Publié le 25 avril 2020

ÉNERGIE

[À l’origine] Le jour où le pétrole a changé la face du monde en atteignant le prix "inabordable" de 12 dollars par baril

Pendant des décennies, le pétrole a soutenu l’économie mondiale grâce à son faible coût et son abondance. Le monde, devenu accro à l’or noir, subira un terrible contre-coup en octobre 1973, alors que les cours vont tripler en pleine guerre du Kippour entre une coalition de pays arabes et Israël. C’est alors que les pays dépendants des importations découvriront leur vulnérabilité.

Crise petroliere 1973 01
AU début des années 70, un ensemble d'évenements permettront à l'OPEP de faire quadrupler les prix du pétrole sur les marchés mondiaux.
DR

Cette semaine, le monde pétrolier est entré en pleine science-fiction. La baisse de la demande de pétrole, due à la crise du Covid-19, est telle que le baril américain, le WTI, s’est échangé à prix négatif sur les marchés pendant plusieurs heures. Concrètement, pour chaque baril de dollars acquis, on vous donnait en plus quelques dollars. Les crises ne sont pas si fréquentes dans l’histoire de l’or noir, mais lorsqu’elles surviennent, c’est le monde entier qui trésaille.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la croissance mondiale s’est bâtie sur une énergie bon marché, en particulier le pétrole… jusqu’à octobre 1973. En quelques semaines, le prix du baril va quadrupler, passant d’environ 3 dollars à 12 dollars. On est loin des barils à 150 dollars que nous avons connu à la fin des années 2000, mais, en euros constants, cette hausse est considérable et suffira à mettre de nombreux pays à genoux en faisant exploser leur déficit commercial.

Guerre du Kippour et volonté de l’OPEP

La cause de cette hausse est une décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui fit monter les prix à l’occasion de la guerre du Kippour. Le 6 octobre, Israël se fait attaquer par une coalition d’États arabes menée par l’Égypte et la Syrie. Le cartel pétrolier sanctionnera par cette hausse des prix les États-Unis et d’autres puissances occidentales qui soutiendront l’État hébreu. Outre la raison géopolitique, cela faisait plusieurs années que l’OPEP, créée en 1960, voulait gonfler les cours.

Le contexte y était favorable depuis le début des années 1970. L’une des principales raisons est le pic pétrolier des États-Unis atteint au début des années 70. Le pays était alors le premier producteur mondial. Mais ses volumes de pétrole "facile à extraire" décroissaient et l’approvisionnement extérieur allait devenir crucial pour ce pays assoiffé d’hydrocarbures. De quoi faire peser la balance considérablement en faveur de l’Arabie Saoudite.

En réalité, les États-Unis disposaient encore de considérables ressources de pétroles non conventionnels, tels que les sables bitumineux, le pétrole marin du Golfe du Mexique, ou celui en Alaska. Mais leur exploitation était alors bien trop chère. Quant au pétrole de schiste, son extraction n’explosera qu’au début des années 2010 grâce à des progrès technologiques, remettant d’ailleurs les États-Unis en tête des pays producteurs en 2018 (devant l’Arabie Saoudite et la Russie).

Guerre Iran-Irak

Si le pétrole connaît par la suite de nombreuses période de volatilité et d’instabilité, deux autres grandes crises seront des points de bascule de l’économie mondiale : celle de 1979 due à la révolution islamique en Iran et à la guerre Iran-Irak qui suivra. Alors que les sources d’approvisionnement des pays consommateurs se réduisent, l’Arabie Saoudite fera encore monter les prix en baissant sa production.

La troisième crise n’est pas le fruit d’une guerre, mais d’une inflation considérable du baril qui, entre 2003 et 2008, va croître de 20-25 dollars à près de 150 dollars, avant de s’effondrer lors de la crise financière. La cause de cette hausse sera l’extraction de réserves pétrolières de plus en plus complexes et difficiles d’accès. De quoi faire grimper les prix des projets pétroliers. Cet épisode forcera toute l’industrie à repenser ses méthodes de travail pour reprendre en main la maîtrise de ses coûts.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ÉNERGIE

Energies fossiles

L’extraction des énergies fossiles se fait à un coût environnemental de plus en plus élevé. Si leur épuisement est encore lointain, les modèles économiques qui ont fait la fortune des grandes compagnies pétrolières sont aujourd’hui bousculés.

Bernard Loomey PDG BP BP

Pour BP, le déclin du pétrole est déjà engagé

La demande de pétrole dans le monde pourrait avoir déjà atteint son pic et ne plus cesser de décliner en raison des conséquences de la pandémie et de la transition énergétique, estime le géant britannique des hydrocarbures BP.

Petrole de schiste ETats Unis Californie DavidMcNews GettyImage AFP

Le parapétrolier Schlumberger acte la fin de l’âge d’or du pétrole de schiste en Amérique du Nord

Le pétrole de schiste américain n’est pas mort, loin s’en faut. Mais il n’est plus la machine à cash qu’il fût. Les faillites à répétition, accentuées par la crise du Covid-19, le prouvent. On voit aussi désormais les parapétroliers tourner le dos à la fracturation hydraulique en Amérique du Nord....

Natural gas pixabay anita starzycka

L'empoisonnement de Alexeï Navalny pourrait être fatal au gazoduc russe Nord Stream 2

Déjà fragilisé par des sanctions américaines, le projet de gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Europe se retrouve face à un avenir incertain après l'empoisonnement d'Alexeï Navalny. Son principal promoteur, l'Allemagne, n'exclut plus de lui retirer son soutien en raison du refus de Moscou de...

Ours Blanc CC0

Feu vert pour des forages pétroliers dans une zone naturelle protégée en Alaska

Le gouvernement de Donald Trump a approuvé lundi 18 août un programme ouvrant la voie à des forages pétroliers et gaziers dans la plus grande zone naturelle protégée du pays, en Alaska, où vivent des ours polaires.