Publié le 18 août 2015

ÉNERGIE

Forage pétrolier dans l’Arctique : Shell obtient le feu vert d'Obama

Lundi 17 août, le gouvernement américain a accordé au groupe pétrolier Shell un permis définitif de prospection dans la mer des Tchouktches, au nord de l'Alaska. Une décision en contradiction avec les objectifs de lutte contre le changement climatique que porte pourtant Barack Obama et que le président américain doit réaffirmer dans les prochains jours… en Alaska !

Samedi 16 mai 2015, plus de 200 militants écologistes ont bloqué l’entrée du terminal 5 du port de Seattle afin de protester contre les plans de forage de Shell dans la mer de Chukchi, dans l’océan Arctique.
Karen Ducey/Gerry Images North America/AFP

Les manifestations des défenseurs de l’environnement n’y auront rien fait. Le 17 août, le département de l'Intérieur américain a accordé à Shell un permis définitif de prospection dans la mer des Tchouktches, au nord de l'Alaska.

L’aventure polaire du groupe anglo-néerlandais ne date cependant pas d’hier : la compagnie pétrolière avait obtenu des concessions dans cette zone pendant la présidence de George W.Bush en 2009. Mais malgré les 6 milliards de dollars injectés dans les opérations d’exploration, l’expérience n’a jusqu’à présent pas été fructueuse.

Pire, si les travaux ont été stoppés en 2012, c’est que la compagnie a dû faire face à de nombreux problèmes, dont la perte de contrôle d’une plateforme, qui avait entraîné l’évacuation de 18 ouvriers puis la dégradation d’un brise-glace transportant des équipements de forage d’urgence.

 

Un risque environnemental élevé

 

Et ce n’est qu’un début, estiment les associations environnementales. Car l’exploration et la production de pétrole et de gaz dans cette région sont considérées comme excessivement dangereuses, la zone étant difficile d’accès, en plus de conditions climatiques extrêmes.

Dans le cas d’une marée noire, les conséquences seraient désastreuses pour l’environnement, sachant que les interventions de nettoyage seraient quasiment impossibles. Or, le Département de l'Intérieur évalue lui-même à 75 % le risque de marée noire en cas d'exploitation pétrolière. 

Ces conditions ont dissuadé d'autres compagnies pétrolières, comme Total, d'y prospecter. Et ont refroidi les actionnaires de certaines compagnies comme Shell : en mai, par la voie d’une résolution votée à près de 99% ces derniers lui ont demandé d’adopter une stratégie bas carbone et donc d’agir en cohérence. Cette résolution avait été soutenue par les dirigeants de Shell et son patron avait dû reconnaitre "qu’il est incohérent de forer en Arctique et d’avoir une politique climatique crédible."

Et pourtant, si Shell et l’administration américaine s’entêtent, c’est qu’elles pensent que le jeu en vaut la chandelle. Selon une évaluation de l’USGS (Institut de géophysique américain), la région arctique est supposée abriter 13 % des ressources mondiales de pétrole non découvertes et 30 % de celles de gaz naturel.

 

Des précautions insuffisantes

 

Or, l’indépendance énergétique est l'une des priorités américaines. Fin mai, interrogé sur la contradiction entre l’autorisation de forage et son plan de lutte contre le changement climatique, le président américain avait expliqué en conférence de presse qu'en dépit des dangers du forage dans cette zone, il préférait, avec toutes les garanties et normes existantes, produire du pétrole et du gaz sur le sol américain plutôt que de les importer, notamment en provenance de pays ayant de moins bons standards environnementaux que les États-Unis.

Avant d’autoriser la reprise des forages, l’administration Obama avait durci les conditions d’opération imposées à Shell. Elle a notamment obligé la compagnie à se doter d’équipements d’intervention d’urgence pour réparer d'éventuelles fuites en moins de 24 heures, et il lui a été interdit de faire fonctionner en simultané ses deux plateformes de forage.

Des mesures qui restent insuffisantes pour faire taire les critiques, et surtout pour assurer une cohérence avec les objectifs environnementaux et climatiques affichés par le président Obama à quelques mois seulement de la COP 21.

Béatrice Héraud
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