Publié le 25 février 2008

ÉNERGIE

Energie : l'attitude contradictoire des Pays-Bas

Alors que de nouvelles centrales au charbon vont alimenter l'extension du port de Rotterdam, la politique néerlandaise en matière de réduction de CO2 est vivement critiquée par les organisations de défense de l'environnement et par certains spécialistes de l'approvisionnement énergétique. Au cœur du problème, un besoin en énergie croissant auquel le pays a du mal à faire face et une attitude traditionnellement anti-nucléaire.

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Le futur port de Rotterdam

« Si Electrabel s'offre une centrale aux charbon aux Pays-Bas, c'est le climat qui paiera la facture ! » fustige Greenpeace, au sujet de la nouvelle installation prévue pour alimenter le port de Rotterdam. Quant à celle construite par E-on, elle représenterait des émissions polluantes équivalentes à celles de 2 millions d'automobiles par an, estime l'organisation. Pas moins de quatre centrales au charbon devraient au total voir le jour d'ici les 30 à 40 prochaines années. Au lendemain de l'adoption du paquet « climat-énergie » par la Commission européenne (voir article lié) l'organisation se montre catégorique : si le gouvernement veut être en mesure de respecter la directive européenne : « [il] n'a alors d'autre choix que de renoncer à ces projets » affirme-t-elle.

Hostilité au nucléaire

De fait le pays se trouve dans une situation embarrassante, ne sachant comment assurer la phase de transition entre l'approvisionnement actuel, principalement basé sur l'énergie fossile et la phase, prévue pour 2050, où les ressources en énergies renouvelables devraient permettre une certaine autonomie. La forte augmentation de la demande énergétique, créée notamment par la vaste extension du port de Rotterdam et sa place de leader européen, accroît les difficultés et pousse le gouvernement à agir au plus vite. Mais le choix de l'énergie fossile au dépend du nucléaire suscite de vives critiques. Ainsi, la réticence des Pays-Bas en matière d'énergie nucléaire avait-elle déjà été dénoncée l'an dernier lors du congrès annuel Niria de l'Institut royal des ingénieurs (KIVI), dédié aux problématiques énergétiques. Ruud Lubbers, alors président du Conseil de surveillance du Centre de recherche sur l'énergie des Pays-Bas et corédacteur de la « Charte pour la Terre » y avait jugé la politique néerlandaise trop « simpliste ». Selon lui, le futur approvisionnement énergétique des Pays-Bas ne pourra faire l'économie de l'énergie nucléaire comme de l'énergie fossile. Bien plus, il ne conçoit pas l'utilisation du nucléaire comme un simple palliatif mais évoque un rôle important à long terme. Quant aux centrales électriques, seul un équipement en technologies propres en justifierait la construction selon lui.

En novembre 2007, la décision du gouvernement de renoncer à la fermeture de la centrale nucléaire de Borssele initialement prévue pour 2013, a relancé le débat :« Fermer Borssele, cela équivaudrait à augmenter les émissions de dioxyde de carbone d'une à trois tonnes par an », affirmait alors le gouvernement. Vingt années de sursis sont donc accordées au site qui devrait cependant se diversifier, combinant énergie nucléaire, charbon et même énergie éolienne. « Sur ce site coexistent déjà une centrale à charbon et une centrale nucléaire. C'est l'un des rares endroits aux Pays-Bas où il est possible de produire plus à partir du nucléaire. Et c'est pourquoi nous avons l'intention d'accroître la capacité sur ce site en particulier », soulignent les autorités.
La démarche ne satisfait cependant pas le parlementaire vert européen, Mycle Schneider, auteur d'un rapport sur le sujet : « Borssele est une très vieille centrale. Elle est âgée de 34, 35 ans et est entretenue, mais elle n'est pas de construction récente. La vérité, c'est que l'industrie nucléaire à travers le monde ne fait que prolonger la durée de vie des unités existantes », a-t-il déclaré.

En s'orientant plutôt vers l'énergie fossile, les Pays-Bas cultivent le paradoxe : chantres d'une politique drastique en matière de réduction d'émission de CO2 pour les automobilistes (avec la création d'une taxe selon le nombre de kilomètres parcourus ), reconnus très largement en tête des pays de l'Union Européenne en matière de recyclage des déchets urbains par une étude du cabinet allemand Ökopol (avec 65% de taux de recyclage alors que la moyenne actuelle des pays de l'UE n'est que de 37%, leurs choix actuels en matière d'approvisionnement énergétique et les attitudes contradictoires qui émaillent ces décisions semblent mettre à mal sinon les objectifs à atteindre, mais très sûrement la clarté et la cohérence de cette politique.

Sandrine Dumont à Rotterdam (Pays-Bas)
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