Publié le 06 juillet 2017

ÉNERGIE

Nucléaire : Bercy et les syndicats demandent des comptes à EDF après un premier dérapage des coûts d'Hinkley Point

[Mis à jour le jeudi 6 juillet 2017] EDF a annoncé un surcoût de 1,5 milliard de livres sterling (1,8 milliard d’euros) pour la construction de deux réacteurs nucléaires EPR en Angleterre à Hinkley Point. De plus, le groupe met en garde contre un possible retard. Bruno le Maire, ministre de l’Économie demande au groupe mettre en place un plan d’action pour éviter ces retards. Les syndicats craignent de nouveaux plans d’économies pour compenser ces annonces.

Travaux pour les premières galeries sur le site d'Hinkley Point en Angleterre.
@EDF Energy

Terrassement, construction de galeries, accès routiers… Les travaux préparatoires ont à peine commencé à Hinkely Point en Angleterre. Ce contrat, signé en septembre 2016, prévoit qu’EDF y construise à terme deux réacteurs nucléaires EPR. Mais dès le 3 juillet 2017, EDF a d’ores-et-déjà annoncé un important surcoût et un risque de retard.

"Les coûts à terminaison du projet sont désormais estimés à 19,6 milliards de livres sterling, en augmentation de 1,5 milliard de livres sterling 2015 par rapport aux évaluations précédentes", explique l’électricien français dans un communiqué. Quelques heures plus tard, Vincent de Rivaz, président d’EDF Energy, la filiale britannique d’EDF, confirme en précisant qu’il s’agit d’une hausse de 8 % du devis initial.

Dans un communiqué, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire "note que l’impact de ce dépassement sur le taux de rendement du projet reste limité". Il demande cependant des garanties à Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF : "Le ministre a demandé qu’un plan d’action rigoureux soit présenté au conseil d’administration d’EDF". "L'État veillera à ce que ce plan d'action permette de conforter le calendrier du projet (…) et d'assurer une maîtrise rigoureuse des risques du projet" ajoute-t-il.

De son côté, le CCE d’EDF rappelle avoir alerté à plusieurs reprises en 2016 la direction et l’ancien ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, "sur la nécessité d’avoir un débat sur les conditions économiques et techniques nécessaires à la réussite de ce projet engageant pour l’entreprise" et d’attendre le retour d’expérience complet du chantier en cours sur le chantier de l’EPR de Flamanville en France. Par ailleurs, les partenaires sociaux craignent "une nouvelle stratégie de gains financiers de court terme pour payer la facture de ce surcoût qui entame une bonne part de la recapitalisation, à peine réalisée, de l’entreprise".

Crainte de retards

Le patron d’outre-Manche explique que ce surcoût est lié à la remobilisation des équipes après des "décalages successifs en 2016", à l’avancement sur le design définitif du réacteur et la signature des contrats avec les fournisseurs. EDF donne peu de détails. Vincent de Rivaz avance que le design a dû répondre à des demandes de l’autorité de sûreté britannique en ce qui concerne, par exemple, "les systèmes de ventilation des très nombreux locaux du bâtiment réacteur".

EDF met en avant un risque de retard de 15 mois pour le premier réacteur et 9 mois pour le second. "Ce risque induirait un coût supplémentaire potentiel de l’ordre de 0,7 milliard de livres sterling", explique l’entreprise. Les retards sur l’EPR sont une question très délicate. L’EPR en construction à Olkiluoto en Finlande affiche 9 ans de retard. Celui, presque achevé, à Flamanville en France en est à six ans. Vincent de Rivaz insiste sur le fait que le groupe reste mobilisé pour un premier béton réacteur coulé en 2019 et une mise en service de la première tranche en 2025, comme prévu dans le calendrier initial.

Il vaudrait mieux tenir ces délais car l’impact financier pour EDF est immédiat, même si le gouvernement britannique ne remet pas en cause les accords sur le prix d’achat de l’électricité produite. Le taux de rentabilité prévisionnel a été établi à 9 % lors du montage du projet. Avec le surcoût de 1,5 milliard de livres, ce taux est d’ores et déjà abaissé à 8,5 %. Les retards envisagés, s’ils devenaient réalité, l’abaisseraient encore à 8,2 %. Il ajoute que

Bercy met la pression sur EDF

Ces nouvelles, pour le moins préoccupantes, pourraient bien relancer des débats en interne chez l’électricien tricolore. Des grandes tensions ont eu lieu ces dernières années alors qu’une partie des partenaires sociaux, mais aussi des dirigeants étaient opposés à ce projet, craignant qu’il ne fasse reposer un risque trop grand pour l’entreprise.

À tel point que, en mai 2016, le directeur Financier Thomas Piquemal avait démissionné pour signifier son opposition. Auditionné par la commission des Affaires économiques, il assurait : "Je ne peux pas cautionner une décision qui pourrait amener un jour EDF à se trouver dans la situation d'Areva". Au-delà des deux chantiers en cours de réacteurs à Hinkley Point, EDF envisage de construire deux tranches supplémentaires à Sizewell, dans l’est de l’Angleterre.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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