Publié le 22 décembre 2017

ÉNERGIE

[Décryptage] Miracle de Noël : le géant minier BHP va quitter le lobby du charbon

Le lobbying anti-climat a vécu. Ce n’est pas le message d’une ONG écologiste. C’est celui du plus grand minier de la planète BHP Billiton. Alors qu’il a revu sa participation dans les organisations professionnelles, l’entreprise a décidé de se retirer, entre autres, de l’Association mondiale du charbon qui tient un discours climatique et énergétique incompatible avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Mine de charbon de BHP Billiton en Australie.
BHP

D’aucuns portent un regard critique sur le grand sommet sur le climat, le One Planet Summit, qui s’est tenu à Paris le 12 décembre jugeant que les annonces sont insuffisantes pour maintenir le réchauffement en dessous de 2 °C à la fin du siècle. Nous les invitons à se tourner vers un petit miracle, non pas venu du pays du Père de Noël, mais de celui des kangourous. La plus grande entreprise minière au monde, l’australien BHP Billiton, vient de publier une revue détaillée de ses engagements dans les organisations professionnelles sur une vingtaine de pages.

L’industriel géant y annonce son retrait dès le premier trimestre 2018 de l’Association Mondiale du Charbon (World Coal Association), la plus grande organisation de lobbying pour le charbon de la planète. Sa décision est motivée par des différences de point de vue sur le climat et les politiques énergétiques. Deux autres organisations pro-charbon sont dans le viseur de BHP Billiton : l’United States Chamber of Commerce (USCC) et le Minerals Councils of Australia (MCA). L’entreprise australienne dénonce leurs positions critiques contre l’Accord de Paris signé lors de la COP21 de 2015.

Responsable du changement climatique

"En tant que producteur et consommateur majeur de combustibles fossiles, nous reconnaissons notre devoir d’agir sur la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, sur l’adaptation aux impacts physiques du changement climatique, à l’accélération du développement et déploiement de technologies à faibles émissions et la nécessité de tester la résilience de nos actifs", explique l’entreprise.

Les auteurs de rapport ajoutent : "Répondre aux changements climatiques est une question prioritaire de gouvernance et de stratégie pour BHP. La direction a la responsabilité principale de la conception et mise en place d'une réponse effective face au changement climatique. Notre stratégie est déployée en partenariat avec nos parties prenantes : investisseurs, décideurs, pairs et organisations non gouvernementales".

Sortir du pétrole de schiste

Attention toutefois ! Si BHP Billiton va lever le pied sur le lobbying quand celui-ci rime avec lobbying anti-climat, la société ne renonce pour autant pas au charbon. En 2018, elle va extraire plus de 30 millions de tonnes de ce combustible (la première production de BHP est le fer avec 240 millions de tonnes). Pour autant Brynn O’Brien, directeur de l’Australian Center for Corporate responsability, accueille avec enthousiasme ces annonces : "C’est extraordinaire que la plus grande entreprise minière au monde signale son intention de quitter le principal lobby mondial du charbon. C’est un message qui indique que même les organisations avec de grands actifs charbonniers, comme BHP, ne valorisent plus le lobbying agressif contre le climat", juge-t-il.

Au-delà du charbon, le minier a aussi décidé de revoir ses positions en matière de gaz et de pétrole de schiste. En décembre, on apprend que la multinationale a missionné quatre banques (Barclays, Bank of America, Citi et Goldman Sachs) pour évaluer les options de ventes de ses actifs dans le secteur ou la possibilité de les scinder de l’entreprise pour créer une nouvelle entité.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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