Publié le 11 août 2018

ÉNERGIE

[Vidéo] Un laboratoire américain déclassifie des vidéos (terrifiantes) d’essais nucléaires… pour ne rien oublier

Il y a eu cette période folle où, au sortir de la seconde guerre mondiale, l’Humanité a testé des armes nucléaires en masse dans l’atmosphère. Entre 1945 et 1962, 210 ogives ont explosé sur des territoires américains. Un laboratoire s’est mis en devoir de retrouver tous les films d’explosions avant que le temps ne les détruise. Il a même été autorisé à en déclassifier certains.

Cet essai nucléaire a eu lieu sur l'Atoll de Bikini. Sa puissance était quatre fois supérieure à celle de la bombe d'Hiroshima.
@LawrenceLivermoreNationalLaboratory

Entre la fin de la seconde guerre mondiale et le début des années 60, les États-Unis n’ont pas été avares d’essais nucléaires. Il fallait, dans la course à l’armement contre l’URSS, développer des bombes de plus en plus en puissantes. En un peu moins de 20 ans, ce sont plus de 210 essais qui ont été effectués. Filmés sous tous les angles, ces essais ont donné lieu à 10 000 vidéos.

Or cet héritage de cette inimaginable aventure du XXe siècle a été oublié - presque perdu - au fil des années dans des coffres sécurisés à travers des sites militaires. Le laboratoire d’état de Lawrence Livermore, en charge du nucléaire militaire, a entrepris de retrouver toutes ces bandes avant que le temps n’ait fini de les dégrader au-delà de toute récupération possible.

Depuis cinq ans, le physicien Greg Spriggs en charge du projet a retrouvé 6 500 vidéos. 4 200 ont été numérisées et 750 ont été déclassifiés. Surtout une trentaine d’entre elles ont été publiées sur la page Youtube du laboratoire. Celle ci-dessus montre le test Juniper de la campagne de tests Hardtrack 1. Il se déroule sur l’atoll de Bikini. Avec une puissance de 65 kilotonnes (kt), elle est quatre fois plus puissante que la bombe larguée à Hiroshima.

Se rendre compte de la puissance

Impressionnante ! Mais rapportée aux essais menés pendant cette période, il s’agit d’une puissance assez moyenne. Et face aux arsenaux actuels, ce n’est presque rien. Un rafale français peut emporter une charge de 300 kt et l’Hexagone possède des missiles balistiques de 1 200 kt. On trouve des puissances bien supérieures ailleurs. En 2016, les Russes présentaient le missile Satan 2 d’une puissance de 40 000 kt.

Lors de la publication de ces vidéos, Greg Spriggs commente : "C'est incroyable de voir l'énergie dégagée (…) Nous espérons que nous ne serons plus jamais obligés d’utiliser une arme nucléaire. Je pense que si nous conservons la mémoire de cela et montrons quelle est la force de ces armes et quelle dévastation elles peuvent causer, alors peut-être que les gens hésiteront à les utiliser".

Dans le même temps, ces essais doivent aussi permettre au laboratoire de valider les modèles théoriques des nouveaux arsenaux thermonucléaires américains, à une époque où le numérique a remplacé les essais réels. Aujourd’hui, les neuf pays détenteurs d’armes nucléaires (Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Corée du Nord, Pakistan, Inde et Israël) détiennent environ 9 000 ogives. 300 sont dans les mains de l’armée française.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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