Exploiter une centrale à charbon en Afrique du Sud : c’est le projet de GDF Suez. Dans ce dossier, le géant énergétique s’est associé à une entreprise minière sud-africaine. L’organisation écologisteEarthlife Africa accuse l’industriel français d’hypocrisie sur la question du charbon. Explications.


GDF Suez ne s’attendait sûrement pas à ce que son assemblée générale mobilise jusqu’en Afrique du Sud. Le 28 avril 2014, Tristen Taylor, militant de l’organisation non gouvernementale (ONG) Earthlife Africa, basée à Johannesburg, était pourtant aux côtés de la branche française des Amis de la terre pour distribuer aux actionnaires du groupe un tract. Une brochure en forme d’« erratum » au rapport d’activité annuel. Les associations y dénoncent les investissements de l’industriel français dans une centrale à charbon en Afrique du Sud aux côtés de la compagnie minière locale Exxaro. Au travers de ce prospectus, elles appellent GDF Suez à se retirer du projet.
D’une capacité électrique de 1 200 mégawatts, la future centrale thermique sera construite dans la région du Waterberg au nord du pays. Pour l’approvisionner, Exxaro, qui possède déjà plusieurs mines de charbon dans la région, prévoit d’ouvrir une nouvelle mine. L’électricité sera ensuite vendue au fournisseur national d’électricité Eskom, qui garantit des accords d’achats aux producteurs indépendants d’énergie.

Un double impact environnemental


Investir dans le charbon? Les associations estiment que cette démarche contrevient aux objectifs de développement durable affichés par la société française.  "Ce qui n’est pas acceptable pour les Européens, l’est, selon GDF Suez, pour les Africains", dénonce Tristen Taylor. Pour le chargé de mission énergie de l’ONG, l’énergéticien " n’a pas à investir dans le charbon en Afrique du Sud, puisqu’il y a de nombreuses opportunités dans le programme national des énergies renouvelables ". Le groupe français a d’ailleurs investi dans un parc éolien d’une capacité de 94 mégawatts au nord de la ville du Cap.
Outre les émissions de gaz à effet de serre émises par la future centrale, Earthlife souligne la pression environnementale que la nouvelle centrale thermique exercera sur la zone humide du Waterberg. Reconnue réserve de biosphère par l’Unesco, cette région est déjà largement polluée par l’activité d’une méga centrale thermique et de deux mines de charbon. La qualité de l’air y est en deçà des standards recommandés par l’organisation mondiale de la santé (OMS). Quant à la ressource hydrique, elle est déjà surexploitée selon l’ONG. Le gouvernement planifie d’ailleurs la construction d’un pipeline de 400 kilomètres pour acheminer l’eau dans la région.

Pas de contradictions entre ce projet et ses engagements selon GDF Suez


Face aux critiques, GDF Suez rétorque qu’il a répondu à un appel d’offre du gouvernement sud-africain. L’Afrique du Sud n’a effectivement pas attendu l’industriel français pour confirmer son choix du tout charbon. Le pays dépend à 90 % de cette énergie fossile pour son électricité. Et Eskom construit encore deux nouvelles méga-centrales du même type, d’une capacité de 4 800 mégawatts chacune. Une situation qui place l’Afrique du Sud au treizième rang des plus gros émetteurs de CO2 au monde. Pas de contradiction non plus entre ce projet et sa défense de la transition énergétique en Europe, affirme GDF Suez. " La stratégie de GDF Suez s’appuie sur le développement d’un mix diversifié de production : énergies renouvelables, gaz, nucléaire, charbon ", pour garantir son offre énergétique, répond à Novethic le service presse du groupe.
En Afrique du Sud, ce jeu d’équilibriste laisse perplexe Tristen Taylor. D’autant qu’il implique l’Etat français, en tant qu’actionnaire, à 36 %, de GDF Suez : "lors de la prochaine Conférence climat en 2015 qui se déroulera à Paris, la France va pousser le gouvernement sud-africain à signer un accord sur la réduction du CO2 tout en participant à la construction d’une centrale à charbon dans le pays ".

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