Publié le 09 octobre 2019

ÉNERGIE

Un nouveau surcoût de 1,5 milliard d’euros pour l’EPR de Flamanville, dont la facture s’élève désormais à 12,4 milliards

Il n’en finit pas le chantier de l’EPR de Flamanville. Les anomalies découvertes sur des soudures du circuit secondaire, dont certaines sont très difficiles à réparer, alourdissent la facture de 1,5 milliard d’euros et reporte le démarrage d’au moins un an. EDF compte utiliser des robots téléopérés pour accéder aux soudures à reprendre, sous réserve que l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) valide la procédure.

EPR de Flamanville 2019 EDF
L'EPR en construction à Flamanville (Manche) entrera au mieux en serice en 2023.
@EDF

C’est un coup très dur pour EDF, un de plus venu du chantier de l’EPR de Flamanville dans la Manche. Ce réacteur de troisième génération était suspendu à la reprise de soudures extrêmement difficiles à atteindre car situées dans la traversée de l'enceinte de confinement, la grosse structure de béton qui doit retenir les éléments radioactifs en cas d'accident. La facture vient de tomber et elle est très lourde en euros et en temps.

Cette opération, exigée par l’Autorité de Sûreté de Nucléaire (ASN) malgré les démonstrations de résistance d’EDF, va coûter 1,5 milliard d'euros, portant le coût total du chantier à 12,4 milliards d'euros. C’est trois fois et demi plus que le devis initial de 3,5 milliards annoncé en 2007. Par ailleurs, le chargement en combustible est désormais attendu pour 2022 pour un vrai démarrage en 2023. Soit une nouvelle année de retard, pour un total de 10 ans de retard.

Pour les réparations, "le scénario de reprise des soudures de traversées privilégié par EDF est l’utilisation de robots téléopérés, conçus pour mener des opérations de grande précision à l’intérieur des tuyauteries concernées. Cette technologie a été développée pour le parc en exploitation et doit être qualifiée pour la reprise des soudures de traversées", explique l’entreprise qui présente une vidéo d’illustration, ci-dessous.

Encore faut-il que l’ASN valide le scénario de réparations retenu par l’électricien national ? "L’objectif est que la qualification de ce scénario et sa validation par l’ASN puissent intervenir au plus tard à la fin de l’année 2020, date à laquelle EDF pourra engager les travaux", ajoute l’électricien national.

Le "plan B" - si la solution des robots n'était pas validée par l'ASN - est "fondé sur l'extraction et la remise à niveau dans les bâtiments auxiliaires de sauvegarde" pour les soudures problématiques. Dans ce cas, cela conduirait "vraisemblablement à un délai supplémentaire de l'ordre d'une année et un coût supplémentaire de l'ordre de 400 millions d'euros", a indiqué Xavier Ursat, directeur de l'ingénierie et des projets "nouveau nucléaire" d'EDF, lors d'une conférence téléphonique.

Filière en difficulté

"Il ne faut pas se voiler la face, la filière nucléaire française vit des moments difficiles parce que s'accumulent des problèmes de qualité industrielle dans la réalisation des chantiers. De ce fait, les devis, les délais ne sont pas respectés", reconnaît Le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy. L’hypothèse d’un abandon du projet a même été évoquée pendant le conseil d'administration réuni le mardi 8 octobre, mais finalement "la poursuite du chantier de l'EPR de Flamanville" a été approuvée, assure EDF.

Au même moment, EDF rencontre des difficultés importantes sur son chantier britannique Hinkley Point où deux réacteurs EPR doivent être érigés. L’entreprise a récemment annoncé un nouveau surcoût pouvant aller jusqu'à 3,3 milliards d'euros, pour un total de 25 milliards d’euros et une livraison de la première unité en 2025.

Les problèmes récurrents sur le chantier de Flamanville ont conduit le gouvernement à commander un audit à Jean-Martin Folz, l'ancien PDG de PSA, qui doit être remis le 31 octobre. Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a déjà promis qu'il en tirerait "toutes les conséquences à tous les étages", y compris chez EDF. De son côté, le Président Emmanuel Macron a annoncé que des décisions seront prises en 2021 pour construire de nouveaux réacteurs en France en remplacement du parc existant.

Ludovic Dupin avec AFP


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