Publié le 18 octobre 2019

ÉNERGIE

[Édito Vidéo] "Il n’y a pas d’autres choix que d’investir dans le pétrole"

Après une longue séquence internationale sur le climat en septembre, octobre sonne l'heure de la contre-attaque pour les pétroliers. Lors de leur grande réunion "Oil and Money", bientôt rebaptisée en Energy Intelligence Forum, les pétroliers assurent que la transition énergétique est leur première préoccupation. Mais quelques jours plus tard, le patron de Shell estimait qu'il n'y avait pas d'autres choix que d'investir dans le pétrole. 

ExxonMobil Australia
Plateforme pétrolière d'ExxonMobil
@Exxon

L’information m’a fait sourire. Depuis 40 ans, se tient à Londres une grand-messe pétrolière baptisée Oil & Money, littéralement "pétrole et argent". Un nom frappant qui aurait très bien fonctionné pour, disons, une série télévisée américaine des années 80 sur une famille de riches exploitants pétroliers qui se déroulerait par exemple à Dallas ! Mais en 2019, ce nom n’est plus vraiment à la mode.

Lors de la dernière édition de ce sommet qui s’est déroulé du 8 au 10 octobre, les organisateurs ont annoncé un changement de nom. Exit Oil and Money et bienvenue au Energy Intelligence Forum, un patronyme jugé plus ecofriendly, marquant la volonté du secteur de développer des technologies bas carbone. Amin Nasser, le PDG de Saudi Armaco, le plus grand pétrolier du monde, l’assure : "le combat contre le changement climatique est d’importance cruciale et oblige l’ensemble du secteur à penser différemment".

Demande croissante

L’acte de bonne intention n’a pas convaincu les ONG, qui ont immédiatement appelé au greenwashing… sans surprise. Il n’a pas convaincu non plus le prestigieux New York Times, partenaire historique, qui a préféré s’éloigner. Il faut dire que le réel engagement des pétroliers vers un nouveau business model est à interroger, alors que Global Witness assurent que ceux-ci ont d’ores et déjà engagé 5 000 milliards de dollars d’investissements dans des projets incompatibles avec l’Accord de Paris.

Dans ce contexte, accordons la palme de l’honnêteté à Ben van Beurden, PDG de Shell et dont le groupe est loin d’être le moins engagé en matière de transition énergétique. Dans une interview à Reuters, il assure : "Il n’y a pas d’autres choix que d’investir dans le pétrole". Il explique que la demande de pétrole et de plastique continue à croître. Dès lors, "il est légitime d’investir dans le pétrole et le gaz parce que le monde le demande".

Il va plus loin en dénonçant la diabolisation du secteur pétrolier qui "fait peur aux gestionnaires d’actifs". Pour lui, "le risque le plus important n’est pas tant que nous devenions des dinosaures car nous investissons toujours dans le pétrole et le gaz. Un risque plus important est de tourner le dos prématurément au pétrole et au gaz". Alors, selon vous, qui reflète le mieux la pensée du secteur pétrolier ? Le Energy Intelligence Forum et sa vision d'un secteur pétrolier bas carbone ou celle de Ben van Beurden et sa volonté de répondre à la demande croissante ? 

Ludovic Dupin @LudovicDupin

 

 


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