Publié le 02 juillet 2015

ÉNERGIE

Fermetures de 5 centrales à charbon : vers la fin d’une époque en Allemagne

L’Allemagne va fermer plusieurs de ses vieilles centrales à charbon. C’est ce qui ressort du compromis âprement négocié au sein du gouvernement d'Angela Merkel, tard dans la nuit du mercredi 1er juillet au jeudi 2 juillet. Si l’idée initiale d’une taxe "pollueur-payeur" est définitivement abandonnée, la mesure n’en demeure pas moins décisive pour la poursuite de la transition énergétique actuellement en cours dans le pays.

© Mine de lignite et centrale à charbon exploitée par Vattenfall dans l'est de l'Allemagne.
Patrick Pleul / ZB / Picture Alliance / AFP

"Nous allons fermer des centrales à charbon. Maintenant". La déclaration est signée Sigmar Gabriel, ministre de l’Économie et de l’énergie. Elle a été prononcée sur ARD, la première chaîne de télévision allemande. Le compromis qui a émergé à l’issu de quatre heures de négociations entre la chancelière chrétienne-démocrate et ses partenaires de coalition, dont le ministre social-démocrate Sigmar Gabriel, prévoit la fermeture d’ici 2020 des centrales ayant une capacité de 2,7 gigawattheure. Ce qui revient à fermer cinq centrales à charbon.

La mesure doit permettre de résoudre l'équation suivante : l’Allemagne s’est fixé comme objectif de réduire ses émissions de CO2 de 40 % d’ici 2020 (par rapport à 1990). Mais en l’état, le pays n’est pas capable de l'atteindre. Et le secteur de l’énergie doit réduire ses émissions de 22 millions de tonnes de CO2.

C’est dans ce contexte qu’intervient la fermeture des centrales à charbon, une des plus grandes sources d'émissions de CO2 du pays.

 

La taxe charbon abandonnée...

 

Avec ce compromis, Berlin enterre définitivement l’idée initiale d’une taxe sur le charbon. Présenté en mars dernier, le projet de loi préparé par le Ministère de l’économie et de l’énergie prévoyait que les opérateurs de centrales vieilles de plus de vingt ans (en l’occurrence celles qui émettent plus de sept millions de tonnes de CO2 par gigawattheure) s’acquittent d’une taxe située entre 18 et 20 euros par tonnes de CO2.

Dès sa présentation, ce projet fut violemment attaqué : les énergéticiens, le syndicat IG BCE - qui représente principalement les salariés du secteur énergétique conventionnel - mais aussi des parlementaires de la CDU (conservateurs) comme du SPD (sociaux-démocrates) ainsi que des dirigeants politiques des Länder abritant les centrales à charbon, tous sont montés au créneau pour défendre les quelques 100 000 emplois qu’ils estimaient menacés par le projet de loi.

 

... mais la sortie du charbon entamée

 

En Allemagne, les liens entre le monde politique et le secteur du charbon sont traditionnellement étroits, ce que les ONG allemandes n’ont de cesse de dénoncer depuis des années. Particulièrement chez les sociaux-démocrates allemands. Aussi, certaines ONG comme Greenpeace perçoivent la nouvelle mesure comme une défaite des politiques devant le lobby du charbon.

Mais toutes ne partagent pas cette analyse : "Le lobby du charbon se voit en vainqueur car il a réussi à faire couler un instrument financier (note : la taxe charbon). Mais c’est une victoire à la Pyrrhus" estime Christoph Bals, responsable de l’association allemande Germanwatch. L'ONG a fait de la lutte contre le réchauffement climatique son cheval de bataille.

Pour lui, la fermeture de ces centrales est un indice important, qui montre que le monde politique allemand s’éloigne en douceur de l’industrie du charbon. Il juge enfin lourde de sens politiquement la phrase, en apparence anodine, prononcée ce matin par Sigmar Gabriel : "Tout indique que l’amorce de la sortie du charbon est maintenant entamée. Après la sortie du nucléaire, c’est la prochaine étape, décisive, pour mener à bien la transition énergétique."

Claire Stam
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