Publié le 20 octobre 2014

ÉNERGIE

Dakota du Nord : la réserve indienne de Fort Berthold frappée par la malédiction du pétrole de schiste

Un Etat rural de l’Ouest américain où 40% de la population n’a pas de travail et où les Indiens vivotent grâce aux aides du gouvernement en échange de leurs terres… ça, c’était avant. Avant que la réserve de Berthold soit le décor d’un boom provoqué par l’extraction de pétrole de schiste. Aujourd’hui, l’or noir coule à flots, entre règlements de comptes et espoirs de mieux vivre.

Vue générale de Fort Berthold en mars 2014.
© Compte Facebook de This is mandaree

C’est un yacht de 30 mètres de long. Un navire, en mouillage dans les eaux du lac Sakakawea, qui jure avec le paysage alentour. Le conseil de la tribu s’est offert ce palace flottant l’an dernier grâce aux revenus tirés du pétrole

Sakakewea est un immense lac artificiel construit dans les années 1940. Washington avait alors contraint des milliers d’Indiens à quitter leurs villages, aujourd’hui engloutis. Sur les terres infertiles qu’on leur a redistribuées, les Indiens MHA (acronyme de trois tribus, les Mandans, Hidatsas et Arikaras) ont longtemps vivoté de compensations du gouvernement fédéral. 40% de la population était sans emploi au tournant du siècle.

Aujourd’hui, le taux de chômage plafonne à 6% ; l’argent, les Indiens le récoltent par millions de dollars. Leur réserve est au cœur de l’ahurissant boom pétrolier qui métamorphose le Dakota du Nord, un Etat rural de l’Ouest américain. Plus d’un millier de derricks pompent l’or noir nuit et jour à Fort Berthold, dont la production atteint 200000 barils par jour soit un peu plus du tiers de ce que produit un pays membre de l’Opep comme l’Equateur.

 On savait depuis 1950 que le "Bakken", bassin géologique dont l’épicentre est Fort Berthold, recélait du pétrole. Seule manquait la technologie pour creuser si profond. Le problème a été résolu par le fracking (ou fracturation hydraulique), un procédé à fort impact sur l’environnement.

L’industrie pétrolière a aussi réglé les obstacles bureaucratiques, très dissuasifs, pour forer en terre indienne. Quand les forages se sont multipliés sur les terres, les autorités indiennes les ont libéralisés, en 2009

 

Construction de la première raffinerie indienne de l’Histoire

 

Cinq ans plus tard, les tribus vont toucher, selon leur trésorier Mark Fox, "400 millions de dollars de recettes pour l’année fiscale en cours". Avec cette manne, les Indiens rêvent de s’affranchir du gouvernement fédéral ; la toute première raffinerie indienne de l’Histoire est d’ailleurs en construction. "Nous gagnerons notre souveraineté par le baril", prophétisait en 2011 Tex Hall, le président du conseil tribal.

Les revers de cette pluie de dollars sont nombreux. A l’image de l’ensemble du bassin du Bakken, qui s’étend jusqu’au Canada, la réserve est devenue méconnaissable. Les camps de travailleurs ont envahi la prairie et l’inflation de l’immobilier chasse des Indiens, qui se retrouvent à la rue. Les accidents pétrochimiques se multiplient. Drogues et cartels ont fait leur sinistre apparition.

 

Une pluie de dollars qui ne facilitent pas les élections

 

Dans ce contexte troublé, la réserve doit élire son prochain président. Les débats portent avant tout sur la manière de dépenser un argent dont la tribu fut toujours dépourvue. La veille du premier tour (le second aura lieu le 4 novembre prochain), une vingtaine d’Indiens manifestaient dans la capitale, New Town. Sur leurs panneaux, on pouvait lire "Des écoles, pas des yachts". Ils sont déterminés: la gestion opaque et des dépenses excessives ont coûté sa réélection à Tex Hall, battu au premier tour. Une commission d’enquête indépendante a mis au jour plusieurs affaires de conflits d’intérêts liés au business du pétrole ; il est également cité dans l'affaire du meurtre d'un ancien associé

Son rival Damon Williams, favori au second tour, promet "plus de transparence", un fonds dédié à la santé et au "financement des études des jeunes". Il propose de redistribuer 30% des revenus pétroliers directement à la population. Et 30% financeraient un fonds dédié à la santé, à l'éducation, à l'habitat, aux infrastructures et la "préservation de la culture indienne".

Seuls 5 000 Indiens vivent dans la réserve; les 9 000 autres sont éparpillés dans le reste du pays. Le vote par procuration n'étant pas admis, le taux de participation n'a pas dépassé 26%.

Sauf surprise, il gérera la destinée de Fort Berthold: une réserve indienne nageant dans le pétrole, mais toujours sans hôpital. 

Maxime Robin
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