Publié le 05 juillet 2018

ÉNERGIE

Sûreté : Un rapport parlementaire appelle à réduire la sous-traitance sur le parc nucléaire

Très attendu, le rapport parlementaire sur la sûreté et la sécurité nucléaire a été rendu public le 5 juillet. S’il affirme que la protection contre des actes malveillants est plutôt satisfaisante, les auteurs dénoncent un recours excessif à la sous-traitance. EDF se défend d'une baisse de qualité. Le sous-traitant, "ce n'est pas un plombier polonais, ce sont des gens d'Areva", affirme-t-il. 

Centrale nucléaire de Fessenheim.
@ViolettaKuhn/DPA

Une commission d'enquête parlementaire a préconisé jeudi 33 mesures pour rendre les centrales nucléaires plus sûres face aux risques d'accidents et de terrorisme. Renforcer le rôle de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), contrôler la sous-traitance dans le secteur, envisager d'autres modes de stockage des déchets, mettre plus de gendarmes dans les centrales ou encore publier un programme prévisionnel des réacteurs à démanteler...

La commission avait été lancée début février pour faire le point sur les enjeux de sûreté (éviter les accidents) et de sécurité (contre les actes de malveillance) dans un pays qui compte de nombreuses installations nucléaires, avec ses 19 centrales ou encore l'usine de retraitement de La Hague.

Trop de sous-traitance

Présidée par Paul Christophe (UDI-Agir) et ayant pour rapporteur Barbara Pompili (LREM), elle fait suite à la catastrophe de Fukushima, mais aussi à plusieurs intrusions sur des sites d'EDF de militants Greenpeace pour dénoncer le "risque nucléaire". Mardi 5 juillet, un drone de l'organisation a encore survolé une centrale proche de Lyon.  "Quand on cherche des failles, on en trouve et on en a trouvé un certain nombre, dont certaines sont plus préoccupantes que d'autres", a déclaré la députée.

L’un des points les plus longuement abordés par le rapport est celui du recours à la sous-traitance jugée excessive par les auteurs du rapport. Ce dernier recommande de "favoriser la réintégration des compétences au sein des entreprises exploitantes". Une mesure qui trouve un écho chez Force ouvrière. Interrogé par France Inter, le secrétaire général Pascal Pavageau lance : "La sous-traitance dans le nucléaire c'est une connerie monumentale, c'est un risque gigantesque (…) Ce que le rapport parlementaire est en train de découvrir, nous l'avons dit depuis maintenant à peu près six ans".

Antinucléaire

EDF, qui a été auditionné pendant cinq heures et a fait faire trois visites de sites aux parlementaires, a réagi dans la foulée du rapport. L'entreprise dénonce "des erreurs factuelles". Dominique Minière, directeur de la production nucléaire et thermique de l'électricien, regrette qu’EDF n’ait pas été interrogée sur la question de la maintenance. Il déplore aussi que "près des deux tiers des verbatims qui servent à appuyer le rapport sont extraits d'auditions d'organisations ou de personnalités clairement anti-nucléaires".

Pour EDF, le recours à la maintenance n’a pas progressé, les actions de maintenance sont réalisées à 80 % par des entreprises extérieures à 20 % par EDF. En revanche, la part de l’électricien historique est prépondérante dans tout ce qui est R&D, ingénierie et planification. "C'est un ratio qui n'a pas changé depuis maintenant plus de 15 ans", a assuré Dominique Minière.

Il ajoute : "Qui sont les sous-traitants ? Ce n'est pas un plombier polonais, ce sont des gens d'Areva, de Framatome maintenant, qui interviennent sur leurs propres composants". Selon lui, la maintenance des équipements est ainsi fréquemment sous-traitée à leurs entreprises fabricantes (Framatome, Alstom/GE, Rolls-Royce, DCNS...), gage d'une "maintenance de qualité".

Ludovic Dupin avec AFP


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