Publié le 19 février 2014

ÉNERGIE

Bataille politique autour des choix énergétiques du fonds norvégien

Au nom de la lutte contre le changement climatique, le fonds norvégien alimenté par l'exploitation pétrolière, pourrait se voir interdire d'investir dans la production de charbon. Le débat est porté par les travaillistes devant le parlement du pays qui pourrait se prononcer début mars. Le fonds norvégien est à la fois le plus gros investisseur institutionnel mondial avec plus de 600 milliards d'euros d'encours et un acteur dont la politique éthique fait école auprès de nombreux autres investisseurs dans le monde.

142216_GF.jpg

© istock

Deux mois après leur passage dans l'opposition, les travaillistes norvégiens qui s'étaient jusque-là peu souciés du problème, se sont emparés de la lutte contre le changement climatique. Reprenant les revendications des ONG environnementales, ils demandent au fonds souverain du pays de cesser d'investir dans le charbon. « Au-delà de la bataille politique entre le gouvernement actuel et son opposition, les questions posées sont importantes » estime Idar Kreutzer, directeur de Finance Norvège association qui rassemble les institutions financières du pays et membre de la mission qui a travaillé sur la gouvernance du fonds il y a quelques mois.

« Le fonds norvégien est l'investisseur d'un royaume pétrolier, intensif en production de carbone. Cela signifie-t-il qu'il doit être particulièrement attentif à cette question dans ces choix d'investissement ? C'est tout l'enjeu du débat », précise estime Idar Kreutzer. Un vote sur le rapport annuel du fonds devrait intervenir le 4 mars prochain et conduire le gouvernement à trancher entre trois scenarios possibles : évacuer le débat et renvoyer les ONG environnementales dans les cordes, faire du charbon un nouveau critère d'exclusion du fonds qui en a déjà d'autres comme les armes nucléaires (voir « Le fonds pétrolier norvégien fait des vagues ») ou les entreprises responsables catastrophes environnementales ou enfin établir une politique nuancée sur le sujet. Elle consisterait d'abord à évaluer jusqu'où le fonds investit aujourd'hui dans le charbon, quels risques financiers et surtout quelle contribution au changement climatique cela représente, avant de décider ou non de réduire ses investissements.

Le précédent Storebrand

Un investisseur norvégien a déjà fait cela : l'assureur Storebrand. En 2013, il a décidé de réduire ses investissements dans des industries présentant ce qu'on appelle un risque carbone (voir « Les investisseurs croient-ils au risque carbone ? ») « Pour nous cela participe d'une politique d' investissement responsable de veiller à limiter l'impact de ses placements sur le réchauffement climatique» explique Christine Tørklep Meisingset , responsable de la recherche ESG (Environnement, Social, Gouvernance) de Storebrand. « Nous pensons qu'un investisseur de long terme comme nous doit aussi prendre ses précautions face aux risques financiers que présentent le charbon ou les sables bitumineux. » C'est pourquoi sur les 176 entreprises exclues par Storebrand une quarantaine le sont pour des raisons climatiques dont 13 compagnies productrices de charbon. Elle ajoute «Cela n'a aucune conséquence sur nos performances financières. »

Le fonds norvégien n'en est pas à sa première crise environnementale. Dès 2008, un rapport du WWF, réalisé avec l'aide de l'agence de notation extra-financière Innovest. démontrait qu'il ne jouait pas le rôle clef qui devrait être le sien, à la fois en tant que fonds pétrolier et plus gros investisseur institutionnel mondial avec plus de 600 milliards d'euros d'encours, pour lutter contre le réchauffement climatique. Cela avait permis le lancement deux ans plus tard du premier programme ambitieux de financement verts tous azimuts par le fonds norvégien. Il a investi 2,5 milliards d'euros dans plusieurs secteurs : énergies renouvelables, eau, adaptation au changement climatique et technologies vertes.

Anne-Catherine Husson-Traore
© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

Charbon vs eolien solaire istock

[Bonne Nouvelle] Engie se fixe un calendrier pour sortir du charbon d’ici 2027

Engie veut se débarrasser de ses dernières centrales à charbon. À l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, Catherine MacGregor, directrice générale, a affirmé que le groupe sortirait totalement du charbon d’ici 2025 en Europe et 2027 dans le reste du monde. Entre reconversion de...

IStock kruwt centrale charbon RWE allemagne

Une pétition appelle l’Europe à sortir du Traité sur la charte de l’énergie qui "protège les pollueurs"

Plusieurs organisations lancent une pétition pour demander la sortie collective de l'Union européenne du Traité de la Charte Energie (TCE). Un traité peu connu, qui pour les ONG et la nouvelle enquête publiée par le collectif de journaliste Investigate Europe freine la transition énergétique en...

2021 : difficile clap de fin pour le charbon en France

Conformément à la promesse de campagne d'Emmanuel Macron, les quatre dernières centrales à charbon françaises doivent fermer leurs portes d’ici la fin de l’année, sur fond d’exception à Cordemais et de projets de transition contestés ailleurs. En outre, le gestionnaire du réseau électrique RTE a...

080 HL FVANNIER AFP

Raffinage : la transformation verte de Grandpuits ne plaît ni aux salariés, ni aux écologistes

Raffineurs, syndicats et ONG se sont mobilisés contre le projet de Total de reconvertir la raffinerie de Grandpuits, en Ile-de-France, en plateforme "zéro pétrole". Du greenwashing pour les écologistes. Le manque de compétitivité et les impératifs de réduction de gaz à effet de serre dressent...