plusieurs secousses sismiques et un rapport officiel faisant le lien entre risques de séismes et fracturation hydraulique, le gouvernement britannique a fait marche arrière et lancé un moratoire. L'opposition et les ONG environnementales demandent une interdiction définitive de ce procédé contesté.

Fracturation hydraulique gaz de schiste pixabay
La fracturation hydraulique est contestée pour ses conséquences environnementales mais aussi ses risques sismiques.
@CC0

Il aura fallu près de dix ans au gouvernement britannique pour suspendre la fracturation hydraulique. Alors qu’il espérait ouvrir 20 puits d’ici 2020 et réduire sa dépendance au gaz, importé de Norvège et du Qatar, ce ne sont finalement que trois puits qui auront été forés dans ce laps de temps, sans jamais être exploités. Certains projets ont dû être interrompus dès 2011 après des séismes dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Un rapport de l’Oil and Gas Authority (OGA), publié début novembre, a justement étudié l'activité sismique survenue près d'un site où est pratiquée la fracturation hydraulique. En août et octobre 2018, de vives secousses y avaient été ressenties, suspendant indéfiniment le forage. Dans ses conclusions, l’autorité britannique souligne les risques de séismes en lien avec la pratique controversée de la fracturation. C’est ce qui a fait basculé le gouvernement.

Des conséquences inacceptables pour les populations

"Après avoir examiné le rapport de l'OGA (...), il est clair que nous ne pouvons pas exclure de nouvelles conséquences inacceptables pour la population locale", a déclaré dans un communiqué la ministre chargée des Entreprises et de l'Energie, Andrea Leadsom. "Pour cette raison, j'ai conclu que nous devrions instaurer un moratoire sur la fracturation hydraulique en Angleterre avec effet immédiat", a-t-elle annoncé.

Le gouvernement assure qu'il ne donnera pas son consentement à de nouveaux projets de fracturation hydraulique "à moins que de nouvelles preuves convaincantes que le gaz de schiste peut être acheminé en sécurité ici ne soient apportées". La fracturation hydraulique – interdite en France depuis plusieurs années et en Allemagne – consiste à injecter des quantités massives d’eau afin de fracturer la roche mère dans laquelle est emprisonné le gaz ou le pétrole.

D’après un autre rapport du National Audit Office (NAO), l'organe chargé de contrôler les dépenses publiques, la fracturation hydraulique se révèle en outre coûteuse pour les autorités locales et les forces de l'ordre, en raison des nombreuses manifestations qu'elles suscitent, des perturbations du trafic routier et de la nécessité d'assurer la sécurité sur les sites.

Un pari qui s'est révélé être un fiasco

Pour Les Amis de la Terre UK, le moratoire constitue une "victoire immense pour les populations et pour l'environnement". "Pendant près d'une décennie, les populations locales partout dans le pays ont mené un combat de David contre Goliath contre cette industrie puissante", a souligné le directeur exécutif de l’ONG, espérant maintenant qu'une loi rendra l'interdiction de la fracturation hydraulique permanente.

"Le grand pari du gouvernement sur la fracturation hydraulique est un fiasco" a également réagi Rebecca Newsom, cheffe de programme au sein de Greenpeace. La décision du gouvernement britannique intervient à la veille des élections générales de décembre, faisant dire aux travaillistes qu’il s’agit surtout d’une mesure électoraliste. Ils réclament eux aussi une véritable interdiction plutôt qu’un moratoire.  

Concepcion Alvarez @conce1 


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

Conseil extraordinaire UE reduction consommation de gaz russie penurie hiver MTE

L’Union européenne trouve un accord sur la réduction de la demande en gaz, face au risque d’approvisionnement russe

C’est la solidarité qui l’a emportée à Bruxelles. Un nouveau plan a été adopté mardi 26 juillet par les 27 États membres pour réduire la consommation de gaz de 15 % en cas de pénurie cet hiver. Si des dérogations et des exemptions sont prévues, notamment pour la France, l’objectif est bel et bien de...

Station essence istock JBorruel

Pouvoir d'achat : toujours pas de mesures ciblées pour les travailleurs les plus modestes

La remise de 18 centimes par litre de carburant va passer à 30 centimes à la rentrée. C'est le fruit d’un compromis à l’Assemblée nationale entre la majorité et le groupe les Républicains. Le gouvernement, qui souhaitait la mise en place d’une indemnité carburant plus spécifique ciblant les...

Simon cossus maison durable Mathieu BAY

Vivre sans énergies fossiles : Cette famille y est (presque) arrivée

Avec la hausse des prix de l’énergie, la crise climatique et les canicules à répétition, les Français sont de plus en plus nombreux à se demander comment se passer des énergies fossiles. Certains ont franchi le pas, en investissant dans des maisons durables, qui produisent leur propre énergie, en...

Conseil europeen embargo petrole russe commission europeenne

Embargo sur le pétrole russe : les importations européennes réduites de 90 % d’ici la fin de l’année

Les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne, réunis en sommet, ont entériné un sixième train de sanctions contre la Russie. Ils ont enfin trouvé un accord pour réduire de 90 % leurs importations de pétrole russe d'ici la fin de l'année afin de tarir le financement de la guerre menée par Moscou...