Publié le 01 mars 2016

ÉNERGIE

Campagne américaine : 1 dollar sur 5 provient du secteur des énergies fossiles

A l'exception du démocrate Bernie Sanders et de l’écologiste Jill Stein, tous les candidats reçoivent depuis le début de la campagne des fonds très importants du lobby du pétrole et du gaz. Y compris Hillary Clinton, la favorite côté démocrate. Une source de financement que des spécialistes tentent de mettre en lumière pour mieux dénoncer son influence sur la politique américaine.

Ted Cruz est le candidat republicain a la presidentielle américaine prefere des lobbys des energies fossiles JOE RAEDLE GETTY IMAGES NORTH AMERICA AFP
Ted Cruz est le candidat républicain préféré des lobbys des énergies fossiles pour la présidentielle américaine.
JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

"Nous n'avons jamais vu autant d'argent alimenter une campagne présidentielle, notamment provenant du lobby du pétrole et du gaz." Le constat de cet expert de Greenpeace est sans appel. Au sein d'une équipe de sept chercheurs, Jesse Coleman analyse sans relâche les comptes de campagne des différents candidats à la présidentielle américaine. Sa mission : détecter les financements provenant, directement ou indirectement, du secteur des énergies fossiles.

Et en ce jour du Super Tuesday, ce rendez-vous clé dans la course à l'investiture côtés républicain et démocrate (douze États américains sont appelés à voter en même temps), les voyants sont au rouge. 

 

Plus de 2 millions de dollars déjà versés officiellement 

 

Le secteur des énergies fossiles dans son ensemble a déjà donné 2 091 530 dollars aux différents candidats en lice, selon le décompte réalisé par le Center for Responsive Politics, un groupe indépendant spécialisé dans l'analyse de l'influence des lobbys sur la politique à Washington.

Les grands gagnants sont les challengers républicains : ils ont perçu 88,1% de l'ensemble. A eux seuls, les frères Koch, des milliardaires défendant des intérêts climato-sceptiques, ont prévu de dépenser un milliard de dollars d'ici l’élection en novembre prochain. 

Ces chiffres qui donnent le tournis ne recensent pourtant que les dons des particuliers, très encadrés, et ceux liés aux PAC, ces comités de soutien qui financent légalement les campagnes. Il faut y ajouter l'argent versé aux Super PAC, les comités en théorie indépendants des équipes de campagne officielles, mais qui permettent de soutenir un candidat en payant des publicités de dénigrement d'un autre candidat.

Au final, "en traquant une par une toutes les donations, en cherchant de quel lobbyiste ou de quel membre d'un conseil d'administration elles viennent, nous avons pu établir qu'1 dollar sur 5 investis dans cette campagne présidentielle provient du secteur des énergies fossiles", résume Jesse Coleman, de Greenpeace. 

 

De l'argent occulte quasiment intraçable

 

Et c'est sans compter l'argent occulte provenant de fondations ou d'organisations à but non-lucratif, qui n’ont pas à déclarer l’argent qu’elles versent aux candidats. C'est le cas de l'American Petroleum Institute, qui représente 400 entreprises dans toute la filière d'exploitation du gaz et du pétrole. Les sommes versées par le plus puissant lobby du secteur aux Etats-Unis, parce qu'elles échappent à tout cadre légal, sont quasiment intraçables. 

Côté républicain, le secteur des énergies fossiles a choisi son candidat : Ted Cruz, élu du Texas et climato-sceptique affiché. Il est le principal bénéficiaire de l'argent versé officiellement par le lobby du gaz et du pétrole, avec 674 971 dollars déjà engrangés, selon le Center for Responsive Politics. C'est aussi lui qui reçoit le plus de fonds de la part d'employés du groupe pétrolier américain ExxonMobil.

Donald Trump, l'actuel favori des sondages, finance quant à lui une grande partie de sa campagne grâce à sa fortune personnelle. Pour autant, cela ne le met pas à l'abri des pressions du lobby du gaz et du pétrole, insiste Jason Kowalski, directeur en charge des politiques au sein du collectif 350.org. "Au sein du parti républicain, le problème est systémique. Les candidats n'ont pas honte de dire qu'ils reçoivent, d'une façon ou d'une autre, de l'argent de la part du secteur des énergies fossiles. Ensuite, ils vont au Congrès ou à la Maison-Blanche et ils font ce que ce lobby leur dit de faire", assène-t-il.

 

Hillary Clinton refuse de prendre ses distances avec les énergies fossiles 

 

Le camp démocrate n’est pas en  reste. Avec une mention spéciale pour sa favorite : Hillary Clinton. Elle est désormais la troisième candidate financée par le lobby des énergies fossiles. Des sommes importantes provenant du pétrolier Shell et de plusieurs entreprises du secteur du gaz naturel liquéfié ont été repérées. Elle a d’ailleurs rejeté les appels à refuser tout financement du secteur des énergies fossiles lancés d'un côté par Greenpeace, de l'autre par 350.org

"Son attitude n'est pas très surprenante : quand elle était secrétaire d'Etat, Hillary Clinton était déjà entourée de conseillers ayant travaillé pour le secteur des énergies fossiles", décrypte Jason Kowalski, directeur en charge des politiques au sein du collectif 350.org. "Mais c'est insulter l'intelligence des électeurs américains que de penser qu'Hillary Clinton peut se contenter de prendre cet argent tout en gardant sa liberté de pensée et son indépendance sur les grands dossiers climatiques. Nous savons pourquoi ce secteur dépense autant d'argent : c'est pour obtenir des faveurs en échange au lendemain de l’élection. C'est comme ça que le système marche et il ne changera jamais !", prévient-il. 

Les seules exceptions s'appellent Bernie Sanders, le candidat démocrate connu pour ses engagements pro-climat, et Jill Stein, la candidate du parti écologiste. Tous les deux se sont engagés à n'accepter aucun financement provenant des énergies fossiles. Et aucun n'a une vraie chance de remporter l’élection présidentielle.

Fannie Rascle, correspondante à Washington
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