Publié le 09 mai 2018

ÉNERGIE

En se retirant de l'accord nucléaire sur l'Iran, Donald Trump booste l'extraction pétrolière

[Mis à jour le 9 mai 2018] Déjà soumis à des tensions en matière d’équilibre offre/demande, les prix du pétrole sont très soutenus par les tensions géopolitiques, alors que Donald Trump a annoncé le retrait américain de l’accord sur le nucléaire en Iran. En conséquence, les pétroliers voient leurs bénéfices s’envoler et pompent leurs réserves à plein régime.

Le 8 mai Donald Trump a annoncé un rétablissement des sanctions sur l'Iran.
@WhiteHouse

[Mis à jour 09 mai 2018] : Le 8 mai, Donald Trump a annoncé le retrait pur et simple des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien avec un retour de toutes les sanctions. Immédiatement le baril de pétrole gagnait 2 % dépassant les 76 dollars.

Ces dernières semaines, les cours du pétrole repartent massivement à la hausse. Au-dessus de 73 dollars ce vendredi 4 mai, ils ont même dépassé 75 dollars le 30 avril. Les analystes convergent vers un palier symbolique à 82 dollars franchi dans les semaines à venir. Un cours jamais vu depuis mi-2014. Le hedge fund spécialiste des matières premières Andurand Capital Management évoque même un baril à 300 dollars à long terme.

Trois raisons sont à l’origine de ce rebond. Deux sont structurelles. D’une part, la demande croissante de pétrole : selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), la demande de pétrole va croître de 1,3 million de barils par jour en 2018 pour atteindre 99,1 millions de barils par jour en moyenne. D’autre part, l’accord entre l’OPEP et la Russie pour limiter la production et soutenir les prix est respecté.

Iran versus États-Unis

Le troisième point, conjoncturel, est en train de donner un énorme coup de fouet à l’or noir. C’est l’effet Donald Trump. Il menace de se retirer de l’accord nucléaire conclu avec l’Iran. Celui-ci a été conclu en juillet 2015 à Vienne entre Téhéran et le Groupe 5+1 (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne). Le résident de la Maison Blanche donne aux Européens jusqu'au 12 mai pour trouver un nouveau texte qui remédierait aux "terribles lacunes".

En réponse, l'Iran avertit qu'il quitterait l'accord nucléaire historique si les États-Unis en sortaient. "L'Iran accepte l'accord nucléaire tel qu'il a été préparé et n'acceptera pas qu'on y ajoute ou retire quoi que ce soit", a dit Ali Akbar Velayati, conseiller du Guide suprême pour les affaires internationales, dans des propos publiés par le site de la télévision d'État. Cette tension géopolitique, qui laisse imaginer un  nouveau blocus autour d’un pays qui produit 3,8 millions de barils par jour, a de quoi inquiéter les marchés, déjà attentifs aux troubles en Lybie, en Irak, au Nigeria et au Venezuela.

Des bénéfices records

Indirectement, ce sont les majors qui se frottent les mains après 4 ans à se serrer la ceinture. Mardi 1er mai, le géant BP annonçait des résultats exceptionnels au premier trimestre 2018 avec une progression de 70 % de son bénéfice net à plus de 2 milliards d’euros.  Le Français Total a aussi le sourire avec une progression de son bénéfice de 13 % à 2,88 milliards de dollars.

Le PDG du groupe Patrick Pouyanné confirme d’ailleurs que ces résultats proviennent de la remontée des cours "portée par une demande soutenue, le respect des quotas Opep-Russie, et les tensions géopolitiques". Pendant cette période, le français a atteint son record de production avec 2,7 millions de barils équivalent pétrole extraits par jour, en hausse de 5 %. La mise en production du projet géant Yamal LNG en Russie n’y est pas pour rien.

La transition énergétique en danger

Dans la foulée, on a aussi vu Shell annoncer une hausse de son bénéfice de 41 %, ExxonMobil de 16 %, Chevron de 13 %. Après quatre ans de mise sous pression, ces industriels sont parvenus à abaisser leur point mort (le prix du baril auquel elles produisent sans perdre d’argent) à moins de 40 dollars. Avec un baril à plus de 70 dollars, les grandes majors redeviennent des machines à cash.

Si Donald Trump décide effectivement mi-mai de se retirer de l’Accord sur l’Iran, les grands pétroliers vont pouvoir faire tourner à plein leurs actifs. Le risque est qu’ils relèguent peut-être un peu leurs (légères) ambitions en matière de transition énergétique.

Pourtant, les signes étaient encourageants. En avril, on voyait Total réaffirmer l’ambition de devenir un grand acteur de l’électricité verte et du gaz en rachetant Direct Energie. Reste à savoir si cette bonne volonté sera sacrifiée sur l’hôtel de l’exploration-production.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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