Publié le 27 mars 2020

ÉNERGIE

[Coronavirus, le jour d’après] De l’urgence de sevrer la planète des énergies fossiles pour éviter de nouvelles crises

Alors que la baisse du prix du pétrole pourrait inciter certains à freiner la transition énergétique, plusieurs experts rappellent l’urgence de se tourner vers les énergies renouvelables. Outre le risque climatique, il s’agit aussi d’éviter une nouvelle crise planétaire  due à des tensions sur l'or noir, une fois la pandémie dépassée. Toute la semaine, Novethic se penche sur la fragilité de nos modèles économiques, secteur par secteur, mise en lumière par la crise sanitaire actuelle.

La chute du cours du pétrole va entraîner une réduction des projets, mettant en péril l'approvisionnement européen à moyen terme.
@CC0

Le prix du baril de pétrole est passé sous la barre des 30 dollars. C’est une autre conséquence de la mise à l’arrêt de l’économie mondiale par le coronavirus, sur fond de guerre des prix entre l’Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis. Résultat, en France, le prix de l’essence n’avait pas été aussi bas depuis 2017. Et les grandes majors pétrolières annoncent des coupes drastiques. Total, prévoit ainsi de réduire ses investissements de plus de 20 % cette année.

Selon une étude du cabinet spécialisé Rystad Energy, publiée le 23 mars (1), les compagnies pétrolières et gazières sont susceptibles de réduire leurs projets de 192 milliards de dollars à 61 milliards cette année, soit une baisse de 68 % par rapport à 2019. Avec un prix du baril autour de 30 dollars en moyenne sur l’année 2020, le nombre de nouveaux projets lancés serait donc réduit à la portion congrue. Une bonne nouvelle pour le climat ? Oui, mais…

Un marché à bout de souffle

"L’effondrement actuel va saper la capacité de l‘industrie pétrolière à gérer la production future. À terme, cela met en danger notre sécurité nationale avec un risque d'approvisionnement dans une Europe qui n’est toujours pas sevrée. Plus immédiatement, il y a aussi un risque de déstabilisation géopolitique dans certains pays pétro-dépendants dont le maintien des capacités de production est incertain, comme l’Iran, mais aussi l’Algérie et même la Russie. Le coronavirus vient donc souligner à quel point il est urgent de sortir des énergies fossiles, pour des raisons qui vont au-delà du changement climatique, dans un marché qui promet de devenir de plus en plus chaotique", analyse Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project.

Début 2019, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) tirait déjà le signal d’alarme quant au resserrement de l’offre de pétrole d’ici 2025. "Ces trois dernières années, le nombre moyen de nouveaux projets approuvés de production de pétrole conventionnel ne représente que la moitié du volume nécessaire pour équilibrer le marché jusqu’en 2025. L’offre de pétrole de schiste américain devrait plus que tripler pour compenser le manque persistant de nouveaux projets classiques."

Or, c’est justement ce secteur qui se trouve ébranlé par la baisse des cours car le pétrole de schiste a un modèle économique fragile. Il n’y a donc guère d’autres choix que de se diversifier en misant sur les renouvelables, répète l’AIE. "Il s'agit d'une opportunité historique pour le monde de créer des plans durables pour relancer l'économie, réduire les investissements sales et accélérer la transition énergétique", a déclaré Fatih Birol, son directeur exécutif. 

Moyen de pression pour changer les business model

Malgré cet appel, des gouvernements prévoient déjà des plans de relance de leur industrie fossile. Le Canada annonce un plan massif de soutien aux secteurs pétrolier et gazier. Idem pour les États-Unis, "où l’industrie de la fracturation pourrait être un bénéficiaire majeur du plan de sauvetage colossal des entreprises avec des conditions limitées ou nulles", s’inquiètent Les Amis de la Terre US.

En Grande-Bretagne, 350.org réagit également à la demande de renflouement de l'industrie pétrolière et gazière britannique dans le contexte de la crise de Covid-19. "Ils ont profité de la destruction délibérée du climat pendant des décennies et joué un rôle dans l'aggravation de l'injustice économique à travers le monde. Au lieu de renflouements, ils doivent être tenus responsables des dommages qu'ils ont causés".

En France, les parapétroliers comme Vallourec ou Technip sont les premiers touchés par cette crise. "La puissance publique, qui va être appelée au secours, va-t-elle maintenir à bout de bras ces entreprises qui ont fait le choix de ne dépendre que du pétrole ou va-t-elle utiliser le moyen de pression dont elle dispose pour les pousser à se transformer et à construire des plans de transition justes et durables ? Cela va être un vrai test", lance Cécile Marchand, chargée de campagne aux Amis de la Terre France.

Concepcion Alvarez, @conce1 

(1) Voir l'étude


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